Jal, Dictionnaire critiquCj 2« édit
5. Le même titre nous apprend que Gringore demeurait alors « près du bout du pont Nostre Dame ».
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Cette confrérie, fort mal connue, paraît avoir succédé à l'association des Enfans ou Galans sans soucy^ dont nous perdons la trace à la fin du xv« siècle ^ Les « Sotz » avaient â leur tête un t prince », qui était un des suppôts du « Roy de la Bazoche » et qui avait séance au parquet de la justice lorsqu'il s'y trouvait. Ce détail, qui nous est révélé par Miraulmont *, est confirmé par les pièces du célèbre procès qui eut lieu, au commencement du XVII* siècle, entre Angoulevent et les Confrères de la Passion. Une pièce imprimée en 1607 porte le titre suivant : Arrest du Royaume de la Basoche donné au profit du sieur d'An^ goulevent^ valet de chambre du Rojr, prince des Sots et premier chef de la sottie de VHostel de Bourgongne et Isle de France^ etc.
Les Sots, comme le montre le titre que nous venons de rapporter, étaient dans la dépendance de la Bazoche, tandis qu'ils traitaient avec les Confrères de la Passion sur le pied de l'égalité. C'étaient eux qui représentaient les sotties et les farces qui accompagnaient les mystères, joués par les Confrères. Les Sots possédaient, à ce que nous apprend un acte de 1 545 3, une
1. La manière dont Marot parle des « Enfans sans soucy » dans la célèbre ballade quMl leur a consacrée (édit. Jannet, U, 61) permet de penser que, au commencement du xvi« siècle, ce nom ne désignait plus une association particulière, mais s'appliquait à tous ceux qui aimaient à « saulter, danser, chanter a Tadvantage » et que leur goût entraînait vers le théâtre.
On doit certainement chercher l'origine des confréries de « Sotz » dans les fêtes des fous et autres cérémonies grotesques qui se célébraient au moyen âge, mais leur nom donnait lieu à un calembour qui charmait nos ancêtres. Le « prince des Sotz « était en même temps le « prince des Sauts » ; aussi vit-on des acteurs rouennais prendre le nom de « Sobres Sotz », par une allusion aux « soubresauts ». Voy. Stecher, La Sottie française et la Sotternie flamande (Bruxelles, 1877, in-8), 4; cf. Fournier, Théâtre français^ 430.
2. Recueil des statuts, ordonnances, etc.j du Royaume de la Basoche (Paris, i6f4> in-8), ap. Fabre, Études historiques sur les clercs de la Basoche (Paris, 1856, in-8), 148.
3 . Voy. Recueil des principaux Tiltres concernant Vacquisition de la prO' priété des masure et place où. a esté bastie la maison appelée vulgairement VHostel de Bourgongne... (Paris, 1632, in-4), 9-23 ; — Félibien, Histoire de PariSy Preuves, III, 781-785. Cf. Histoire du Théâtre François, I, ff ; — Douhet, Dictionnaire des Mystères, 640.
maison dite des < Sotz attendans », sise rue Darnétal. Cétait là, ainsi que le nom l'indique, qu41s se réunissaient quand ils devaient prêter leur concours aux Confrères, dont le théâtre était à proximité. Ceux-ci jouèrent en effet, jusqu'en 1539, à Thôpital de la Trinité, situé à Tangle de la rue Saint-Denis et de la rue Darnétal *.
Les Sots donnaient également des représentations composées tout entières de pièces de leur répertoire, ainsi qu'on le voit par les mystères et autres productions de Gringore, dont nous donnons plus loin la liste, et notamment par le Jeu du Prince des Sot^ donné aux Halles de Paris en 15 12. Parfois aussi, ils parcouraient la province, comme nous l'apprend une requête inédite de Jean du Pont-Alais, adressée en 1529 ou 1530 à € Messieurs de la Cour». Jeté en prison pour quelque imprudence de langage, le célèbre comédien sollicite sa mièe en liberté et il ajoute :
Or est ainsy qu'en diverses provinces
Je suys allé pour resjouyr les priilces
De jeux plaisan?, traduictz en joyeux verbes,
Propos nouveaulx, non d'oultrageux proverbes,
Comme avez veu, tant Anjou que Poitou,
Auvergne aussy, partout, je ne sçay ou 2.
Il ne semble pas que Gringore ait jamais occupé dans la confrérie des Sots d'autres fonctions que celle de « Mère Sotte » . Ce titre était donné, selon toute vraisemblance, à celui qui
I. En i539f les Confrères furent forcés de quitter Thâpital de la Trinité; ils s'établirent alors à l'hôtel de Flandres, près de la rue Coquillière actuelle, mais leur nouveau théâtre fut démoli en 1545. Leur installation à Thôtel de Bourgogne, rue Mauconseil, date de l'année i ^48.
3. Biblioth. nat., Ms. fr., n* 2206, f. 191. — Les Confrères de la Passion donnaient eux aussi des représentations en dehors de Paris. Ainsi, par suite d'un arrangement intervenu, vers 1^50, entre eux et la confrérie établie sous le même nom à Rouen, ils envoyèrent chaque année quelques-uns des leurs jouer la Passion dans cette dernière ville, moyennant salaire. Voy. Gosselin, Recher" ch?s sur les origines et l'histoire du Théâtre à Rouen. (Rouen, 1868, gr. in-8), 39.
se chargeait d'alimenter le répertoire du théâtre. Le t prince » devait présider les assemblées, diriger ses camarades ; c'était en un mot le directeur de la troupe. Nous ignorons qui exerçait les fonctions de prince à Tépoque de Gringore. Jehan du Pont-Alais prend ce titre en tète de la seconde édition des Contredit^ de SongecreuXj qui parut en 1532, mais il est certain qu'il n'était pas revêtu de cette dignité en 1 5 1 2 ; en effet , dans la sottie qui ouvre le Jeu du Prince des So^^ Gringore donne à Du Pont- Alais un rôle fort différent de celui qui est rempli par le prince. Après Du Pont-Alais, les seuls dignitaires de la confrérie qui nous soient connus sont Anthoine Caillé, f Maire Sotte », cité en 1538*, et Angoulevent, « Prince des Sots »,qui fit son entrée en 1605 et que nous suivons jusqu'en 1617S.
1. Voy. le Recueil cité ci-dessus, pp. 25-35 ; Félibicn, HisU de PariSy Preu- Yes, III, 781-785.
2. Voy. les pièces citée» par Brunet, v* Angoulevent et Prince des Sots,
lO PIERRE GRINGORE.
Après avoir résumé ce que Ton sait de l'association dramatique à laquelle Gringore appartint, il nous paraît utile de dresser une liste des pièces composées par lui. pour le théâtre. Voici, par ordre chronologique, l'indication de toutes celles qui nous sont parvenues, ou qui nous sont connues par des actes authentiques :
1501 (25 novembre). — c Jehan Marchand^, charpentier de la GrandCoignée, et Pierre Gringoire, compositeur », reçoivent de la ville de Paris une indemnité de cent livres « pour avoir fait et composé le mystère fait au Chastelet à l'entrée de M. Tarchiduc [Philippe d'Autriche % ordonné les personnages, iceux revestus et habillés, ainsi qu'en mystère e[s]toit requis, et pareillement d'avoir fait les e[s]chafaux qui e[s]toient à ce nécessaires. »
Sauvai, Antiquités de Paris, III, 534.
1505. — Une nouvelle indemnité de cent livres est accordée aux mêmes personnages pour le mystère représenté à la porte du Châtelet lors de l'entrée d'Anne de Bretagne. Ils avaient reçu, l'année précédente , pour cet objet, un premier à-compte de cinquante livres.
Sauvai, III, 537 ; cf. 554.
Vers 15 10. — Il convient probablement d'attribuer à Gringore une sottie intitulée : Les Sot^ nouveaulx farce^ , couveif^ qui est
. I. Jehan Marchant, dit le jeune, était le charpentier ordinaire d'Anne de Bretagne. Voy. Le Roux de Lincy, Vie d'Anne de Bretagne^ IV, 102.
3. Voy. sur cette entrée le curieux journal imprimé par Chmel, Die Hand^ schriften des k. k. Hofbibliothek in Wien, II (Wien, 1848, in-8), 560-565.