II PREFACE
revêtu lui ont donné le goût et Texpérience des questions diplomatiques ; le séjour qu'au cours de sa carrière il a eu occasion de faire à Saint-Pétersbourg lui a permis de recueillir un certain nombre de documents, complétés depuis par des recherches dans les bibliothèques et les archives françaises.
Le premier rapprochement sérieux entre la Russie et la France est dû à l'initiative personnelle de Pierre le Grand. Ce génie novateur avait conçu le projet de transformer la Russie, d'empire presque exclusivement oriental qu'elle avait été jusqu'à lui, en membre actif de la communauté européenne. Pour réaliser ce dessein, il lui fallait, non seulement changer les mœurs de son peuple et l'initier à la civilisation occidentale, dont le grand Roi de France, bien qu'à son déclin, demeurait le représentant le plus brillant, mais surtout s'ouvrir des débouchés vers la mer, voie de communication universelle, et abaisser les barrières qui, sur terre, le séparaient des nations de l'ouest. Or, l'obstacle qui fermait à la fois les chemins de la mer et l'accès de l'Europe centrale consistait surtout dans l'existence, sur la longue frontière russe.
PUKFVCE III
d'une ceinture d'états belliqueux qui tous étaient plus ou moins en rapport avec la France, que celle-ci considérait comme d'utiles appoints de sa politique, et qui pouvaient compter, par (Conséquent, en cas de péril, sur son appui. Suède, Pologne, Turquie, alliées habituelles des rois de France, quoiqu'ayaht déjà passé l'apogée de leur puissance, enserraient fortement l'Etat du Gzar et gênaient son expansion. Le jeune et ambitieux fils d'Alexis Romanov, s'il voulait triompher de leur résistance à ses vues, devait faire appel à la fois à la force de ses armes et à l'habileté de sa diplomatie.
Il est facile de comprendre qu'après la constitution de l'empire de INIaximilien et de Charles-Quint, la France ait senti de bonne heure le besoin de chercher par delà les vastes possessions de la maison d'Autriche un contrepoids à l'oppression dont elle était menacée. A défaut de la Hongrie et de la Bohème, passées par mariage ou par conquête aux mains de sa rivale, son amitié ancienne avec la Turquie, ses affinités de plus d'un genre avec la Pologne, les liens que la prévoyance de Richelieu avait noués avec la Suède, lui oflraient