CHAPITRE SEPTIÈME Sa correspondance. — Son mariage
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de l'artiste et de ses œuvres; nous allons maintenant pouvoir analyser Thomme, grâce à sa correspondance avec des amis et découvrir dans cette âme un grand fond de bonté et d'honnêteté. Son attachement pour ses parents se manifeste à chaque instant, malgré les demandes importunes de secours, qui ne cessent de lui être adressées. Nous allons publier ces lettres, en trop grand nombre peut-être, mais dans chacune d'elles se trouveront quelques détails intéressants, nous faisant pénétrer plus avant dans cette âme droite et aimante. Ces modestes écrits, comme de beaux marbres, portent aussi la signature de l'artiste et doivent être sauvés de l'oubli.
Le 14 juin 1801, Julien écrit à l'un de ses amis à Lyon, chez lequel il était descendu, lors de son premier voyage dans le Velay, en 1790. Cette lettre est adressée « au citoyen Dufraisse, marchand tapissier à Lyon » (1).
Da palais national des Sciences et des Ans, ce 25 prairial an 9. ... J'ai le plus grand plaisir d'apprendre que vous jouissez d'une bonne santé, et je suis bien flaté de l'intérêt que Madame votre épouse prend à la mienne qui ne serait pas mauvaise si ce n'était les douleurs que mon pied me cause de tems à autre, c'est un ennemi avec lequel il faut que je vive le restant de mes jours, qui sûrement ne doit pas être longs, ayant déjà 70 ans; aussi, mon bon ami, je n'ai plus cette vivacité bouillante quej'avois, même avant mon accident, qui n'auroit pas été si pernitieu à un jeune homme qu'à moi. Tout a
(1) Lettre donnée, en septembre 1837, à la Société académique du Puy, par M. Richond des Brus, député.
une fin, je m'approche de la mienne, ce qui me tranquilise est, que je crois avoir parcouru ma carrière en honnête homme et je n'ai fait en cela que mon devoir ;
Je loue infiniment vos nobles sentiments envers mes dames vos sœurs, je souhaite bien sincèrement que vous puissiez les effectuer, tant pour vous que pour elles.
Adieu mon bon ami, aimez-moi toujours autant que je vous aime, de loin comme de près.
Je voudrais bien remplir le désir de madame votre épouse qui est de nous revoir, ce dont je désespère par le manque de force à pouvoir voyager, au point que je crains de ne plus recevoir ma sœur que j'aime toujours tendrement.
Le citoyen Dejoux est bien sensible à votre souvenir ainsi que le citoyen Biaise, ils me chargent Tun et l'autre de vous en dire autant de leur part, adieu encore une fois, je vous embrasse de tout mon cœur et vous prie d'en faire autant pour moi, à Madame Dufraisse, Vous obligerez.
Votre fidel ami.
Julien.
Julien, sans fausse gloire, se juge lui-même dans ces quelques mots : « tout a une fin, je m'approche de la mienne, ce qui me tranquilise est, que je crois avoir parcouru ma carrière en honnête homme et je n'ai fait en cela que mon devoir : » Ce témoignage d'honnêteté, jaillissant spontanément d'une conscience droite, est le plus enviable couronnement d'une belle carrière.
Les lettres qui vont suivre sont toutes adressées à M. Bernard Alexis-Armand, greffier en chef du tribunal civil du Puy, compatriote et ami intime de Julien. Le 30 décembre 1803, il sera nommé tuteur d'Antoine Julien, flls de Benoît Julien, neveu du sculpteur. La maison de M. Armand était contiguë à celle de In famille Julien (1). En qualité de bon voisin et d'intime ami de Julien, M. Armand écrit, fin décembre 1801, à notre sculpteur pour lui demander un secours pour son neveu Benoît, actuellement dans la gêne à cause de son état maladif. Julien répond le 31 janvier 1802 « au citoyen Armand de Saint Polien, présentement au Puy, chef-lieu du département de la Haute-Loire, Au Puy ».
(1) M. Armand deviendra acquéreur de la maison Julien, le 3 novembre 1S24.