CHAPITRE SIXIÈME
d'un logement, le droit que vous y avez acquis par vos talents et Tespoir que je vous en ai donné. Les occasions qui vous ont paru s'en présenter ne me laissaient point de moyens de remplir et vos vues et les miennes; voilà pourquoi elles vous ont échappé. Vous. devez compter que je saisirai avec empressement le premier moment favorable. »
Julien doit se contenter de la promesse de M. d'Angivillers. Un mois plus tard, notre artiste se berce de Tespoir d'obtenir le logement d'André Bardon décédé. M . Pierre lui a fait savoir le 3 juillet 1789 (1), que l'atelier lui est destiné. Mais les compétiteurs sont nombreux et bien 'appuyés. Le peintre Dûment a envoyé, le 22 juillet, un mémoire à la Reine : le mémoire approuvé par Sa Majesté est renvoyé au directeur général, qui écrit de sa main sur la marge : « le premier logement est promis à M. Julien. » Mais ni Julien, ni Dumont n'obtinrent le logement vacant.
Nous allons les retrouver en présence à la mort de Cochin . M. Pierre, le 3 mai 1790, adresse la lettre suivante à M. le Comte, pour lui indiquer ceux qui sont les plus méritants pour jouir des pensions ou emplois de Cochin. Pour le logement, Pierre écrit : « Quant au logement des Galleries, le S"" Vincent en aurait une partie et y conserverait le dépôt des dessins. — L'autre serait donnée au S*" Dumont, peintre distingué dans son genre et justement honoré des bontés de la Reine ; les charges d'une famille qu'il soutient presque au delà de ses forces le rendent infiniment favorable; et ces considérations réunies permettent de différer encore l'exécution de l'espérance que sa Majesté avait bien voulu donner à l'estimable M. Julien sculpteur, du premier logement vacant aux Galleries et qu'il peut attendre moins incommodément depuis qu'il est placé provisoirement dans un petit logement tenant à l'Académie. » — Dumont obtient probablement le logement des Galleries, et Julien reste dans son petit logement provisoire.
Il y est encore deux ans plus tard. Nous voyons en eflfet (2), qu'à la mort de Cnffléri, survenue le 21 juin 1792, son logement du
(1) Archives Nationales O* 1225.
(2> Archives Nationales O* 1914.
Louvre est devenu l'objet des démarches de nombreux artistes : \jme Guyard, Foucou, Julien, Sauvage, Aug. S' Aubin, sans compter M. Faur, secrétaire du duc de Richelieu font des démarches dans ce but. — - Julien a-t-il obtenu le logement de Caffléri ? ou est-ce seulement pendant la Révolution qu'un bon atelier lui a élé accordé?
Lorsque Bonaparte, à cause du désordre qui régnait dans la cour du Louvre, fit évacuer les Galeries du Louvre, par Tarrèté du 3 fructidor an IX (21 août 1801), Julien reçut un logement dans les bâtiments du Palais des Arts, ci-devant des Quatre Nations, aujourd'hui Palais de l'Institut . Ce contretemps ennuie beaucoup Julien, qui s'en plaint, à son ami Armand, dans une lettre du 11 pluviôse an X (31 janvier 1802)... « et par surcroix, Ion nous force de sortir du Louvre, déménagement qui me contera peut-être plus de 100 Louis, a moi sculpteur, pour mes ustencilles d'atelier et mes marbres, ce qui joint a l'état de mon neveu me fait tourner la tétte. »
L'appartement occupé dorénavant par Julien était situé'dans l'aile droite du palais, au premier étage, entrée rue de Seine; il se composait d'une antichambre, salle à manger, chambre à coucher, vue sur la place du Palais, d'une cuisine avec deux chambres au dessus. Son atelier se trouvait dans la cour intérieure, au rez-de-chaussée, du côté droit, — Julien conserva aussi ses ateliers du Louvre, comme l'établit Y Inventaire après décès. L'entrée se trouvait sous le portique du côté de la rue du Coq: on pénétrait dans un premier atelier, un second était attenant, au dessus se trouvaient un cabinet, et diverses pièces d'entresol. Ainsi, vers la fin de sa vie, Julien avait un logement si longtemps attendu.
Au Salon de 1795, Julien envoie : la Tendresse maternelle, proportion de nature; Narcisse se mirant dans l'eau : Echo rebutée se retire honteuse et confuse, mais lentement, dans Tespoir que Narcisse sera touché de son amour; l' Amour adolescent, soulevant son bandeau pour bien viser celui contre qui il décoche son trait; la Charité, représentée par une femme qui donne le sein et à boire à des enfants. Ces quatre esquisses d'un pied de proportion.