‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 19 sur 66 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les marbres du La Fontaine et du Ganymède ftarent très bien accueillis par les critiques.

L*auteur du Salon de Y Année littéraire (1) vient de passer devant le Philopœmen de Dejoux, aux muscles secs et décharnés : « Quittons vite Philopœmen pour admirer la statue de La Fontaine exécutée en marbre par M. Julien. C'est à coup sûr la plus belle de toutes celles qui sont exposées aux regards du public. L'inimitable La Fontaine respire sous le marbre et le nom de l'artiste passera à la postérité la plus reculée avec celui de son divin modèle. »

Le peintre anglais au salon de Peintures trouve que « le Ganymède de Julien est d'une beauté ravissante, le rendu et l'exécution superbes, ses formes tiennent beaucoup de l'antique. Enfin c'est la nature dans son beau.

« Il a rendu en marbre cette fameuse figure, que le public a tant admirée. En effet, elle est très admirable, d'une supériorité étonnante, d'une finesse, d'un rendu et d'une vérité sublime.. . et l'on crie : c'est La Fontaine! M. Julien mérite à tous égards un titre à l'immortalité. »

La statue de La Fontaine ne le cède point au Pascal de M. Pajou, c'estl'opinion de l'auteur du Discours sur la peinture. c< Nous ne devons pas oublier, ajoute-t-il, d'inviter les amateurs à venir voir dans le salon, le Ganymède de M. Julien, et les jeunes artistes à l'étudier, il nous a paru d'un grand fini, et dans les plus belles proportions. »

Cette même année, Pajou exposait sa Psyché abandonnée : L'ordre lui fut intimé d'avoir à la rapporter dans son atelier. Le Continuateur de Bachaumont (1) fut fort étonné de cette intimation, ce qui lui fit trouver dans le Ganymède des intentions que l'auteur n'avait pas voulu y mettre :

« Revenu au salon et m'attachant à détailler les sculptures que je n'avais presque pas observées jusqu'à ce moment, il en saute une à mes yeux d'un faire délicieux, mais cent fois plus dangereux que la Psyché. C'est le Ganymède de M. Julien. L'artiste a déployé tout son talent pour faire mieux travailler l'imagination sur cette anecdote scandaleuse du plus grand et du plus libertin

(i)T. vu, p. 24.

(2) T. XJÇX, m* lettre, p. 1(00.

des Dieux; l'aigle de ses yeux de feu semble dévorer le séduisant échanson. Il le serre de près de son aile. Je ne sais, mais il me semble que c'était bien là le cas où le zèle du pasteur aurait pu s'écbauffer. . . Je m'arrête et reprend mes fonctions de critique amateur ou plutôt admirateur. On ne peut mieux travailler le marbre, ce morceau remporte tous les suffrages. »

Comment peut-on penser que Julien ait employé tout son talent pour atteindre un pareil but ! C'est la grâce et l'harmonie des lignes^qui l'ont attiré. Ce thème lui a servi de prétexte pour traduire en marbre un épiderme vivant et frémissant, pour fixer la vie dans ce qu'elle a de gracieux et de juvénile. Poursuivre un autre but n'est plus de l'art.

Que deviennent ces deux œuvres ?

Le Ganymède était la propriété du baron de Juys comme nous l'apprend le libellé du Livret. En l'an X la statue se trouvait à Versailles dans le musée spécial de l'École française. La Révolution dut enrichir le musée de cette œuvre d'art, propriété d'un proscrit. Actuellement cette statue se trouve au Louvre.

Pour le La Fontaine nous avons à nous occuper de la statue en marbre, du modèle en plâtre, et de la réduction en biscuit de Sèvres, ces trois œuvres existent encore.

Comme les autres statues des Grands Hommes de la France, le La Fontaine, à la clôture du salon de 1785, fut déposé dans les magasins du Louvre, attendant sa destination (1). A l'époque de la Révolution on songea à utiliser cette collection. On disposa de La Fontaine en faveur de l'Institut. On ne sait pas au juste la date de celte émigration, mais Landon nous apprend dans ses Annales (p. 71) qu'en 1804, c'était un fait accompli et remontant probablement à plusieurs années. Le La Fontaine se trouve placé dans le vestibule de la salle des séances, au fond de la troisième travée et à droite.

Le modèle en plâtre du La Fontainejresta d'abord dans l'atelier de Julien, jusqu^en 1803. A cette époque notre artiste fait des démarches auprès de Lenoir pour faire placer sa statue dans le musée des Monuments français.

(1) Voir le Guide des amateurs, par Thléry, 1787, t. H. p. 26.

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