I. Dubois. Mémoires
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S'élève et peuple au loin la rive solitaire.
Pierre y porte ses pas : La pompe militaire
Des tonnerres d'airain, des gardes, des soldats,
Tout présente à ses yeux l'image des combats ;
Mais cet éclat guerrier orne un séjour tranquille,
« Tu vois de la valeur, tu vois l'auguste asile »,
Lui dit Villars : Jadis, pour soutenir ses jours,
Réduit à mendier d'avilissants secours.
Dans un pays ingrat, sauvé par son courage,
Le guerrier n'avait pas, au déclin de son âge,
Un asile pour vivre, un tombeau pour mourir,
L'Etat qu'il a sauvé daigne enfin le nourrir
Louis, à tous les rois, y donne un grand exemple.
— « Entrons, » dit le héros. Tous étaient dans le temple,
C'était l'heure où l'autel fumait d'un pur encens ;
Il entre, et de respect tout a frappé ses sens :
Ces murs religieux, leur vénérable enceinte,
Ces vieux soldats épars sous cette voûte sainte,
Les uns levant au ciel leurs fronts cicatrisés,
D'autres, flétris par l'âge et de sang épuisés,
Sur leurs genoux tremblants, pliant un corps débile,
Ceux-ci courbant un front saintement immobile,
Tandis qu'avec respect sur le marbre inclinés,
Et plus près de l'autel quelques-uns prosternés.
Touchaient 1 humilie pavé de leur tête guerrière,
Et leurs cheveux blanchis roulaient sur la poussière.
Le Czar, avec respect, les contempla longtemps,
« Que j'aime avoir, dit-il ces braves combattants !
Ces bras victorieux glacés par les années,
Quarante ans. de IF.urope, ont fait les destinées
Restes encore fameux de tant de bataillons
De la foudre, sur vous, j'aperçois les sillons.
Que vous me semblez grands ! Le sceau de la Victoire
Sur vos traits affaiblis imprime encore la gloire ;
Je lis tous vos exploits sur vos fronts vénérés :
Temples de la valeur, vos débris sont sacrés ! »
Bientôt ils vont s'asseoir dans une enceinte immense,
Où d'un repas guerrier la frugale abondance
Aux dépens de l'Etat satisfait leur besoin
Pierre, de leur repas, veut être le témoin.
Avec eux, dans la foule, il aime à se confondre,
Les suit, les interroge : et, fiers de lui répondre
De conter, leurs exploits, ces antiques soldats
Semblent se rajeunir au récit des combats ;
Son belliqueux accent émeut leur fier courage,
« Compagnons, leur dit-il, je viens vous rendre hommage ;
Car je suis un guerrier, un soldat comme vous. »
D'un regard attentif ils le contemplaient tous,
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Et son front désarmé leur parut redoutable.
Tout h coup, le Monarque sapprochant de leur table;
Du vin dont les vieux réchauffaient leur langueur,
Dans un grossier cristal épanche la liqueur ;
Et la coupe à la main, debout, la tète nue :
« Mes braves compagnons, dit-il, je vous salue ».
Il boit en même temps. Les soldats attendris,
A ce noble étranger répondent par des cris,
Tous ignoraient son nom, son pays, sa naissance ;
Mais de son fier génie, ils sentaient la puissance ;
Leur troupe avec honneur accompagne ses pas :
Son rang est inconnu, sa grandeur ne Test pas.
TiioM.vs [Pétvéide).
Dans ses visites à Saint-Cloud, au Palais du Luxembourg, à Marly, à Versailles, c'est toujours la même fièvre de tout voir et de tout savoir, la môme ardeur à s'instruire, la même curiosité effrénée qui le pousse à conférer avec les savants et les artistes célèbres, à interroger les passants et à s'enquérir auprès d'eux de ces mille détails
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parfois insignifiants et enfantins, mais qui paraissaient à ses yeux revêtir le plus souvent un aspect particulier et nouveau. Il méprise profondément la futilité, il est d'une simplicité presque choquante pour un prince de son rang, grossier de manières, tout en ayant pourtant le sentiment profond de sa dio>nité : son oenre de vie et celle de sa suite forment avec lattitude du Régent et de cette Cour si efféminée dont celui-ci goûte les délices le contraste le plus étrange et le plus frappant.
Qui aurait soupçonné que Pierre eût même l'idée de se rendre à Timproviste dans Tatelier de mécanique du Père Sébastien, Carme de la place Maubert ! Il y reste deux heures, se faisant indiquer par son interprète les noms de chaque instrument, le prévenant même souvent en lui signifiant qu'il est au fait, « Lorsqu'on lui
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présentait quelque pièce de mécanique qui n'avait pas été portée à une certaine perfection, il la rejetait et lorsqu'au contraire on lui en montrait une qui était parfaite en son genre, il la considérait longtemps et marquait, en tout cela , un goût sûr et exquise »
A côté de ces qualités remarquables, 1 ame russe se retrouve en lui tout entière. Entre autres passions, il avait celle du vin qui compromettait sa dignité jusqu'aux plus basses fureurs. « Rien n'a transpiré de ces bacchanales de débauche où Ton dit que le Czar insulta grièvement le Régent qui s'emporta jusqu'à le menacer de la Bastille. On assure qu'à la suite de ces bacchanales chez la duchesse de Berry, les acteurs de ce désordre solennel, le Régent, le Czar et la