‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 11 sur 66 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

élève de Coustou, et le collaborateur de ses travaux avant comme après son voyage de Rome. On peut admirer cet œuvre en parfait état de conservation, dans la cathédrale de Sens. Le monument était au xvm'' siècle et à la Restauration, au milieu du chœur en avant du maître autel de Servandoni, il est maintenant dans une chapelle du déambulatoire, à droite de celle de la Vierge. Le tout un peu féminisé est de l'exécution la plus brillante et la plus délicate. »

Revenu de Rome en 1773, Julien ne se présente à l'Académie qu'en 1776. Il est plus que probable qu'il passe ses trois années à faire avancer la commande de Coustou, un peu lent dans ses travaux. Ce labeur de simple praticien témoigne du respect et du dévouement de l'élève pour le maître ; mais un prix de Rome âgé de 45 ans ne peut rester indéfiniment en tutelle.

Bien que peu encouragé par Coustou, Julien se présente à l'Académie pour être agréé. Il envoie le Gamjmède versant le nectar à Jupiter changé en aigle. Julien subit l'humiliation rare d'un refus. Pourtant cette figure de Ganymède, même avec ses défauts, était bien supérieure au grand nombre de celles qui avaient jusqu'alors ouvert les portes de l'Académie. Nous la retrouverons légèrement modifiée au salon de 1775, et aujourd'hui elle est loin d'être déplacée au musée du Louvre. Pourquoi cette rigueur excessive? Faudrait-il penser, comme certains semblent l'insinuer, que le maître ne voulait émanciper l'élève que lorsque ses propres travaux seraient finis f

Julien fut très affecté par ce refus. Triste et découragé, il voulait abandonner l'art pour demander l'emploi de sculpteur de proues de vaisseaux à Rochefort. Heureusement ses amis parvinrent à lui faire avoir une plus juste opinion de lui-même. Ce furent le président Hocquart, le baron de Juys, de Lyon, qui lui demandèrent l'exécution en marbre de cette même figure de Ganymède; ce furent Qualremère de Quincy, étudiant avec ou plutôt, sous Julien dans l'atelier de G. Coustou, et enfin son digne ami Dejoux, alors à Rome.

Encouragé par eux, Julien se représente. Il est reçu à l'unanimité.

« Aujourd'hui, samedi 25 avril [1778], l'Académie s'est assem-

blée à Tordinaire. En ouvrant la séance, M. Pigalle, ac^oint et rectenr, a présenté à la Compagnie le sienr Pierre Julien de Saint-Polien en Auvergne. Après les voix prises à l'ordinaire, et avoir reconnu sa capacité, l'Académie a agréé sa présentation. M. le Directeur lui ordonnera ce qu'il doit faire pour sa réception. »

Dans la séance du 2 mai, l'Académie fixe les travaux à exécuter par Dejoux, Julien et Foucou. Julien devra exécuter en marbre, pour sa réception la figure du Gladiateur mourant sur laquelle il a été agréé. L'année suivante, à la séance du 27 mai 1779, Pigalle, recteur, présente Julien, sculpteur, qui a fait apporter son morceau de réception. Les voix prises, l'Académie l'a reçu académicien. Et le 10 avril, il prend séance.

Le Gladiateur mourant Ait très apprécié. Dejoux dans une lettre que nous possédons, fait le plus grand éloge de cette figure de marbre. Nous reproduisons en entier cette lettre d'un sculpteur, ami intime de Julien.

A Monsieur Brunelle, sculpteur, au Puis en Velay.

Monsieur et cher ami,

Je vous demande milles pardon si je n'ai pas répondu à votre obligente lettre plustot, c'etoit dans les vues de vous faire part de la satisfaction que je viens de recevoir de racadémie en donnant le marbre de mon saint-Sébastien pour ma réception, et croyé que j'ai trop à cœur de conserver un souvenir et des sentiments de votre part pour ne pas vous faire part de toute la vivacité des miens, je voudrois bien être apportée de vous engager à venir dans cette Belle Capitale ou notre ami Julien y tient la place la plus distinguée, sa figure de marbre qu'il a donné a Tacadémie pour sa réception est digne à tous égards des belles productions grecques et Romaines, je vous assure que personne n'a entré à l'académie avec autant d'honneur, votre patrie doit triompher de vous avoir donné un tel siyet.

Faites en s'il vous plaît part à Mademoiselle Julien sa sœur de ma part en l'assurant de mon très humble respect donnez-moi de vos nouvelles et vous me ferez plaisir.

J'ai l'honneur d'être avec tout l'attachement possible monsieur et ami votre très obéissant serviteur.

Dejoux.

Paris, ce 10 août.

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