‹ Pierre le Grand aux eaux de SpaChapitre 3 sur 7 · IMPROMPTU · texte numérisé non relu

IMPROMPTU

A Monsieur le Comte et la Comtesse du Nord à leur arrivée à Spa.

Il n'est plus de Rose à Paphos, 11 n'est plus de Lys à Cythère, Spa réunit dans son enclos Vénus et le Dieu de la guerre,

(i) De Limbourg, Nouveaux Amusemens des Eaux de Spa.

L'Olympe triste et mécontent Est jaloux de tes destinées, Et n'a les yeux en ce moment, Que sur toi charmante contrée.

Mars et Vénus sont arrivés Dessous les drapeaux de l'Amour ; Chanttz ces époux fortunés Les Dieux ne vous donnent qu'un jour.

Cette pièce fut imprimée, elle était signée ainsi : « Par leur très-humble et très -respectueux serviteur le chevalier Bourzeis de Saint- Léger, ancien aide-major des grenadiers-gardes de S. A. S. le duc régnant de Wurtemberg. »

Avant de quitter Spa, le grand-duc et sa femme visitèrent aussi les fontaines minérales, et ils voulurent qu'on leur indiquât la source qui avait "raffermi la santé de celui qui mérita le surnom de l^ère de la patrie.

Aux dernières années du siècle, et alors que Spa vit tout à coup sa fastueuse société de nobles visiteurs dispersée et chassée par la terreur, le pieux monument qui faisait l'orgueil des habitants fut menacé lui aussi de subir le sort réservé à tout ce qui rappelait la royauté ou — ce qui semblait alors tout un — le despotisme. Heureusement il fut préservé de la destruction par rintelligence du bourgmestre qui le fit enlever de nuit et le cacha au fond d'une

grange où il fut dissimulé derrière un amas de foin. Quelque temps après il fut remis à sa place.

Après la bataille d'Austerlitz, alors que Ton était fondé à regarder la paix continentale comme d'autant mieux assurée que des préliminaires de paix étaient signés à Paris, la rupture éclate subitement entre la France et la Russie. La pierre votive du Czar courut de nouveaux dangers. Le préfet du département de rOurthe — duquel Spa faisait partie depuis la réunion delà Belgique à la France — ayant appris l'existence du monument,demanda des informations au maire sur la nature de l'inscription et sur le caractère du monument. Il lui intima en même temps Tordre formel de faire disparaître ce vénérable témoignage de gratitude. Ce ne fut pas sans protester que le maire se conforma à cette incroyable exigence. On nous permettra de citer la lettre que ce fonc • tionnaire écrivit au préfet :

(( Spa, le i5 vendémiaire an XIV.

« Monsieur le Préfet,

« Les armes de Russie qui en Tan 1718 furent placées au frontispice de la salle du Pouhon à Spa et non au-dessus de cette fontaine, ne sont qu'un monument que Pierre le Grand, Empe-

reur de Russie, — qui se rendit à nos eaux en 1717 — fit placer après son retour dans ses États. Il apprend à toute la terre qu'accablé d'infirmités, il trouva son salut dans ce remède merveilleux. Ce témoignage de la reconnaissance du grand homme est glorieux pour Spa ; j'ai l'honneur de vous transcrire ci-joint, pour votre information, l'inscription qui se trouve sous ces armoiries. Jamais, Monsieur le Préfet, nous n'avons regardé ces armoiries que comme un monument qui attestoit la salubrité de nos eaux. Dans les moments critiques de la Révolution ces armoiries furent vraiment ôtées et l'inscription laissée en place ; elles furent ôtées dans la crainte que quelque malveillant ne s'avisât de les briser. La fontaine de Groesbeck à la Sauvenière, est encore ornée d'armoiries de la maison de Groesbeck qui restaura cette fontaine. Jamais on n'y a fait attention. Dans tous les pays on respecte les anciens monuments et celuiqui existoit à Spa depuis l'aniyiS, comme cadeau fait à la commune par ce souverain, a toujours été préservé autant que possible. Lorsque je fis rétablir ces armoiries audessus de l'inscription, je ne me doutois nullement et ne croyois pas même qu'il y eut possibilité qu'une guerre éclatât entre l'Empire françois et la Russie. M. Novolizoff était en route comme porteur de paroles de paix entre

les puissances belligérantes; il en est arrivé au^ trement. Aucun ordre du reste n'avoit été donné dans le tems pour lenlèvement de ces armoiries. Vous ordonnez qu elles soient ôtées, elles vont disparoître. Spa y tient parce que cet objet lui rappelle le souvenir du séjour que fit dans sa commune, l'Empereur qui lui en avoit fait présent en reconnaissance du rétablisse-^ ment de sa santé par nos sources minérales.

« Je suis avec respect,

« Lezaack (i). »

Enfin peu après Tannée i8i5, le médaîllott portant le blason russe fut encore rétabli à sa place.

Nous avons signalé Tarrivée du grand^duc Paul en 1782. Deux fois Ton vit encore des descendants de Pierre faire un séjour à Spa.

Un siècle et un an s'étaient écoulés depuis la visite du Czar célèbre. La Russie était devenue grande, forte, puissante sous l'impulsion donnée par le grand fondateur en tout genre^ ainsi que le' qualifie Voltaire. Elle était une des nations qui dictaient la loi à l'Europe. Après le congrès d'Aix-la-Chapelle (1818), conséquence de la convention de Paris du 20 novembre i8i5, et où il' s'agissait de traiter de

(1) Archives de Spa. Correspondance.

révacuation de la France par lés troupes alliées, l'empereur Alexandre vint à Spa avec le lieutenant-général Czernicheff et le comte Schouwalof. S. A. R. le grand-duc Michel et le général Dalidinsky accompagnaient le Czar.

Jamais Spa ne vit se presser aux bords de sies fontaines un aussi grand nombre d'illustres visiteurs. Qu*on en juge parles noms que voici : Le roi de Prusse, le prince Frédéric de Prusse, le prince et la princesse d'Orange, le prince Charles de Prusse auquel étaient adjoints le général Wartzleben et le premier adjudantmajor Malachowsky, le duc et la duchesse de Cumberland, le prince de Hesse-Hombourg, Wellington duc de Waterloo, lord Gastlereagh, etc., etc.

L'Empereur, logé avec sa suite à l'hôtel du Lion noir, vit le monument donné par le grand législateur. Il apprit de la bouche des magistrats que les habitants étaient fiers du titre qu'ils possédaient d'avoir sauvé les jours d'un des plus grands princes du monde. Des fêtes brillantes eurent lieu à l'occasion de la présence dans notre ville de ces hauts personnages. Une pièce de vers fut dite en l'honneur du Czar à l'une des représentations données au Théâtre devant le prince et la princesse d'Orange.

La voici :

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