CHAPITRE SECOND
Ce marbre de trois pieds de proportion se trouve au Musée du Louvre, au milieu des autres morceaux de réception. Le Saint- Sébastien de Dejoux, son siget de réception, daté aussi de 1779 est bien faible relativement à celui de Julien. D'ailleurs quel est le marbre de cette intéressante et importante série, qui soit supérieur au Gladiateur mourant ? L'anatomie est scrupuleusement
Le Gladiateur mourant, par Julien (Mus^ du Louvre).
observée, le faire de l'auteur rend bien la fermeté et aussi le moelleux des chairs ; l'attitude générale exprime l'affaissement du lutteur qui sent la vie lui échapper et veut se soutenir encore quelques instants pour contempler la couronne de laurier placée à ses pieds; mais ses forces diminuent, il va défaillir et tomber pour
ne pins se relever. Ce morceau témoigne d'nne grande maîtrise. L'excessive rigueur de l'académie nous a valu un des meilleurs morceaux de réception, peut-être même le meilleur.
Julien, après ces pénibles débuts, pourra maintenant, en sa qualité d'académicien^ prendre part aux salons, qui avaient lieu cette époque tous les deux ans (1). Sa personnalité va s'affermir et se développer. Ses envois seront presque toujours bien accueillis.
Au salon de 1779, Julien expose trois œuvres; son marbre de réception, un bas-relief, les Nymphes coupant les ailes à l'Amour, et une Tête de femme; le livret sgoute : « cette femme est coiffée d'un voile et couronnée de fleurs comme les jeunes filles dotées par le pape et le sacré collège à l'église de la Minerve à Rome. »
La critique fut très favorable à Julien. Le Continuateur de Bachaumont (2) s'exprime ainsi : « On trouve du nerf dans le Gladiateur mourant de M. Julien, malgré l'abandon du corps très bien exprimé. Il possède parfaitement l'anatomie; peut-être les mains sont-elles soignées avec trop de délicatesse pour sa situation. Car cet artiste a, quand il le veut, de la douceur ou du moelleux dans le ciseau ; ce que prouve sa Tête de femme coiffée d'un voile et couronnée de fleurs ; elle est d'une suavité charmante. Les fleurs sont artistement travaillées et le voile a presque la transparence de la gaze. »
Un deuxième critique, qui intitule son travail : Ah! Ah! Encore un critique au salon! n'est pas moins élogieux : « M. Julien, un Gladiateur mourant. Il est composé avec génie et supérieurement rendu. Ce n'est pas du marbre, c'est de la chair; c'est un malheureux qui expire et dont on partage la douleur; en un mot, cette figure est toute âme. On ne voit pas souvent des morceaux de réception de cette force : aussi l'artiste a-t-il eu un scrutin blanc comme un marbre. »
Que sont devenues ces trois œuvres ? Le Gladiateur mourant est au Louvre, venant de Saint-Cloud. Le modèle en plâtre est mentionné dans l'Inventaire après décès. Le grand bas-relief se
(1) Noie» et documents inédits sur les expositions du xviii* siècle, par J.-J. Guiflrey.
(2) Tome XI!I, 3' lettre, p. 264.