CHAPITRE HUITIÈME
son compatriote et désirait vivement faire sa connaissance. Il écrivait, en effet, en 1785 : « Je suis fâché de l'indisposition qui va priver la capitale de la célébrité de M. Julien. Je désire que le séjour de Lyon rétablisse sa santé et me permette de faire sa connaissance au printemps prochain. J'ai vu avec admiration le chef-d'œuvre qui représente Lafontaine. C'est dommage que le ciseau du sculpteur ait besoin de se reposer. » — Le maréchal avant de mourir aura recours à ce ciseau pour se faire élever un mausolée. Dans le testament du maréchal, passé à Grenoble, le 26 juillet 1788, devant M* Trinché notaire, se trouve cette close :
Il sera pris sur le total de ma succession une somme de 10,000 livres que je prie M. Jullien sculpteur à Paris d'employer à un Mosolée qui doit être placé dans la chapelle de mon château de Vaux, le Mausolée devant être fait, voiture et placé, pour les dites 10,000 livres, je laisse à la discrétion et honnêteté de M. Jullien de le faire avec le plus de soin qu'il lui sera possible, ainsi qu'à l'amitié de mes filles de pourvoir à ce qu'il soit placé à un temps convenable.
Je veux qu'il soit employé 16,000 livres à bâtir une chapelle de 30 pieds de diamètre, octogone, à l'extrémité de la cour de mon château de Vaux..., que la dite chapelle ait une autre chapelle souterraine..., où sera placé mon cercueil dans l'épaisseur du mur. Je déclare que ce n'est point par orgueil que j'ordonne cette chapelle ni ce mausolée, mais afin que cela puisse être profitable à mes parents si la maison de Jourda de Vaux dure quelque temps.
Ce mausolée reçut-il un commencement d'exécution? (1) C'est peu probable. Le cercueil renfermant la dépouille mortelle du maréchal fut déposé provisoirement dans l'église de Retournac. Sous la Terreur ce cercueil fut ouvert, et les cendres profanées. Après la Révolution, l'une des filles du maréchal, M"* la marquise de Vauborel, fit élever un obélisque à la mémoire de son père, dans sa propriété de Paray près de Villejuif, dans les environs de Paris. Très probablement M"* de Vauborel n'a pas dû recourir à Julien pour élever ce monument. Au château de Vaux il n'existe pas de chapelle octogone, ni de mausolée.
Une dernière œuvre de Julien, aujourd'hui perdue, est un
(1) Le modèle en plfltre se trouvait dans Tatelier de Julien, après son décùs.
buste en terre cuite de l'empereur Napoléon, fait d'après. n^ter|5 et de grandeur naturelle. A ses derniers moments, Julien chargeai •Dejoux son ami, d'en faire don à la ville du Puy sa patrie. Le 25 avril 1805 (1), Dejoux écrit à ce sujet au maire du Puy :
Paris, le 30 germinal de Tan XIIl .
, M. Dejoux, statuaire, à M. Dugone, maire de la ville du Puy.
> J'ai l'honneur do vous adresser une caisse marquée D. G n*» 1 contenant d'abordy le btcste en tet^e cuite de V Empereur et Roi Napoléon, fait d'après lui-même, de grandeur naturelle, par feu M. Julien statuaire, membre de l'Institut National et de la Légion d'honneur. Comme ce célèbre statuaire m'a nommé son exécuteur testamentaire, pour remplir ses dernières volontés. Je m'acquitte donc de ce devoir, envers la ville du Puy sa patrie, et dont vous êtes Monsieur, le premier Magistrat. A ce titre, je vous prie de faire placer ce Buste de l'Empereur, dans une des sales de vos séances.
,Le talent de votre compatriote ajoutera sans doute a l'intérêt d'un monument auquel rien ne doit manquer pour passer a la Postérité. J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.
Dejoux, aux galeries du Louvre.
Pendant neuf ans, de 1805 à 1814, ce buste orna la salle des délibérations du conseil municipaL A la chute de l'empire ce buste fut caché et remis en place à l'époque des Cent jours. Sous la Restauration, on résolut de le faire définitivement disparaître. Le 6 décembre 1815, le préfet écrivit au maire :
: . • ' Monsieur le Maire,
'Un Buste De Tusurpatour assez fini, a été Donné Dans Le Temps, a la mairie Du Puy, par le célèbre Jullien.
. Les ministres De l'intérieur Et De la police reclament ce Buste, qui, quoique Dérobé aux Regards, Du public. Et Relégué dans les magasins, ne peut plus être conservé sans scandale, je vous prie de le. faire Embaler secrètement et transporter à la préfecture, Doîi Recouvert I)e votre sceau, et Du mien, il sera Envoyé a Paris. J'ai l'honneur De, vous saluer avec une Parfaite considération.
Vicomte de Sartiges.
Au bas de la lettre de la main de M. Dugone : ai répondu le 'Q*6 jauvier 1816 et envoyé le buste.
(1) Archives municipales, le Puy, K 45. .,