CHAPITRE III LE GZÀR EN FRANGE
Le 20 avril, un officier de la suite du Czar s'était rendu à Dunkerque pour prendre avec Libois, gentilhomme ordinaire, toutes les dispositions nécessaires en vue de la réception du souverain. Celui-ci y arriva le 22 et y resta trois jours. 11 visita le vieux port, l'Arsenal, les fortifications, les ateliers de construction, manifestant déjà son désir de tout voir. Il passa en revue sur l'esplanade de Nieuport les troupes de cavalerie et d'infanterie. « Voulant traverser le risban de Dunkerque, il s'y rendit en voiture. Tout à coup un vent violent s'éleva;
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la marée monta avec impétuosité; Teaii couYiitle chemin où le Czar était engagé ; il n'eut que le temps de faire dételer l'un de ses chevaux, de se jeter dessus et de s'enfuir en toute hâte pour échapper à un danger imminent^ ».
Les instructions données à Libois lui prescrivaient de ne taire aucune question au Czar ou à son entouraq;e, mais de tâcher pourtant de savoir les raisons de sa venue en France. A ce sujet, il écrit : « .Jusqu'à ce moment, je n'ai pénétré nul motif juste du voyage du Czar qu'une simple curiosité et un peu d'inquiétude naturelle; j'entrevois quelque dessein vague d'établir un commerce, mais je doute que ce soit le point de vue... Je ne suis point encore parvenu à m'apercevoir d'une espèce de conseil ou
I. Voyages de Pierre le Grand dans les Pays-Bas autrichiens, par Gachard. 1878, Bruxelles.
de conférence d'affaires sérieuses, à moins qu'on en ait traité en gobelotant. .. Je ne sais si on ne vit pas au jour le jour, le Gzar décidant seul et promptement tout ce qui peut se présenter. »
On remarquait que la Czarine n'était pas du voyage, «. Pierre avait trop craint les embarras du cérémonial et la curiosité d'une Cour peu faite pour sentir le mérite d'une femme, qui, des bords du Prutli à ceux de Finlande, avait affronté la mort à côté de son époux sur mer et sur terre \ )) Et Lemontey ajoute" : « Le Czar n'amena pas sa femme à Paris, car il craignit sans doute d'exposer aux railleries de la moderne Athènes cette fameuse servante livonienne dont l'àme n'était pas moins extraordinaire que la fortune. »,
I. Voltaire. Histoire de Russie suas Pierre le (•niitd. ■1. Réi^ence et Minorilé de Louis A'V, i83-i.
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Sur l'avis qu'on reçut à la Cour que le Czar était arrivé dans le rovaume et venait à Paris, le maréchal criïuxelles avait écrit, dès le 22 avril, au Prévôt des Marchands la lettre suivante :
« Comme Son Altesse Boyalle a seu. Monsieur, que, quoy que le Czar ayt gardé un espèce d'incognito a son passage dans les Pays-Bas, le corps des principalles villes luy a fait des complimens et les presens ordinaires, Elle m'a ordonné de scavoir de vous s'il y avait quelque difficulté a ce qu'il en fut usé de même de la part du corps de la ^^ille de Paris lorsque le Prince y arrivera. J'ay rendu compte a cette occasion a Son Altesse Hoyalle de ce que vous avez observé sur ce qui s est passé a l'égard des têtes couronnées qui sont autrefois venues icy et je ne manquerai pas de l'informer de
ET LE PUEMIEH TIIMTÉ !■ HANCO-HUSSE i6()
ce que vous penserez sur la question qu'Elle m'a encore ordonné de vous faire. Je vous prie de croire que je suis très véritablement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
« IIUXELLES. »
Le 26 du même mois, après avoir examiné les registres de Thôtel de Ville pour la réception de la Reyne de la Grande-Bretagne, en i644: les compliments faits a Mons. le Duc et a Madame la Duchesse en i65d, la réception de la Reyne de Suède en i656, les complimens et les presens faits a Madame la [illisible] de Lorraine en 1698, au Roy d'Espagne en 1700, M. le Prévost des Marchands récrivit à M, le maréchal d'iluxelles la lettre qui suit :
« J'ay communiqué à M''^ du Bureau de la Ville la lettre que vous m'avez fait Thonneur
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de m'écrire le 22 de ce mois par ou vous me marquez que Son Altesse Uoyalle souhaite que nous allions en Corps de Ville faire des complimens et des presens ordinaires a Sa Majesté Gzarienne, et vous me demandez en même temps s'il n'y a aucune difficulté qu'il en soit usé de la part du Corps de Ville, de môme qu'il en a esté usé par tous les Corps de Villes des Pays-Bas ou Elle a passé. J'auray l'honneur de vous observer premièrement que, suivant les registres que j'ay veu, le Corps de la Ville de Paris ne va faire aucun compliment aux têtes couronnées ny au souverain qu'en conséquence de lettres de cachet du Hoy, et est conduit par le Grand Maitre des Cérémonies. C'est a vous a faire réflexion, si le Czar voulant être incognito vous voudrez faire expédier une lettre de cachet qui se met dans nos registre et qui oblige au cere-
inonial du Grand Maitre des Cérémonies, tout cela Le tirera en quelque façon de Tincognito ou II veut estre. Secondement nous avons receu des ordres differens en différentes occasions. Les uns nous ont chargés de sortir hors de la Ville pour aller au-devant des testes couronnées, les autres ne nous ont chargés que d'aller dans les palais ou Elles sont venues loger, ou nous avons esté les complimenter et leur présenter les presens ordinaires qui ne consistent qu'en douze douzaines de boëtes de confitures et douze douzaines de flambeaux de cire.
Quand nous avons Tordre d'aller hors la ville recevoir un Roy ou une Reyne, Mons. le Gouverneur de Paris marche a nostre tête et nous présente au Roy ou a la Reyne que nous allons saluer, et, le lendemain nous allons sans Mons. le Gouverneur luy faire les presens à l'ordinaire.
« Quand le Roy, par ses lettres de cachet, a ordonné de faire des entrées aux Roys et aux Reynes, cela forme une cérémonie bien plus ample dont je ne vous feray point ici de description.
« La seule chose présentement nécessaire a observer est que nous ne marchons point sans lettres de cachet ny sans être conduit par le Grand Maitre des Cérémonies.
« J'auray l'honneur d'attendre vos ordres et de m'y conformer en entier, pour vous marquer tout le respect avec lequel j'ay l'honneur d'estre, etc. »
a Et M. de Faj'^olle, premier escuyer, se chargea des soins de disposer de toutes choses, que les presens fussent prêts au cas qu'on receut ordre d'aller faire des complimens.
(( Le 7 may 1717, environ les neuf heures du soir, le Czar arriva à Paris.
« Le 8, à huit heures du matin, M. de Dreux, Grand Maitre des Cérémonies se rendit à Thotel de Ville et n'y ayant pas trouvé M" les Prevosts des Marchands et Eschevins a cause que ce n'étoit un jour d'audience, Il remit à M. le Greffier une lettre de cachet dont la teneur ensuit sans marquer le jour ny l'heure pour en exécuter les ordres.
(( De par le Uoy,
« Très chers et bien amez. Voulant donner a notre frère Le Czar de Moscovie des marques de l'estime que nous avons pour luy, Nous voulons et vous mandons, de l'avis de notre très cher et 'jien amé oncle le Duc d'Orléans Régent, de l'aller saluer de la part du Corps de notre bonne Ville de Paris
au jour et a rheurc qiio le Grand Maitrc ou le Maitre des Cérémonies vous dira et deluy porter les présens dont vous avez accoutumé d'accompagner vos complimens à semblables occasions. Sy ny faites faute, car tel est nostrc plaisir. Donné a Paris, le 6 may 1717. Signé Louis et plus bas Phelipeaux, Et au dos est écrit : A nos très chers les Prevosts des Marchands et Eschevins de notre bonne Ville de Paris. »
c( Peu de temps après Mons. le Greffier alla rendre compte à Mons. le Prévost des marchands; et aussy tost en donna tous les ordres nécessaires affin c[iie les presens saient prêts ainsy que les huissiers et les gardes et archers de la Ville au jour et a l'heure qui seroient donnez et que M. de Dreux, Grand Maitre des Cérémonies avoit promis de faire scavoir. Et on fit prier
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M" du Bureau de ne pas s'éloigner afin de pouvoir se rendre a riiostcl de Ville au premier avis '. »
Le 25, le Gzar se rendit à Calais. Il y fut reçu par M, de Mailly, marquis de Nesle, que le Régent y avait délégué pour le saluer en son nom. Il y séjourna jusqu'au 4 mai, y fit ses Pâques et passa tout son temps à examiner les fortifications, le port et les travaux maritimes, cherchant à se rendre compte des moindres détails, scrutant tout, avec une minutie, un soin, un talent d'observation qui frappèrent vivement tous ceux qui l'entouraient. « Au moment de son départ, écrit M. de Nesle au Régent, le Czar ne se trouvait pas bien d'une chaise à deux ; il voulait qu'on lui fît un brancard dans lequel serait porté le