CHAPITRE SIXIÈME
pereur étant beaucoup plus pesant que les autres objets. M. Dugone délivre la quittance suivante à M. Armand :
Comme receveur de la commune du Puy, j'ai reçu de monsieur Armand premier greffier du Tribunal civil, tuteur de Tenfant mineur d'Antoine Julien et héritier en partie de M. Julien statuaire mort à Paris la somme de dix-huit francs des mains et deniers dudit Armand et ce pour le port et embalage de la figure de la déesse Igia, ouvrage de son oncle, envoyé de Paris et adressé a la commune avec d'autres objets. Dont quittance, au Puy ce 4* Thermidor de Tan 13.
Dugone, receveur de la commune .
C'est à cette époque en 1790 ou 1791, que Julien devient acquéreur d'une propriété à Vais, consistant en une maison d'habitation (1), située sur la place publique, et séparée de l'église par le chemin du Puy, en un enclos appelé de Brioude, et deux vastes prairies dites delpont et du Roussou.
Durant son séjour au pays natal, Julien rendit visite à ses amis. Il alla en particulier à Grazac chez Bonet de Treiche, le futur conventionnel et directeur de l'Opéra. Ils firent tous les deux des excursions dans les environs, comme nous l'apprend le billet suivant adressé à M. Brunel commissaire à terrier et membre du conseil de la commune au Puy.
Grazac Je 20 août 1791.
Monsieur,
Je profile de la voye de mon domestique que j'envoye au Puy, pour scavoir de vos nouvelles et de celles de notre ami Julien. Je vous prie de remettre a mon domestique les bottes, que je prêtai à M. Julien dans le voyage que nous fimes a Ventresac et qu'il doit vous avoir laisser.
Je me propose de fixer bientôt ma résidence à Monistrol, si vous passés de ce côté, j'espère que vous me ferez Thonneur de me demander.
J'ai rhonneur d'être avec un très sincère attachement Monsieur votre très h. et t. ob S^
Bonet Ghabannolles.
(1) Cette maison sert aujourd'hui d*école communale.
Julien ne dut probablement retourner à Paris que pour le Salon de 1791. Le livret mentionne : « Une pendule en marbre », et au n** 790 : « Figure en marbre, grandeur naturelle, accompagnée d'une chèvre. » — Comme nous l'avons déjà dit, au sujet de ses travaux pour Rambouillet, Julien n'avait pu envoyer au Salon sa statue de la Jeune Fille à la Chèvre. Le roi ne possédant plus, à titre privé, le duché de Rambouillet, ce marbre put être transporté à Paris pour le Salon.
Cette figure fut très bien accueillie parla critique. « N" 790. Baigneuse aussi belle que la Vénus de Médicis par M. Julien, » ainsi s'exprime Chéry dans Explication et critique impartiale. L'auteur de Lettre d'artiste^ sur les ouvrages exposés au Salo7i de 1791 n'est pas moins élogieux : « On a encore admiré avec étonnement jusqu'où l'art pouvait porter la grâce des mouvements, la finesse des chairs, la légèreté de la peau dans cette jeune Nymphe sortie des mains de M. Julien. Quelques connaisseurs la regardent comme un des chefs-d'œuvre de la sculpture française. » Ces éloges sont-ils exagérés ? nous ne le pensons pas.
Julien ne paraît point aux Salons jusqu'en 1795. Avant de parler de son envoi, occupons-nous d'une question secondaire au point de vue des arts, mais regardée par les artistes comme imporlanteet surtout pratique : la question du logement au Louvre.
Un nombre assez considérable d'ateliers étaient disposés au rez-de-chaussée du palais du Louvre, principalement autour de la cour intérieure. Les artistes faisaient agir parfois les personnages les plus influents pour obtenir un de ces ateliers tant convoités. Les plus commodes et les plus spacieux étaient naturellement les plus recherchés. Souvent l'artiste y aménageait un petit logement, ce qui était fort économique.
Jusqu'ici Julien n'a occupé qu'un modeste atelier attenant à l'Académie. Le roi, très satisfait de ses travaux décoratifs de la Laiterie, lui a promis un vrai logement, le premier qui sera vacant sera le sien : ce qui ne se réalisa point. Deux ans plus tard, Julien rappelle au directeur général la promesse du roi. M. le comte lui répond le 3 juin 1789 :
... « Je suis bien loin de perdre de vue le besoin que vous avez