Lettre du 1" novembre 1655, Paris
© Diqne-les-Bains - Fonds Gassendi
ment au dire de Guy Patin qui le vieillissait de dix-neuf mois.
Sans la désirer ni la craindre, depuis longtemps Gassendi voyait venir sa fin et s'y préparait; il n'avait pas partagé les illusions de Descaries et de Bacon qui croyaient à la possibilité de prolonger la vie jusqu'à l'âge des patriarches, grâce ans progrés de l'hygiène et de la médecine.
A part le docteur Bernier, il n'a pas laissé, il n'a pas voulu avoir des disciples, cette plaie des grands philosophes, ei par là il est hien resté lui-même.
Il me parait, intéressant de placer ici la relation des deux dernières maladieset de la mort de Gassendi d'après le dossier conservé à la bibliothèque de Grenoble, et de reproduire in extenso le détail qu'en a donné La Poterie sous ce titre : Notanda. Des emprunts déjà ont été faits à ce document, mais il reste inédit pour la plus grande partie.
RELATION DE LA MALADIE ET DE LA MORT DE GASSENDI DÉTAIL DE SES DEUX DERNIÈRES MALADIES PAR LA POTERIE ■
NOTAKDÀ Slli SA MALADIE DE 1Gj4 A PARIS
Vendredi 27 du mois de novembre, le matin, se levant à son accouslumée pour èstudier, estant à sa table, il sent un grand froid; sur les 10 heures, un eslourdissement et une faiblesse si grande que se promenant en sa chambre, voulant aller à la selle, il tomba par terre, et à grandissime peine se put-il jeter sur son lit.
M. Chapelain arriva sur les 1 1 heures; comme je revenais de la ville où j'étais allé par son ordre (jamais n'ayant quitté sa chambre que par son commandement) : je le déshabillay aussitôt, le mis cuire deux draps et incontinent le froid le reprit avec la fièvre aussitôt, qui dura jusqu'à 7 heures du soir. Une heur,' après le IVoid le reprend encore et dure tonte
la nuit
Samedi 28, le lendemain grand matin, j'allai- avertir ses amis médecins. MM. Sorbière, Moivan, Patin, Martin. Daquin,
■^ to ^ Ja£ - B ^^ £QDd ^ assfindi
Paquet, du Pratj qui y vinrent aussitôt et conclurent tous à une prompte saignée qui fui faite aussitôt d'environ S onces de sang sur les neuf heures du matin. Sur les trois heures, un lavement. — Sur les cinq heures du soir, une autre pareille saignée.
Dimanche 29 sur les dix heures, une autre semblable saignée. Sur les trois heures, u\\ lavement. Sur les cinq heures du soir» une saignée. Durant tout ee jour une petite sueur le prit. Lundy 30 sur le midy, une pareille saignée.
Mardy 1 er décembre, sur le matin, il reçoit dévotement son créateur et dit devant le Saint Sacrement, tout haut par trois lois : « Et dimilte nohis débita noslra, sieul dimittimus debitoribus nostris ».
Nota qu'on lui avait parlé de Morin auquel il avait déclaré ne vouloir pas de mal. Sur les deux heures, une autre saignée. Vendredi i le malin, une petite médecine d'infusion de séné avec de la casse mondée.
Vendredy 11, une médecine.
Mereredy 16, une médecine.
Jeudy 17, il sent comme un petit frisson.
Vendredi 18, une saignée sur les trois heures et demie du matin. Un cours de ventre le prend et dure jusqu'à la nuit du l* r jour de janvier 1655. Il commencé à descendre pour aller dîner avec M. de Montmor, ou du moins s'y rencontrer a cause de sa grande faiblesse qui l'empêchait encore le 6 e jour des Rois.
Le dimanche suivant, il se hazarde d'aller ouïr la messe et continue les autres dimanches et testes.
Le jour de la Purification, il y célébra la messe pour remercier le bon Dieu de sa guérison. Il l'a dite encore le I e1 dimanche de caresme. Il commence à faire le caresme et ne veut point de viande. Mais le *2*2 mars la nuit, il sent la fièvre avec un grand vomissement.
Mardy 25, le lendemain de grand "matin, je vais quérir M. Patin qui ordonne une saignée qui fut aussitôt faite de trois palettes de sang,
*to
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Il célébra la messe le dimanche des Rameaux et l'avait encore dite le dimanche devant.
Le 10 rnay, sur les li heures du matin, une saignée de trois palettes. Au mois de juin, il fut encore saigné une fois et pril médecine. Le 28 juillet, sur les 6 heures du matin, une saignée de deux palettes.
3SOTWDA SUS SA DKÏIMÈIÈE MALADIE, 1655
Dimanche 22 e jour du mois d'août 1655, il dit et célébra encore la messe à son ordinaire. 11 n'a pas manqué tous les dimanches et bonnes tètes de la célébrer forl dévotement. Il n'y manque pas même le dimanche 11 may 1655, deux jours après son arrivée en notre ville, qui fut le vendredi mit le soir i' <lu mois de mai.
25. Lundi lendemain il continua encore son esludeà l'ordinaire jusqu'à midy. En descendant eu bas, comme il avait de coustume pour disner avec M. de Muntmor, il se sentail un peu altéré et fut contraint de boire, contre sa coustume devant le disner. Après le disner, il remonta en sa chambre, s'y promène encore une demi-heure, puis se sentant fort assoupi avec un peu de fièvre, se met dans le lit, où il ne fut pas deux heures qu'il s'imaginait déjà y être depuis longtemps, me demandant souvent : « Quelle heure est-il? Allez-vous-en coucher. N'est-il point encore jour? Est-il dimanche ? etc....
Les amis médecins furent avertis aussitôt; ils le vinrent voir sur le soir, et par leur advis, on lui donne sur les six heures seulement un lavement réfrigératif, attendant jusqu'au lendemain pour voir ce qu'il en serait.
24. Hardy lendemain, ils le vinrent voir et M. Patin, son médecin ordinaire, fut d'avis qu'on lui lira trois palettes de sang, ce qui fut exécuté \ev* les G heures du matin, et sur les 6 heures du soir on lui donna un lavement de mesme.
25. Mercredy. Le lendemain sur les 7 heures du matin, encore une pareille saignée.