CHAPITRE TROISIÈME
Le 22 thermidor an X (10 août 1802), Alexandre Lenoir, administrateur des monuments français s'adresse au Ministre de Tlntérieur et l'informe que Ton peut remettre au desservant de la succursale de Saint-Germain-des-Prés une statue en marbre représentant sainte Marguerite sans nuire à la collection. Et il ajoute : « Mais elle est placée dans le dix-septième siècle et va laisser un vide que je vous prie (1) citoyen ministre, de remplacer parle modèle en plâtre de la statue de Jean de La Fontaine par le citoyen Julien, membre de l'Institut, qui dans ce cas se trouverait en regard avec le modèle de celle de Pierre Corneille par Caflïéry, quej'ai l'intention d'exposer dans le dix-septième siècle. »
« Le célèbre Julien désire voir sa statue de La Fontaine dans mon Musée. Il ne réclame pour ce chef-d'œuvre qu'une somme de mille francs, que Ton pourrait prendre sur les fonds destinés aux encouragements.
« Citoyen ministre, si cette proposition peut vous plaire elle me flatterait et elle replacerait : 1"" dans Saint-Germain-des-Prés une statue qui l'ornait autrefois; 2^ elle ornerait le Musée d'un bel ouvrage élevé à la mémoire d'un des plus célèbres philosophes que la France ait produits.
« Salut et respect. « Lenoir. »
L'autorisation pour l'achat ne se fit pas longtemps attendre. Le 30 thermidor an X (18 août 1802) le ministre de l'Intérieur autorise Lenoir à donner la statue de sainte Marguerite « et à acquérir du citoyen Julien^ pour la somme de mille francs, le modèle en plâtre de la statue de Jean de La Fontaine qui est indispensable dans la salle du dix-septième siècle ».
<f Je vous salue..., Chaptal ».
Le dépôt au musée des Petits-Augustins (l'École des Beaux- Arts actuellement) eut lieu une quinzaine de jours après : Denon en fait demander le certificat.
Paris, le 26 fructidor, an XI (13 septembre 1802).
J'ai rhonneur de saluer le citoyen Lenoir et le prie, de la part de M. Denon, de lui envoyer un certificat qui atteste auprès du Ministre de Tlntérieur le dépôt dans le Musée des Monuments fran-
(1) Inventaire dei Richesses (CArt en France, t. 111, p. 65 ci 282.
44 JULŒN — SA VIB — SON ŒUVRE
çais de la figure de Jean La Fontaine par le citoyen Jalien. SU peat la remettre au porteur de la présente, il m'obligera beaucoup.
Son dévoué serviteur Lavallée.
Note de Lenoir : j*ai remis le certificat demandé au porteur.
Le musée des Monuments français fut supprimé vers la fin de Tannée 1814 et la plupart des objets restitués à leurs possesseurs. (1) Comme la statue de La Fontaine avait été achetée par l'administration du Musée, elle séjourna dans quelque salle de ces bâtiments devenus TÉcole des fieaux-Arts.
En 1858 la Société académique du Puy, sur l'initiative de M. Aymard, son vice-président, fit des démarches auprès du Gouvernement pour obtenir le précieux modèle, qui lui fut accordé (2).
Le Musée du Puy conserve avec un religieux respect ce plâtre sur lequel Julien a fait prendre corps à son idée créatrice, pour venir ensuite comme à une source féconde, puiser la vie, qui devait animer le marbre placé à l'Institut. On voit sur la statue les têtes de clous servant de repère pour la mise au point; c'est donc bien le modèle original.
Une réduction du La Fontaine, en biscuit de Sèvres, se trouve aussi au musée du Puy. On sait que M. d'Angivilliers, préoccupé de trouver de bons modèles, avait donné ordre aux artistes chargés d'exécuter les statues des Grands Hommes, défaire en terre cuite une réduction de leurs œuvres. La manufacture de Sèvres reproduisait ensuite en porcelaine ces différentes statuettes et les amateurs pouvaient se les procurer pour une somme de 250 livres.
(1) Année 1817. Décembre. Remise à Madame Goinard (ou Gaimard) de deux figures en plâtre de Julien, lui appartenant et représentant ia^Baigneuêe et la BienfaUanee, Remises le 3i mars 1817. {Inventaire général des riche$$es d'art en France^ t. III, p. 291.)
Dans ce môme If^entaire (t. I, p. 253, et t. III, p. 213), il est porté d*un Joli petit groupe d'enfants exécuté en marbre par Puget;et acheté à un particulier de Téolon à la sollicitation de M. Julien sculpteur, membre de l'Institut. — Lenoir adressa au miniiitre (8 vendémiaire an X, 30 septembre 1801, un mémoire chargé de treize signatures des artistes les plus célèbres, poar acquérir ce groupe pour le Musée ; suivent le» signatures, Julien, Moitte, Houdon, Dejoux, P.. le Comte, Pajou, Maison, Renou. B. Giraud, Biaise, F. F. Lemot, Foucou, Roland. L'œuvre est au Louvre (n« 202, Deêcriplion de$ $culpture$ de$ tenipê modemet, par H. Barbet de Jouy, édition 1873.)
(2) AnnaUe de la Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du Puy, t. XXII, p. 6.