Le Comte d'Alais
2. Dossier de (irenohle. Cette sédition avait eu pour cause un édit royal aux termes duquel un nouveau parlement devait, pur semestre, rendre la justice avec l'ancien. Irrités d'être privés de leurs droits pendant la moitié de L'année, les membres de l'ancien parlement avaient soulevé la ville.
© Diqne-les-Bains - Fonds Gasse n d i
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nuit, dans la chambre nuptiale, se renouvelait le même phénomène. Oh ! ne haussez pas vos épaules : les apparitions surnaturelles qui n'ont pas encore cessé de hanter- la crédulité populaire, étaient plus fréquentes en ces temps de magie, de sorcellerie, d'astrologie, où de savants professeurs au Collège Royal prédisaient l'avenir d'après les maléfices ou l'heureuse influence des astres; où le docte président Pascal, père de Biaise, croyait aux sorciers el aux sortilèges.
VA la Bible ne nous faisait-elle pas connaître que Dieu avait souvent choisi les songes ou d'autres visions analogues pour entrer en conversation avec les hommes? Les songes n'étaientils pas l'ombre de la vérité? Mettre en doute les apparitions; c'était heurte? l'opinion commune.
Quelles prédictions apportait le fantôme du comte d'Alais? Quelles vaches grasses ou maigres faisait-il prévoir? Nul ne pouvait mieux répondre à ces questions que l'illustre Gassendi qui savait tout. Le comte d'Alais chargea Malhurin Neuré de demander a Gassendi son sentiment sur cette étrange aventure.
Gassendi était fort éloigné des superstitions populaires : mais il professait que la sagesse commande une extrême prudence, avant d'affirmer ou de nier: « Surseoir le jugement >, n'est-ce pas, selon Charron, le fondement de la sagesse?
Il aurait craint d'ailleurs d'offenser de légitimes susceptibilité- eu contestant une apparition confirmée par le témoignage de la comtesse elle-même.
Il répondit une longue lettre, dont je retiens les passages suivants : « Si Dieu avait envoyé ce Spectre, il aurait fait connaître pourquoi il l'envoyait ; Dieu ne badine pas, et puisqu'on ne peu! comprendre ce qu'on peut espérer ou craindre, il s'ensuit que ce spectre ne saurait venir de lui.... Si ce spectre est quelque chose de naturel, rien n'est plus difficile que de le découvrir, de trouver même quelque conjecture pour tacher de l'expliquer.... Né pourrait-on avancer que cette lumière a apparu parce que l'œil du comte était affecté intérieurement, ou parce qu'il l'était extérieurement ».
Gassendi examine ces deux hypothèses; il n'use rien déci-
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der, mais il ajoute : « Je semis porté à croire qu'il en était Je M. le Comte rumine de l'Empereur Tibère, si Madame la Comtesse n'avait pas vu la même chose; mais puisqu'elle a eu la même vision, et que c'est une dame d'une telle candeur 1 , qu'on ne saurait la soupçonner de ne pas dire vrai, je me détermine a dire que leur souffle aura pu produire des vapeurs; que ces vapeurs enflammées auront; produit le spectre, qui aura parcouru la chambre sous différentes formes et se sera ensuite évanoui ».
Trois ans après, la comtesse d'Alais perdait dans la confiance de son mari cette réputation de candeur à Laquelle notre philosophe avait rendu un respectueux hommage; elle avouait ingénument que, détestant le séjour de Marseille, c'était elle qui, pour en éloigner le comte, avait fait jouer la comédie du spectre à une femme de chambre, cachée sous le lit des époux et munie d'un bâton «le phosphore pour les besoins de ses apparitions sépulcrales.