LES SOURCES DE CETTE ÉTUDE
Peut-être convient-il de ne pas clore ce récit sans indiquer les sources où j'en ai puisé les éléments principaux.
A Digne, gracieusement dirigé par Mlle Isnard, gardienne de ces trésors, vestale préposée, depuis le départ de son frère, à l'entretien du feu sacré, j'ai visité les archives départementales des Basses-Alpes. Elles contiennent de nombreux autographes de Gassendi, d'une belle écriture, notamment une liste des prévôts de Digne ; vingt-neuf lettres signées Gassend ; des mémoires pour divers procès; un inventaire des tilres et documents de la Prévoté; une réponse à l'Évêque sur la résidence; un état des lods dus en 1049 ; des remontrances aux sieurs bénéfieiers, etc.
Ces documents et généralement les archives des Basses- Alpes ont moins d'intérêt quant à la personnalité même du grand prévôt, défenseur infatigable des prérogatives de sa charge, que pour la connaissance des bénéfices, des prébendes et de toutes les sources de revenus qui dépendaient de la mense capilulaire. Le fond du Chapitre nous renseigne minutieusement sur l'organisation et les intérêts matériels du Cha-
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pitre et de la Prévoté; sur le corps des bénéficiera, rival des Chanoines, admis à contrôler leur administration ; sur l'interminable procès qui mit aux prises les deux corps a propos des versets et des répons à matines! Querelle digne du Lutrin, a dit M. Emile [snard, archiviste paléographe, dans la thèse qu'il soutint brillamment le '20 janvier 1910 devant le jury de l'École des Chartes.
D'abord archiviste à Digne, M. Emile lsnard exerce actuellement à Marseille, avec le même zèle et la môme compétence, la même fonction.
le dois des remerciements très particuliers à M. Joseph Tartanson, avocat à Digne, qui a bien voulu me communiquer les notes prises par lui dans un dossier conservé à la bibliothèque de Grenoble.
Ce dossier, souvent cité au cours de cette étude, constitué et annoté par le neveu de Gassendi, avocat du Roy à Digne, avait été versé aux archives de celte ville, auxquelles l'avait emprunté le docteur Honnorat, archéologue, naturaliste, lexicographe, etc., auteur du Dictionnaire de la Langue d'Oc et de plusieurs ouvrages d'érudition provençale 1 . Après sa mort, les livres du docteur Honnorat furent mis en vente à Grenoble et achetés pour la bibliothèque de cette ville; et c'est ainsi que la capitale du Dauphinéesl eu possession de documents qui devraient appartenir à la ville de Digne.
Sur ma demande, le ministre de l'Instruction Publique a bien voulu en ordonner l'envoi à la bibliothèque du Palais Bourbon pour qu'ils m'y fussent communiqué-.
J'y ai trouvé plusieurs manuscrits, au moins en partie inédits, d'Anthoine La Poterie, secrétaire de liassendi, qualifié aussi - domestique » à cause des services qu'il lui rendait. Son style cependant n'indique point une condition de domesticité et ses nombreuses citations latines prouvent une bonne habitude de cette langue. 11 est vrai que durant les longues années passées auprès de lui, il s'était perfectionné en toutes choses
i. Le Docteur Honnorat, 1785-1832, par M. l'abbé Richaud,
© Diqne-les-Bains - Fonds Gassendi
aux leçons de son maître. La qualification de secrétaire est bien celle que lui donne Gassendi f < Amanuensis 1 ».
Deux manuscrits de La Poterie sont les pièces les plus intéressantes du dossier de Grenoble, ("est d'abord une vie de Gassendi, sons forme de lettre à un destinataire qui ne m'est pas connu. Elle commence en ces termes :
« Monsieur, pour satisfaire à votre curiosité, je vous raconterai ici grossièrement et en peu «le paroles ce qui m'est venu en la connaissance touchant la vie, les actions et les mœurs <ie notre ami commun, qui nous a laissé des marqués glorieuses de sa sagesse, de sa piété et de sa doctrine. »
Et cette lettre-biographie se termine ainsi :
« En parcourant les livres qu'il a composés et les lettres qu'il a écrites, Ton trouvera bien d'autres choses. Voilà ce que j'en sais.
« Je suis toujours, Monsieur,
« Votre très obéissant et affectionné serviteur,
cf A. de La Potkrie.
À Paris ce ÔO janvier 1050» »
A qui ces lignes étaient-elles adressées?
Ce n'est pas au chanoine Taxi! pour la préparation de l'oraison funèbre prononcée en l'église de Digne le 14 novembre 1655, puisque la lettre esl postérieure de près de trois mois au discours de Taxil.
Si elle ne relatait que les circonstances du décès, ce pourrait être à M. de Montmor chez qui Gassendi est décédé el qui se trouvait absent; mais M. de Montmor rentrait pour les obsèques, et ses relations avec La Poterie qu'il conserva auprès de lui après la mort du philosophe étaient assez fréquentes pour rendre une telle lettre mutile. J'inclinerais plutôt à croire, et c'est l'avis de M. Tarlânson, que, sous une tonne littéraire et fictive, ce document est une sorte d'article
1. « Ses domestiques auxquels il enseignait non- seulement les lettres, mais encore la pratique des vertus morales par ses exemples ». — Taxil. Oraison funèbre. Au xvir siècle, le mol domestique avait un sens plus général qu'aujourd'hui ; eeux qu'il qualifiait ne songeaient point à le répudier.
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nécrologique qui a été communiqué aux amis de Gassendi, sans avoir été spécialement destiné à l'un d'eux.
Le second document qui a retenu mon attention au dossier de Grenoble, c'est la relation des deux dernières maladies et dr la mort de Gassendi que j'ai cru devoir reproduire.
Comme on l'a vu, sous ce titre Notanda, jour par jour, La Poterie nous donne le bulletin de santé de son maître; le nombre invraisemblable des saignées ordonnées jusqu'à l'épuisement par le fameux Guy Patin 1 . La Poterie ne passe sous silence aucun purgatif, aucun elystère, aucune ordonnance de la médecine, et ne nous laisse aucun doute sur les causes de la mort prématurée de notre philosophe, victime de la science médicale, telle du moins qu'elle se comportait au temps de Molière et de Gassendi.
h ce dossier, je mentionne encore d'autres documents intéressants, mais qui n'ont pas le mérite de l'inédit : l'oraison funèbre prononcée par le chanoine Taxil, le testament de Gassendi, l'inventaire de sa succession, son éloge, par le P. Mène à l'Académie de Marseille, des épitaphes en vers latins, dont le nombre est près d'égaler celui de ses admirateurs, sans oublier les vers burlesques adressés à Son Altesse Mlle de Longueville, plus tard duchesse de Nemours, par Loret, auteur d'une Gazette rimée, qui écrit le 50 octobre 1655 :
Gassendy, natif de Provence, Docte et savant par excellence, Vertueux au plus haut degré, Homme moral, prêtre sacré, La perle des bons personnages Et de ce temps l'un des plus sages, Dimanche en mourant sainte oaenf, Achève son dernier moment, Mettant, au Tort de sa souffrance, En Dieu toute son espérance.
1. Professeur au Collège Royal. Ses auditeurs goûtaient ses bons mois et l'élégance de son latin : a Je me consolerai de quitter ce inonde, a-t-il écrit, pourvu que "je trouve dans l'autre àristote, Galien, Platon et Virgile ». Il a bissé divers ouvrages de médecine, notamment sur la Saignée, et de nombreuses lettres réunies et publiées en quatre volumes après sa mort.
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© Diqne-les-Bains - Fonds Gassendi
Itou s un précédent envoi à la même princesse, le même Loret avait écrit :
Ce savant dont j'ai pris soucy En passant de parler icy, Auquel tant de doctrine abonde.
N'est pas connu du petit monde; Mais des gens de condition L'ont en grande admiration, Et si belle est sa destinée Que mainte Teste couronnée L'estime extraordinairement Pour son très grand Entendement.
dette Gazette rimée, où Loret chaque semaine racontait les événements qui pouvaient intéresser la Cornet la Ville, circula d'abord manuscrite; puis elle parut imprimée sous ee titre La Muse hntoriqw, munie d'un privilège du roi.
À signaler aussi au même dossier :
La copie de la réritj tint ion que Gassendi a faite de sa prévosté de Téglise cathédrale de Digne en faveur de M. Taxil, chanoine de la même église.
Son testament : « Comme bon Chrétien et Catholique romain, il recommande sou Ame à Dieu, son Créateur, Père, Fils et Saint-Esprit, à la Glorieuse Vierge Marie, à tous les bienheureux anges et archanges, saints et saintes du Paradis, veut et ordonne son corps mort être enterré dans l'église paroissiale du Notre-Dame-des-Champs, au lieu qui sera advisé par son exécuteur testamentaire, auquel il se rapporte pareillement pour régler les cérémonies de son enterrement el funérailles, prières, services, lumières et autres choses en dépendantes, le priant néanmoins que ces dictes funérailles soient faites avec le moins de pompe eL le plus simplement qu'il sera possible. » Après divers legs particuliers, il lègue à Catherine Gasscnd, « sa bonne et chère sœur, le surplus des biens qu'il a plu à Dieu de lui donner, l'instituant sa seule et unique héritière ».
Le ce Mémoire de la dépense de l'enterrement : Pour cinq
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hommes qui ont porté les billets, 12 francs. Pour le port du corps de la chambre en bas, 5 francs. Le vin et le pain des sonneurs, 1 franc, Le port de 18 torches et 6 cierges, 3 francs. Pour M. le Curé et son Assistance, 10 francs. Le droit de paroisse, 5 francs. Les quatre enfants de chœur, 2 francs, etc . » . D'où il suit que la mort, comme la vie, coulait moins cher qu'aujourd'hui.
À Forcalquier, quartier Fontauris, ad vieil hôpital Saint- Michel, aujourd'hui démoli, j'ai pu, sous la garde des bonnes sœurs, consulter la bibliothèque du regretté Léon de Berluc- Perussis, président de l'Académie d'Àix, archéologue et félihre, qui avait collectionné, avec amour pour la petite patrie, tout ce qui pouvait intéresser les Basses-Alpes.
En 1878, la Société « L'Athénée », académie forcalquiéroise, dont Rerluc-Pérussis était Pun des fondateurs J <M le Président, avait mis au concours la biographie de Pierre Gassendi, ce une étude simple, qui permît à tous ses compatriotes de connaître les traits généraux de sa vie et de se faire une idée de soa système ».
Le premier prix fut attribué à M. Paul de Terris qui, sous le pseudonyme de Paul des Hébrides, ne réussit pas à dissimuler sou élégante personnalité.
Une seconde médaille avait récompensé le travail de M. André de Gaudemar, alors étudiant en droit. Quoique sommaires, ces deux études faisaient honneur aux érudits qui les avaient écrites, comme à la Société qui les avait provoquées. Avant de quitter Fourcouquié, Vantico capitula de la Àuto- Provenço. ses gais félibres, sa citadelle et son merveilleux horizon, je dois encore des remerciements à mon ami M. Paul Blanc, Procureur de la République et Astronome en relie noble ville, auteur d'une intéressante élude, qu'il a bien voulu me communiquer, sur L l Œuvre Astronomique de Gassendi. J'ai appris par lui que le nom de Gassendi a été donné à « l'un des plus beaux cirques de la Lune », juste récompense