‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 3 sur 66 · SA -VIE ET SON CEUV^RE 1V · texte numérisé non relu

SA -VIE ET SON CEUV^RE 1V

CHAPITRE PREMIER Naissance a Saint-Paulien. — Apprentissage au Puy : école

LOCALE DE SCULPTURE. — ÉlÈVE A l'ÉcOLE ROYALE DE DESSIN

DE Lyon, a l'Académie royale de Paris. — Prix de Rome. École des élèves protégés. — Séjour en Italie.

Pierre Julien est né à Saint-Paulien (1), l'antique Ruessium, capitale des Vellaves. De nombreux fragments lapidaires provenant de monuments anciens, des restes d'arène assez vaste, et une importante voie de communication, la Bolène^ témoignent de la prospérité de la cité sous la domination romaine. Siège épiscopal jusqu'au vi*' siècle, Ruessium change son nom contre celui de Saint-Paulien, son dernier évoque. Sur le tombeau du saint pontife s'éleva une majestueuse basilique, transformée en

(1) Saint-Paulien, chef-lieu de canton du département de la Haute-Loire, prOs de 3,000 haj}itant8, à 14 kilomètres du Puy-en- Velay.

une belle église à trois nefs et à quatre chapelles rayonnantes (1). Avant la Révolution, Tintérieur était décoré de nombreuses œuvres d'art. De nos jours, ce monument imposant est encore Torgueil de Saint-Paulien.

C'est dans cette ville aux nombreux vestiges du passé, que Julien a vu le jour. Son père était maître menuisier. Voici son acte de baptême d'après les anciens registres de la paroisse Saint-Georges (2) :

« L'an mil sept cent trente un et le vingtième jour du mois de juin a été battisé par nous chanoine et vicaire soussigné, Pierre Julien né d'aujourd'huy, fils légitime à Vital Julien, m^ menuisier et à Marie Pagnac, mariés de la ville de Saint-Paulien, illiterés, fait en présence d'André Bonnefoux et Jean-Pierre Garron soussignés.

(c Bonnefoux, Garron, Chambon, chanoine et vicaire. »

Avec Pierre, il y avait au foyer paternel, Jacques, Jean, Vital, Antoine, Catherine et Anne (3). Plus tard, Antoine et Anne allèrent habiter Vals-près-le-Puy ; tin des fils resta à Saint-Paulien; Catherine s'établit dans un village de la paroisse (4).

Notre futur sculpteur n'avait que huit ans au décès de sa mère (5) et sa jeune sœur Anne, cinq ans seulement. Nous

(1) LMntôricur de Tôglise a subi au xvii« siècle des modifications profondes : les trois nefs ont été réunies en un seul berceau brisé et les quatre chapelles couronnées par les tours s'élevant jusqu*à la hauteur des combles et servant de contrefort.

(2) Archives communales de Saint-Paulien, série E* — Avant la Révolution, Saint- Paulien avait trois paroisses : la collégiale Saint- Georges, Notre-Dame du Haut- Sauljer, et Saint-Paulien hors les murs.

(3) Jacques, né le 5 octobre 1718, Jean le 30 mars 1721, Vital le 14 février 1724, Catherine le 29 octobre 1728, parrain Alexandre Armand, Anne le 28 mai 1734, et Antoine (nous n'avons pas l'etrouvé son acte de baptême, mais nous connaissons son existence par les documents de la succession Pierre Julien.

(4) Sous le Directoire, en juillet 1798, Catherine Julien cacha, dans une maison à Anazac, Grellet André, religieux capucin du couvent du Puy.

(5) « L*an 1739 et le vingt six mars est décodée Marie Pagnac de cette ville parre Saint-George, âgée environ de quarante cinq ans, et a été inhumée le vingt sept dans le cimetière de la susd. parre pnt Mathieu Raveyre et Joseph Roux illiterés enquis.

« Begon, vie. »

CFIAPITRE PREMIER 11

verrons que les deux benjamins de la famille furent unis pendant toute leur vie par la plus étroite amitié.

Son instruction dut être des plus sommaires. Ses journées se passent à veiller sur les troupeaux qui lui sont confiés. Il occupe alors ses loisirs à pétrir de la terre, puis à reproduire de son mieux tout ce qui Tentoure. Ses esquisses, pour être grossières, n'en dénotent pas moins un talent naissant. Un oncle du petit artiste, religieux de la Compagnie de Jésus, sut apprécier ces dispositions. Il conduisit son neveu au Puy et le plaça en apprentissage chez un sculpteur-doreur G. Samuel.

Cette petite ville de province était encore, à cette époque, un centre artistique plus considérable qu'on ne saurait le penser. Lieu de pèlerinage des plus fréquentés jusqu'aux Guerres de Religion, le Puy-Sainte-Marie recevait dans ses murs de riches visiteurs de la France entière et de TEspagne. Nombreuses étaient les boutiques des orfèvres au pied du sanctuaire de la Vierge noire ; les œuvres de ces artistes locaux sont encore en grand nombre dans la région. — Aux temps modernes, le pèlerinage perd de son prestige ; la vie artistique se maintient pourtant, peintres, sculpteurs, artisans, exécutent de nombreux travaux pour les congrégations religieuses et les corporations laïques.

Etienne Martellange (1), architecte, coac^uteur temporel chez les Jésuites, construit à partir de 1605 l'église du Collège au Puy, et dirige vraisemblablement les décorations sculpturales. — Rétables et tabernacles en bois se répandent dans le

(1) Né à Lyon en 1568 du peintre Etienne Martellange, roaitre des métiers de la corporation, fit avec ses deux frères, Benoit et Olivier, profession aux jésuites à Avignon en 1590, dut aller à Rome jusqu'en 1604. Durant trente ans il construisit huit collèges de la compagnie Le Puy, Vienne, Moulin, Vesoul, Dijon, La Flèche, Paris, Roanne. Retiré en 1637 au noviciat de Paris, il travaille à ses ou\Tages de dessin et de peinture. Décédé le 3 octobre 1641, il fut inhumé dans Téglise du Noviciat. Ses travaux attribués plus tard à Stella lui ont été restitués par M. Char>'et de Lyon.

Consulter : Biographies d'architectes, Etienne MarltUange. i569-i641, par E.-L.-G. Charvet. Lyon, Clairon Mondet, 1874, in-S*», 240 p. et Notice sur la vie et les travaux d'Etienne Martellange, architecte des Jésuites (1560-i64i), par M. Bouchot. Paris, 1886. — Extrait de la Bibliothèque de TÉcole des Chartes, t. XLVII, 1886.

pays, Gabriel et Claude Crouzet, Vital Layes en construisent un grand nombre vers le milieu du xvii" siècle.

Durant le dernier quart de ce même siècle, un évoque du Puy, grand ami des lettres et des arts. Monseigneur de Béthune (1), attache à sa personne, un sculpteur de tout premier mérite, grand virtuose de la sculpture sur bois, Pierre Vaneau (2). Ses œuvres, pour rappeler souvent de trop près le style de Michel-Ange, témoignent pourtant d'une étonnante maîtrise, et sont animées d'une vie intense : La Vierge et le Saint-Jean du groupe de la Chapelle de la Croix à Brioude sont de vrais chefs-d'œuvre. Le travail capital de Vaneau était le monument grandiose, qui devait s'élever dans la cathédrale du Puy, pour célébrer le triomphe de Jean III Sobieski sur les Turcs à la bataille de Vienne, et aussi pour servir de sépulture à monseigneur de Béthune. Les bas-reliefs et les statues de ce monument et plusieurs autres panneaux sont longtemps restés dans la région et ont dû inspirer les artistes locaux.

Dans son atelier à l'angle de la rue des Tables et de la ruelle conduisant au jeu de Paume et à la chapelle Saint-Maurice, Mathieu Bonfils (3), élève et beau-frère de Vaneau, transmet,

(1) Armand de Béthuac, né lo 7 août 1635 à Dolainvillc, dioeèse de Paris. Étudie à Ponthvoy, à Bordeaux, à la Flèche. — 1652, chanoine de Bordeaux. — !•' juillet 1661 évêque nommé de Saint-Flou p, ensuite évoque du Puy. — 12 juillet 1265 consacré dans Téglise des Feuillants à Paris. — 25 août 1665, entrée solennelle au Puy. — 18 octobre 1687, fondation du couvent du Refuge au Puy. Sa riche collection d'objets d*art en son château de Monistrol-rÉvôque, près de 2,000 toiles. — 10 décembre 1703, meurt à Monistrol. — 26 décembre, inhumé dans la chapelle Saint-Maurice, couvent du Refuge au Puy. — Son frère François Gaston, marquis de Béthune, avait épousé Marie- Louise de la Grange dWrquien, sœur de Maric-Casimire, reine de Pologne, voir : Notice sur Armand de Bélhune, par Tabbé A. Achard. Le Puy, Mey, 1902.

(2) Pierre Vaneau, né le 31 décembre 1653 à Montpellier, a dû étudier en Italie. Marié le 17 juin 1682 à Marie Hoctein. — Sculpteur attitré de Mgr de Béthune, à 200 livres par mois, son atelier à Monistrol. Œuvres nombreuses au Puy, à Brioude, à Monistrol. — DJcédô au Puy le 27 juin 1694. N'a pu exécuter toutes les œuvres qui lui sont attribuées. Son père Jacques Vaneau, et son frère Simon étaient aussi sculpteurs. Consulter : La vie et Vœuvre de Pien^e Vaneau^ sculpteur français du XVII* siècle et le monument de Sobieski, par Marins Vachon, Charavay frères, éditeurs, 1883, Paris.

(3) Mathieu Bonfils, né vers 1667 à Saint-Bonnet-le-Château en Forez, est attiré à Monistrol, travaille sous Vaneau dont il épouse la sœur Isabeau, 13 mars 1691. Se fixe au Puy, exécute un grand nombre d'œuvres, en particulier pour le séminaire (quittances du 31 mars et 28 novembre 1730). Marié en secondes noces à Agnès Marie Saint-Martin (18 novembre 1727). Décédé au Puy, le 2 mai 1741 âgé environ de 85 ans.

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