‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 45 sur 66 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Paris, ce U pluviôse, an X (31 janvier 1802). Monsieur et ami,

L'intérêt que vou§ prenez âmes parents et àmoi, me fait oser vous écrire ces deux mots pour vous prier de vouloir bien continuer vos bontés auprès de mon neveu Benoit Julien. Le tableau que vous vous êtes donné la peine de me faire concernent sa situation, ne me sort point de Tidée, plus je lis et relis votre lettre, et plus je suis pénétré d'affections, au point que je ne puis me livrer à mes occupations journalières, jusqu'à croire, que vous n'avez peut-* être pas encore reçu ma lettre pour vous, insserée dans une de ma seur, relativement à son silence à me répondre en me faisant savoir si elle a donné les 50 écus que je lui ai marquois de vous remettre pour le pauvre affligé que j'ai toujours en ma présence ; daignez s'il vous plait lui être favorable et me faire savoir si vous avez touché pour lui la somme citée cî-dessus ; lorsque je pourai lui en faire parvenir autant, je ne le négligerai pas, j'espère et me flate que vous voudrez m'en instruire par un mot d'écrit, et me marquer si ma sœur et le dit neveu, sont de bonne intelligence, vous obligerez sincèrement celui qui, ajuste titre met toute sa confiance à vos bontés, et croyez moi pour la vie, le plus reconaissant et fidèle ami.

Julien.

P. S. Je prie Madame Armand, de recevoir l'assurance de mon profond respect, sans oublier toute la famille à laquelle je m'intéresserai tant que je vivrai, je vous prie de me donner des nouvelles de votre pied.

Je sai parfaitement, que je passe toujours pour être riche, je le serais sans la révolution, qui, m'a tout oté, et par surcroix, Ion nous force de sortir du Louvre, déménagement qui me coûtera plus de 100 Louis, à moi sculpteur, pour mes ustencilles d'atelier et mes marbres, ce qui joint à l'état de mon neveu me fait tourner la tête.

Julien fait parvenir un secours de 50 écus à son neveu, il est tout disposé à continuer ses envois d'argent. A ce moment, Julien jouissait d'une fortune suffisante pour tenir son rang de membre de rinstitut et de sculpteur. Outre ses divers honoraires, Julien possédait un capital de 8,000 francs déposés au mont de piété, 6,000 francs de mobilier, 1,870 francs de rentes viagères, et 2,292 francs de rentes sur TElat. Ce qui lui faisait un revenu fixe de 4,162 francs.

On trouvera tout au long les trois rentes viagères aux pièces justificatives. Le citoyen François Frédéric Lemot sculpteur, demeurant à Paris, au Palais national des sciences et des arts, constitue, le 28 messidor an VI (16 juillet 1798), au profit de Julien, une rente viagère de 600 fr. — Une deuxième renie de 550 fr. est consentie le 16 thermidor, an VIII (4 août 1800), par dame Jeanne Etienette Etevenet, veuve du citoyen Jean Dutrou, demeurant à Paris, petite place de la liberté, n* 116, division des gardes françaises, pour une somme de 6,000 fr., dont 2,000 fr. ont été remis par dame Marie Anne Suau, veuve de Jean Pierre Beraud, menuisier, demeurant chez Julien, statuaire. — La troisième de 720 fr. constituée par Jean-Baptiste Labour, négociant, à Paris, rue Saint- Honoré, hôtel des Américains, n^ 170, avec réversibilité sur Marie-Anne Suau, veuve de Jean-Pierre Beraud, parent de Julien.

Le 22 février 1802, Julien écrit de continuer les secours à son pauvre neveu.

Paris, 3 vcntose, an X de la république (22 février 1802.) Rep. le 8 germinal, an X.

Monsieur et digne ami,

Les preuves d'intérêt que vous prenez âmes parans et amoi, me font oser me servir du mot d'ami enver vous : enhardi par les preuves non équivoque, je prands cette liberté, mon peu de facilité à escrire, me prive de vous peindre toute m agratitude avos sentimens généreux : parées deux mots a vos bontés, vous vous en pénétrerez facilement, inspiré par tout ce que vous faites pour mon pauvre neveu, qui coûte que coûte, continuez s'il vous plait, vos biens faits au près duMalheureu que tel que vous me le dépeignez est sans sessesse présent à mes jeux, au point que pour lui auter l'inquiétude de ce que deviendront ses anfans, si je pouvoisme mettre un peu au dessus de mes affaires, j'appélerois le plus jeune ou près de moi et sa mère n'aurait qu'à penser à l'ainé qui lui sera bientôt utile a cultiver leur petit bien; le tems et la providence fairont le reste.

Quand aux desburses que vous faites auprès du pauvre affligé, je vous les fairois bien passer par la poste s'il m'en coûté pastant, votre prononcé dans votre dernière lettre a cet égard, me tranquilise infiniment.

Le petit désagrément que venez d'éprouver concernant le tablissement de Mademoiselle votre fille ainees ne devroit par vous inquiéter, je crois avec plaisir que le parly que vous prenez d'y renoncer

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avec la même personne, n'est que louable, je serois de votre avis, d'autant plus que votre demoiselle est encore bien jeune, elle ne Test sûrement pas, pour la raison, le talent, les grasses par le don de la nature et la belle éducation; qui avant qu'elle ait atteint lage de 18 ans, il s'empresantera d'autres qui equivaller celui la.

La partie que vous me faites Tamitié de me proposer d'aller avec vous au mond'or, me seroit bien agréable si je pouvais l'effectuer, d'abord mes forces me le refusent ou point que je désespère d^ revoir mon pays natal et ce n'est pas sans peine; an mon âge Ton doit rester au coin de feu a prier dieu pour sa vie éternelle, voila ou j'en suis actuellement.

Pour ce qui concerne le secré relativement a ce que vous avez eii la bonté de me dire au sujet la mésintelligence entre ma sour et là famme du pauvre mouribon qui peut être nexiste til plus maintenant, soyez bien convincu de ma discrétion a ce sujet comme a bien d'autre chose ; je lui marque seulement que quelqu'un arrivé depuis peu du pays, mavoit dit qu'on le soupssonné, je m'en fais point de mauvaise humeur à ma sœur, mais bien aux parants qui l'entourent, je ne finirois pas si j'écoutais le penchant de mon cœur enver vous, je me borne a vous prier de témoigner a Madame Armand, les sentiments de reconnaissances et de pénétration dont je suis redevable et a me dire votre très reconnaissant et ami.

Votre concitoyen

Julien.

P. S. Le citoyen Dejoux me charge de vous en dire au tant de sa part.

Si ce n'étoit mésuser de vos bontés, je vous prierois de me dire si le jeune enfant mentionné cidessus, promet avoir quelques intelligences, ainsi que son âge, pardont mille fois pardont, je ne sai si vous pouvez lire mon grifonage que j'ai de la peinne moi même de déchifrer.

Julien, pour refaire sa santé, s'est rendu à Chalifert en Brie, d'où il écrit le 21 avril 1802. Il s'occupe toujours de ses parents, et veut appeler auprès de lui son petit neveu qu'il avait vu, en 1796, à son dernier voyage au pays natal.

Monsieur et digne ami.

D'après votre zel am'obliger, j'ose revenir a vous pour vous prier d'achever ce que vous avez si bien commencé, il est question que le citoyen Vergézac que j'ai vu ces jours derniers, madit qu'il de voit

SOUS peu faire un voyage au puy et revenir de suite a paris, et je lui demandai s'il pouroit se charger de donner a ma sœur 150 livres pour le pauvre malade Julien mon neveu, suposant que ma sœur ne put faire cette deuxième avance qu elle retiendroit sur ce qu'elle me fait passer tous les ans, il me promis le faire avec plaisir, que faute de moyens a ma sœur, je les lui compterai sans retard à son retour a paris : sur cette somme vous voudriez bien retenir ce que tous avez avansés.

11 est question maintenant d'un objet de plus grande importense concernant le citoyen Vergézac et que voici. Le dit sieur me propose d'acquérir un de mes prés portant le non citué au dessous devais, me disant que la rivière avoit fait un grand déga à ce prés par les grosses eaux de l'hiver dernier, ce dont je ne doute nullement d'après ce que je vis a mon dernier voyage au pais, que cette piésse avoit considérablement soufert depuis l'espace de 5 ans que j'en avois fait Tacha, au point que si j'eusse trouvé quelqu'un qui eut voulut l'acheter a un prix raisonable, je m'en serois défait, bref, comme cette rivière se jette par sa pente de mon côté et que celui de l'autre côté de la ditte rivière gagne ce que je perds, c'est de l'aveu du citoyen Vèrgezac a qui apartient le prés entagoniste au mien, et que sans doute en l'acquérant ces deux piesses nen feraient qu'une en aportenent qu'au même maitre; il faut qu'il y trouve son intérêt puisqu'il me propose 12 pour cent par an et le remboursement de la somme de l'acquisition, a mes colatéraux après ma mort. Gomme je ne suis du tout pointau courant de ces sortes d'affaires, je la soumais a votre sagesse si vous vouliez rendre ce service aux deux parties, ce qui fairoit grand plaisir au citoyen Vergézac et a moi, a en juger seulement par l'acquisition que vous lui avez fait faire avec le citoyen Blanc, je souhaite bien sincèrement trouver l'aucasion de vous témoigner ma gratitude.

Vous ne me parlez plus de votre malheureux accident, avez-vous été aux bains du mont d'or l'efTet qu'ils peuvent vous avoir faits. Quand aumien, j'ens souffre beaucoup plus que l'année dernière et ma santé s'affaiblit de mois en mois ; et pour cela j'ai pris le parti d'aller à la campagne à 8 lieues de Paris, d'où j'ai le plaisir de vous écrire, pour la rétablir s'il est possible, et pour peu que je réussisse, j'appelerai auprès de moi, le petit neveu Julien, qu'il tache de se fortifier à l'écriture et à la lecture dieu veuille m'accorder encore des jours pour pouvoir le mètre en n'état de se tirer d'affaire ; il me parut à mon dernier voyage à Saint polien que son regard n'était pas ordinaire, ce qui me fit de la peine, je voudrois bien que ce défaut fut corrigé. Mais surtout, qu'il soit sage, soumis et obéissant,

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