‹ Pierre le Grand et le premier traité franco-russe (1682 à 1717) Préf. du Baron de CourcelChapitre 20 sur 75 · I. Flassan. Histoire de la Diplomatie française · texte numérisé non relu

I. Flassan. Histoire de la Diplomatie française

d'Autriche. Différents articles stipulaient, en outre, que la France, par ses bonsoffices, ferait tout ce qui dépendrait d'elle pour procurer toute satisfaction à la Prusse dans la paix du Nord.

Ainsi se dessinait peu à peu la formation progressive de ce royaume qui cherchait à s'étendre au Nord et à y prendre la place c{ue les malheurs de la Suède l'obligeaient à laisser vacante. Le traité du j\ septembre 171G nous achemine vers l'alliance d'Amsterdam et atténue l'étonnement f[u'on pourrait ressentir de voir à cette époque la Suède abandonnée par son plus ancien allié.

Dans les malheurs qui accablèrent Charles XII, il lui était resté un ami fidèle, un conseiller éclairé, le baron de Gœrtz, Cet homme, « non moins célèbre par ses intrigues que par sa fin tragique qu'il était loin

ET LE PREMIER TRAITE TRANCO-RUSSE (j'î

d'avoir méritée », avait été ministre du duc de Holstein Gottorp, mais après le retour de Charles XII, il avait trouvé moyen de gagner la confiance de ce prince dont il devint bientôt le confident attitré. C'était un esprit délié, subtil, entreprenant, auquel les projets les plus vastes paraissaient encore trop timides, qui savait tirer parti des choses les plus contradictoires et qui, sans mission spéciale, sanscaractère public, imagina de se jeter entre les Puissances belligérantes : « On ne peut, dit Voltaire, se plier en plus de manières, ni prendre plus de formes différentes, ni jouer plus de rôles que fit ce négociateur volontaire. » Gœrtz s'adressa directement à Menchikoff, favori et ami intime du Czar, lui faisant entendre que l'heure de la réconciliation avec la Suède avait sonné pour la Russie, qu'il serait peut-être possible de lui faire céder

le Ilolstein et d'y construire un canal joignant la Baltique à la mer du Nord. Connaissant, en outre, parfaitement, les visées secrètes du Czar qui désirait ardemment se faire nommer prince d Empire, ce qui lui aurait assuré en Europe le rang qu il ambitionnait, Gœrtz entretenait soigneusement ces espérances.

Un caractère aussi entreprenant et aussi ambitieux devait fatalement séduire Albéroni qui, lui-même, ne vivait que d'intrigues. Aussi parvinrent -ils rapidement à s'entendre. Leur plan était vraiment romanesque. La Suède devait céder la Livonie, l'Esthonie, l'Ingrie et la Carélie au Czar, qui lui rendrait la Finlande . Le traité d'AURanstadt serait renouvelé ; en conséquence, Auguste II renoncerait au trône de Pologne en faveur de Stanislas Leczinski. Le Roi de Prusse abandonnerait

Stetthi contre un équivalent qui toutefois ne serait pas tombé à la charge de la Suède.

Pierre devait engager le duc de Mecklembours: à céder ses Etats à Charles XII contre une partie de la Pologne et assister celui-ci d'un corps de 20.000 hommes pour lui permettre de reprendre les duchés de Bremen et de Yerden ; le roi de Danemark rendrait la partie de la Poméranie qu'il avait occupée; le duc de Ilolstein recouvrerait ses Etats.

Charles XII devait réunir la Norvège à la Suède. Maître de ce pays, il envahirait TEcosse et TAngleterre pour rétablir le prétendant.

L'Espagne, que la dernière partie seulement de ce plan intéressait, paierait des subsides au Czar et au roi de Suède. A'oltaire ajoute : « Albéroni ménagea une

conspiration contre le Régent en France même. Les fondements de toute cette vaste entreprise furent jetés presque aussitôt que le plan en eut été formé ! Gœrtz fut le premier dans ce secret et devait alors aller, déguisé, en Italie pour s'aboucher avec le prétendant auprès de Uome et de là revoler à La Haye, y voir le Czar et terminer tout auprès du roi de Suède. Celui qui écrit cette histoire est très instruit de ce qu'il avance puisque Gœrtz lui proposa de l'accompagner dans sesvoyages^ »

Gœrtz travaillait avec d'autant plus d'ardeur à la réalisation de ses desseins qu'il avait appris secrètement qu'Areskin, médecin de Pierre, avait écrit à Lord Marr, l'un des plus grands partisans des iils de Jacques 11, que le Czar, brouillé maintenant

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