‹ Pierre Gringore et les comédines italiensChapitre 2 sur 11 · Jal, Dictionnaire critique, 2« édit · texte numérisé non relu

Jal, Dictionnaire critique, 2« édit

3. Le même titre nous apprend que Gringore demeurait alors « près du bout du pont Nostre Dame ».

Cette confre'rie, fort mal connue, paraît avoir succédé à l'association des Enfans ou Galans sans soucy^ dont nous perdons la trace à la fin du xv« siècle '. î^s « Sotz » avaient à leur tète un € prince », qui était un des suppôts du t Roy de la Bazoche » et qui avait séance au parquet de la justice lorsqu'il s'y trouvait. Ce détail, qui nous est révélé par Miraulmont 2, est confirmé par les pièces du célèbre procès qui eut lieu, au commencement du XVII* siècle, entre Angoulevent et les Confrères de la Passion. Une pièce imprimée en 1607 porte le titre suivant : Arrest du Royaume de la Basoche donné au profit du sieur d' Angoulevent, valet de chambre du Roy, prince des Sots et premier chef de la sottie de l'Hostel de Bourgongne et Isle de France, etc.

Les Sots, comme le montre le titre que nous venons de rapporter, étaient dans la dépendance de la Bazoche, tandis qu'ils traitaient avec les Confrères de la Passion sur le pied de l'égalité. C'étaient eux qui représentaient les sotties et les farces qui accompagnaient les mystères, joués par les Confrères. Les Sots possédaient, à ce que nous apprend un acte de 1 543 3, une

1. La manière dont Marot parle des « Enfans sans soucy » dans la célèbre ballade qu'il leur a consacrée (édit. Jannet, II, 6i) permet de penser que, an commencement du xvi» siècle, ce nom ne désignait plus une association particulière, mais s'appliquait à tous ceux qui aimaient à « saulter, danser, chanter a l'advantage » et que leur goût entraînait vers le théâtre.

On doit certainement chercher l'origine des confréries de « Sotz » dans les fêtes des fous et autres cérémonies grotesques qui se célébraient au moyen âge, mais leur nom donnait lieu à un calembour qui charmait nos ancêtres. Le « prince des Sotz « était en même temps le « prince des Sauts » ; aussi vit-on des acteurs rouennais prendre le nom de « Sobres Sotz », par une allusion aux « soubresauts ». Voy. Stecher, La Sottie française et la Sottemie flamande (Bruxelles, 1877, iii-8), 4; cf. Foomier, Théâtre français, 420.

2. Recueil des statuts, ordonnances, etc., du Royaume de la Basoche (Paris, 1654, in-8), ap. Fabre, Études historiques sur les clercs de la Basoche ( Paris, 1856, in-8), 148.

} . Voy. Recueil des principaux Tiltres concernant l'acquisition de la propriété des masure et place oit a esté bastie la maison appelée vulgairement CHostel de Bourgongne... (Paris, 1632, in-4), 9-3} ; — Félibien, Histoire de Paris, Preuves, III, 781-785. Cf. Histoire du Théâtre François, I, 55 ; — Douhet, Dictionnaire des Mystères, 640.

maison dite des « Sotz attendans », sise rue Darnétal. C'était là, ainsi que le nom l'indique, qu'ils se réunissaient quand ils devaient prêter leur concours aux Confrères, dont le théâtre était à proximité. Ceux-ci jouèrent en effet, jusqu'en 1539, à l'hôpital de la Trinité, situé à l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue Darnétal K

Les Sots donnaient également des représentations composées tout entières de pièces de leur répertoire, ainsi qu'on le voit par les mystères et autres productions de Gringore, dont nous donnons plus loin la liste, et notamment par le Jeu du Prince des Sut^ donné aux Halles de Paris en 1512. Parfois aussi, ils parcouraient la province, comme nous l'apprend une requête inédite de Jean du Pont-Alais, adressée en 1529 ou 1530 à e Messieurs de la Cour». Jeté en prison pour quelque imprudence de langage, le célèbre comédien sollicite sa mise en liberté et il ajoute : "^

Or est ainsy qu'en diverses provinces

Je suys allé pour resjouyr les princes

De jeux plaisan?, traduictz en joyeux verbes,

Propos nouveau! X, non d'oultrageux proverbes.

Comme avez veu, tant Anjou que Poitou,

Auvergne aussy, partout, je ne sçay ou 2.

Il ne semble pas que Gringore ait jamais occupé dans la confrérie des Sots d'autres fonctions que celle de « Mère Sotte ». Ce titre était donné, selon toute vraisemblance, à celui qui

1. En 1ÏJ9, les Confrères furent forcés de quitter l'hôpital de la Trinité; ils s'établirent alors à l'hôtel de Flandres, près de la rue Coquillière actuelle, mais leur nouveau théâtre fut démoli en 1545. Leur installation à l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseii, date de l'année 154S.

2. Biblioth. nat., Ms. fr., n» 2206, f. 191. — Les Confrères de la Passion donnaient eux aussi des représentations en dehors de Paris. Ainsi, par suite d'un arrangement intervenu, vers 1550, entre eux et la confrérie établie sous le même nom à Rouen, ils envoyèrent chaque année quelques-uns des leurs jouer la Passion dans cette dernière ville, moyennant salaire. Voy. Gosselin, Rechercha'; sur les origines et l'histoire du Théâtre à Rouen. (Rouen, 1868, gr. in-8), 39.

se chargeait d'alimenter le répertoire du théâtre. Le t prince » devait présider les assemblées, diriger ses camarades ; c'était en un mot le directeur de la troupe. Nous ignorons qui exerçait les fonctions de prince à l'époque de Gringore. Jehan du Pont-Alais prend ce titre en tète de la seconde édition des Contredit:^ de Songecreux, qui parut en 1532, mais il est certain qu'il n'était pas revêtu de cette dignité en 1 5 12 ; en effet, dans la sottie qui ouvre le Jeu du Prince des Sot^, Gringore donne à Du Pont- Alais un rôle fort diff'érent de celui qui est rempli par le prince. Après Du Pont-Alais, les seuls dignitaires de la confrérie qui nous soient connus sont Anthoine Caillé, * Maire Sotte », cité en 1538*, et Angoulevent, « Prince des Sots »,qui fit son entrée en 1605 et que nous suivons jusqu'en 1617 2.

1. Voy. le Recueil cité ci-dessus, pp. 25-33 5 Félibien, Hist. de Paris, Preuves. Iir, 781-785.

2. ^'oy. les pièces citées par Brunet, v» Angoulevent et Prince des Sols.

Après avoir résumé ce que l'on sait de l'association dramatique à laquelle Gringore appartint, il nous paraît utile de dresser une liste des pièces composées par lui pour le théâtre. Voici, par ordre chronologique, l'indication de toutes celles qui nous sont parvenues, ou qui nous sont connues par des actes authentiques :

1501 (25 novembre). — « Jehan Marchand ', charpentier de la GrandCoignée, et Pierre Gringoire, compositeur », reçoivent de la ville de Paris une indemnité de cent livres « pour avoir fait et composé le mystère fait au Chastelet à l'entrée de M. l'archiduc [Philippe d'Autriche 2], ordonné les personnages, iceux revestus et habillés, ainsi qu'en mystère e[s]toit requis, et pareillement d'avoir fait les e[s]chafaux qui e[s]toient à ce nécessaires. »

Sauvai, Antiquités de Paris^ III, 534.

1505. — Une nouvelle indemnité de cent livres est accordée aux mêmes personnages pour le mystère représenté à la porte du Châtelet lors de l'entrée d'Anne de Bretagne. Ils avaient reçu, l'année précédente, pour cet objet, un premier à-compte de cinquante livres.

Sauvai, III, 537; cf. )u-

Vers 15 10. — Il convient probablement d'attribuer à Gringore une sottie intitulée : Les Sot:( nouveaulx farce^ , couve:^, qui est

1. Jehan Marchant, dit le jeune, était le charpentier ordinaire d'Anne de Bretagne. Voy. Le Roux de Lincy, Vie d'Anne de Bretagne, IV, 102.

2. Voy. sur cette entrée le curieux journal imprimé par Chmel, Die Handschriften des k. k. Hofbibliothek in Wien, Il (Wien, 1848, in-8), 560-563.

citée dans la célèbre Farce du Vendeur de livres^ sous le nom de Farce des Nouveaux Ponus '. La seule édition des Soff nouveaulx ^ qui nous soit connue, porte en effet sur le titre le bois de € Mère Sotte », représentant trois sots avec la devise : Tout

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par Raison^ Raison par tout, Par tout raison 2. Au commencement du xvi" siècle ce bois ne figure que sur le titre d'ouvrages imprimés pour Gringore,etnous sommes d'autant plus disposé à le considérer comme une propriété particulière du poète, qu'il se trouve sur divers volumes sortis de presses différentes, mais tous signésde son nom ou de son acrostiche 3. La sottie a dû être

1. Le Roux de Lincy et Michel, Rcc. de Farces, II, n» 40, p. 13 ; — Mabille, Choix de Farces, Soties et Moralités, II, 203, 221. Les sots disent en effet, au début de la pièce, qu'ils sont

Tous nouvtaulx ponnus et esclos et chacun d'eux raconte comment il a été « ponnu ». La sottie dont nous parlons ne contient pas d'allusion qui permette d'en fixer la date précise, mais aucune des pièces citées dans la Farce du Vendeur de livres ne paraît postérieure au commencement de l'année 1514.

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