I. Mémoires de Tessé
ET LK PHEMIEU TRAITE 1- RANCO-UUSSE ■x'\'j
le canal de M. de Ghàteauneuf, Ton s'est désisté de cette demande d'une garantie impossible. »
Tessé rend compte ainsi à d'Huxelles de la réplique des ministres russes : « Cela est vrai, mais quand le Gzar s'offre et veut, par traité présent, garantir ceux d'Utreclitet de Bade, et en vous faisant ce plaisir déplaire certainement à l'Empereur, en quoi la France lui paye-t-elle ce plaisir d'entrer dans un engagement qui consolide vos traités, et puisqu'en effet, vous ne pouvez pas garantir les conquêtes que le Gzar a faites sur la Suède? Hé bien ! laissez le Gzar agir comme il l'entendra sur la Suède, sans garantir ses conquêtes, mais mettez le Gzar aux lieu et place de la Suède. Le système de l'Europe a changé, la base de tous vos traités, c'est celui de Westphalie ; pourquoi la France s'est-elle unie avec la Suède?
C'est que le roi de Suède avait alors des Etats en Allemagne, et qu'au moyen de la puissance de la Suède et des alliés que vous aviez en Allemagne, cette alliance balançait la puissance de l'Empereur. Cette situation a changé, la France a perdu ses alliés en Allemagne ; la Suède, quasianéantie, ne peut plus vous être d'aucun secours ; la puissance de l'Empereur s'est infiniment augmentée et moi. Czar, je viens m'offrir à la France pour lui tenir lieu de la Suède; je lui offre, non seulement mon alliance, mais ma puissance et, en même temps, celle de la Prusse, sans laquelle je ne pourrais pas agir, la Pologne ne demandera pas mieux que d'y entrer ; et quand la France, la Prusse, la Pologne et moi, Czar, seront unis, non seulement par moi, Czar, la balance que l'alliance de Suède vous devait faire sera rétablie, mais le grain que
j'y mets l'emporte; et bien que vous ayez fait un traité très à propos avec l'Angleterre et la Hollande, ce que moi, Czar, vous propose, n'y est point contraire ; la Hollande y trouvera son compte : c'est son intérêt que l'Empereur ne soit pas si puissant, et l'Angleterre est une puissance entre elle si déchirée et si variable dans ses projets que si à l'avenir elle vous manquait, lorsque vous aurez mis dans votre alliance le Czar aux lieu et place de la Suède, le dit Czar vous tiendra lieu de tout ce que vous pouviez espérer de la Suède et de l'Angleterre, de sorte que puisque vous ne pouvez ni ne voulez garantir les conquêtes que le Czar a faites sur la Suède, il consent que vous ne les garantissiez pas ; mais il vous demande d'entrer avec lui aux lieu et place de la Suède, et vous demande par conséquent le même traitement que vous faites
à la Suède, puisque je vous tiendrai lieu non seulement de la Suède, mais que je vous amène la Prusse.
« Ce n'est point à moi. Monsieur le Maréchal, à raisonner sur cela, ni à vous rendre compte de toutes les répliques et contre-répliques que j'ai faites et que Ton m'a faites. Vous devez croire que j'ai éloigné tout projet de subsides, et que j'ai répliqué négativement que je n'avais ni ordre ni instruction pour cette proposition; que si nous avons fait inutilement un traité avec la Suède, et que par ce traité nous lui avons donné de l'argent, nous attendons le terme de ce traité avec impatience, pour nous corriger de lui en avoir donné. Qu'il est juste, qu'alors que le Czar nous servira, nous lui en donnions, mais que jusques-là il ne saurait raisonnablement nous en demander.
ET le; premier traite franco-russe -201
« A cela, à la rej^résentation de Téloignement des Etats, et à mille autre choses qui n'échappent pas dans la vivacité de telles conversations, Ton me met au pied du mur en me répétant : « Je veux, moi Czar, vous tenir lieu de la Suède, je veux vous garantir vos traités, je vous offre mon alliance avec celle de la Prusse et de la Pologne, je ne vous demande nulle garantie de mes conquêtes, je vois, dans l'avenir, que la puissance formidable de la Maison d'Autriche vous doit alarmer; mettez-moi aux lieu et place de la Suède, et je vous tiens lieu, par ce traité, de tout ce que vous (pouviez espérer de la Suède, contre les justes inquiétudes que vous devez avoir de la puissance de TEmpereur. »
Tessé ajoutait dans sa lettre : « J'entrevois, sans pouvoir sur cela rien mander de positif, qu'en cas de traité, l'on ne vous
aSa PIERRE LE GRAND
demandera de subsides qu'alors que le temps du traité de Suède sera fini, en un mot, ces gens-ci veulent vous tenir lieu de la Suède, se mettre en son lieu et place et vous coûter, ou ce que vous coûte présentement la Suède, ou ce qu'ils croient qu'elle vous coûte. »
Au reçu de cette communication, le maréchal d'Huxelles fit parvenir à Tessé un lonff mémoire résumant les Q'randcs lignes de la politique extérieure suivie par la France dans les dernières années et exposant les desiderata du Roi au sujet des pourparlers qui allaient se continuer avec les ministres russes.
Cet important document dénote l'hésitation qu'éprouvait le maréchal d'Huxelles à conclure cette nouvelle alliance. Aussi recommande-t-il à Tessé « d'éluder des engagements précis et plus forts que ce qui
convient ù la correspondance et à la bonne amitié ». 111e prévient pourtant « que Son Altesse Royale regarde comme un point important de pouvoir engager ce prince (le Czar), de manière qu'il perde désormais toute idée de former une liaison avec la Cour de Vienne et que celles que Sa Majesté aura formées avec lui puissent servir de fondement à des engagements plus étroits », et il remarque ajuste titre « que comme Sa Majesté et le Czar ne peuvent jamais avoir d'intérêts à démêler, les liaisons établies sur ces fondements ne peuvent qu'être utiles à Tune ou à l'autre puissance, sans qu'il puisse jamais en naître des inconvénients capables d'en altérer la force, ni d'en diminuer les avantages ».
Quant à la garantie de Stettin réclamée avec insistance par Frédéric-Guillaume P"", « il sera nécessaire que M. le maréchal de
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Tessé se concerte avec M. de Knyphausen sur ce sujet, et qu'après lui avoir fait connaître combien il importe au Roi, son Maître, de se renfermer, dans la conjoncture présente, dans des engagements généraux avec le Gzar, il lui fasse observer qu'en continuant à garder le secret sur ceux qui ont été formés entre le Roi et son Maître, il serait bien que, pour marquer plus de considération pour le Czar, il parût que la garantie de Stettin, que Sa Majesté renouvellerait en cette occasion, fût accordée aux instances de ce prince, puisque ce serait un moyen de le rendre plus facile sur les autres conditions du traité \ »
Dès la troisième conférence, on convint que le Roi et le Czar concluraient un traité d'amitié et d'alliance dont les dispositions
I. Au sujet des rapports du Czar et du Roi de Prusse, voir le chapitre ii.
ne seraient contraires en aucun point à la triple alliance de La Haye. On admit, d'autre part, que la médiation de la France, dans la paix du Nord, serait proposée à Pierre et devrait être acceptée par lui. « J'ai su d'ailleurs, écrirait Tessé à d'Huxelles, que ces jours derniers le Czar a dit à Meudon :
« Oli ! que dites-vous du roi de Suède c[ui a les dernières obligations à l'égard de la France et qui, non seulement refuse sa médiation, mais qui me fait proposer par l'Empereur d'être son arbitre et le mien, et qui me fait cette proposition au moment où il me voit déterminé à venir en France. Eh bien! je l'ai refusée nettement*. »
Rniphausen étant, sur ces entrefaites, arrivé à Paris, on estima qu'il fallait l'admettre aux conférences : « Cependant,