‹ Pierre le Grand et le premier traité franco-russe (1682 à 1717) Préf. du Baron de CourcelChapitre 13 sur 75 · I. Soc. Imp. d'hist. Busse, t. XXXIY, pp · texte numérisé non relu

I. Soc. Imp. d'hist. Busse, t. XXXIY, pp

n'étaient pourtant pas de nature à détendre les relations des deux pays :

« Les Suédois, disait-il, sont à la Cour en grand honneur et y répandent de méchantes calomnies sur notre compte, et l'amitié qu'on nous témoigne est hypocrite et sans effet. » Et il concluait ainsi : « Changer l'amitié des Anglais et des Hollandais contre celle des Français ne nous promet guère de profit. »

Cependant la logique seule des événements travaillait à un rapprochement entre les deux pays. La France, si longtemps victorieuse, entrait dans une ère de tristesse et de revers. Mais, quoique accablée en Europe par une coalition puissante, elle n'en cherchait pas moins à entraver les progrès de la Russie. Pierre le Grand, trop absorbé par sa lutte contre la Suède pour faire également face à la Turquie, se décida,

par rentremise de des AUeurs, envoyé Français en Pensylvanie, à demander la médiation que lui avait déjà promise le Roi de France pour la paix du Nord. Malheureusement cette tentative échoua par suite de l'orgueil de Charles Xll qui « ne voulait traiter avec le Czar que dans Moscou. »

L'écrasement de la Suède à Poltawa allait changer la face des choses. Il était hors de doute que la France, absolument épuisée par ses longues guerres, vaincue à Malplaquet, n'avait plus à ménager son ancienne alliée dont elle ne pouvait espérer le relèvement. On commençait à comprendre qu'on avait manqué de prévoyance en apportant si peu d'empressement à se rapprocher delà Russie dontles progrès maritimes seuls touchaient de fort près nos intérêts commerciaux. On pensa donc qu'il devenait nécessaire de prévenir en notre faveur le

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Gzar victorieux en lui offrant l'appui du Roi en vue d'obtenir de la Turquie le passage des navires moscovites dans la Méditerranée par la mer Noire où Pierre venait de s'emparer du port d'Azof. Dans ces conditions, Louis XIV chargea Skroff, résident moscovite à Paris, d'avertir son souverain de l'intention où il était d'envoyer en Russie une nouvelle mission. Elle fut encore confiée à Baluze. Ses instructions lui prescrivaient de déployer tous ses efforts pour que Pierre prêtât le plus large concours aux Hongrois contre l'Empire et, qu'en cas d'échec de la médiation de la France pour la paix du Nord, il s'engageât â défendre seul des peuples opprimés par la Maison d'Autriche dont la puissance était pour la Russie même une continuelle menace.

Quand Baluze arriva à Moscou, au mois d'avril 1711, il se trouva en présence d'une

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situation imprévue. Pierre se préparait à marcher contre la Turquie qui venait de lui déclarer la guerre et la Russie suspectait, non sans raison, la France de n'y être pas étrangère.

Baluze, fort embarrassé, essaie de son mieux de dissiper cette impression pénible ; mais il reçoit un « accueil ironique ». Après quelques conférences inutiles avec le chancelier Golovkine, le prince Dolgorouki et le baron Ghafirof, il essaie d'approcher le Gzar dont on Fécartait systématiquement. Au prix de mille difficultés, il parvient à le joindre dans les jardins mêmes du palais, et un court entretien suffit à le convaincre que le Monarque, sentant désormais la Suède à sa merci, entendait conclure la paix avec la Turquie, afin d'imposer définitivement sa volonté dans le Nord.

Il indiqua clairement à notre envoyé qu'il

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souhaitait l'intervention du Roi pour sa paix avec la Porte seule, indépendamment de la Suède.

Baluze ne pouvait assumer la responsabilité de s'engager dans cette voie et il prit le parti d'attendre à Moscou le retour de Grégori Volkof, délégué en France par le Czar.

Pendant que Volkof négociait à Fontainebleau, les événements suivaient leur cours. Pierre, qui avait rêvé la conquête de Gonstantinople et n'avait rencontré qu'un échec, au Prutli, traitait à Falksen le 23 juillet 171 1 et abandonnait aux Turcs Azof, sa première conquête ! Le moment était mal choisi pour espérer que Baluze pût encore offrir la médiation de la France ; on réconduisit sans façon, et cette ambassade eut le sort des précédentes. Malgré de nombreuses tentatives de rapprochement.

les rapports de la France et de la Russie restaient, sinon hostiles, du moins très tendus.

Si les gouvernements ne parvenaient pas à trouver un terrain d'entente, d autres liens se nouaient pourtant entre les deux peuples, lentement, il est vrai, mais avec des chances nombreuses de solidité et de fixité.

Pierre poursuivait son œuvre éducatrice, en hâtait l'accomplissement en appelant dans ses états d'habiles ouvriers et artisans qui contribuaient largement au renom d'élégance et de faste qui entourait la Cour de France comme d'une auréole. 11 n'est pas sans intérêt, à cet égard, d'indiquer quels furent ceux qui, se laissant séduire par des promesses souvent trompeuses, se décidèrent à quitter la France pour aller porter, à l'extrémité de l'Europe, chez un peuple encore peu civilisé , les secrets de l'art

et de Tindiistrie qui faisaient surgir des merveilles de notre sol :

Estât des personnes qui désirent aller à Saint-Pétersbourg pour travailler au service de Sa Majesté Czarienne^.

Gens qui partent par terre :

M, Le Blond, architecte;

Marie-Marguerite L'Evesque, son épouse ;

Son fils, âgé de six ans :

Nicolas Girard, designateur du dit sieur Le Blond ;

Jean-Martin Schumacher, gentilhomme allemand ;

Françoise-Catherine Gonet, cousine du dit sieur Le Blond ;

Françoise Le Comte, femme de chambre de M"*^ Le Blond ;

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