‹ Pierre le Grand et le premier traité franco-russe (1682 à 1717) Préf. du Baron de CourcelChapitre 70 sur 75 · I. T. XXXIV, Sucielc Impériale, p. j · texte numérisé non relu

I. T. XXXIV, Sucielc Impériale, p. j

ET LE PREMIER TRAITE FRANCO-RUSSE iG'J

on le pressent facilement, d'entrer le pins promptement possible dans une alliance qui constituait au fond une arme contre la Maison d'Autriche, se désista de sa demande et donna l'ordre à Kniphausen de ne pas insister. Le traité fut donc signé à Amsterdam le i5 août 1717. Il était ainsi rédigé : « Gomme le Sérénissime et très Puissant Prince et Seigneur Pierre P'', par la Grâce de Dieu Gzar de toute la Russie, le Sérénissime et très Puissant Prince et Seigneur Louis XV, par la grâce de Dieu Roi très chrétien de France et de Navarre, et le Sérénissime et très Puissant Prince et Seigneur, Frédéric-Guillaume, par la grâce de Dieu roi de Prusse, sont également tous du désir d'établir et de conserver entre eux une étroite union, une amitié et une alliance solide et durable, Leurs Majestés ont nommé à cet effet, savoir Sa Majesté le Gzar de

ii6S PIERRE LE GR.VÎS'D

toute la Russie les sieurs Comte Gabriel (le Golofkin, Grand Chancelier de l'Empire Russien, Chevalier des Ordres de Saint- André et de l'Aigle Blanc et le Baron Pierre de Schafîrof, Vice-Chancelier de TEmpire Russien, conseillé privé, Chevalier de l'Ordre de TAigle Blanc, et le Prince Boris de Ivourakine, Conseiller privé, ^Major Général de ses armées et Lieutenant-Colonel de ses Gardes, et son Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès des F]tats Généraux; et Sa Majesté le Roi très chrétien, le sieur Pierre-Antoine de Chàteauneuf, Marquis de Castagnères, Conseiller Honoraire au Parlement de Paris, Ambassadeur de sa dite Majesté auprès des Etats Généraux des Provinces Unies, et Sa Majesté le Roi de Prusse, le sieur Baron de Knyphausen, son conseiller privé, Colonel d'un bataillon de marine, Chambellan, Résident du Cercle de

Westplialie, Président de la Compagnie d'Afrique dans la ville d'Embden, Drosfart du Bailliage de Fursbenwalde, Chevalier de rOrdre de Saint-Jean, lesquels après s'être réciproquement communiquez les Pleinspouvoirs et après avoir tait l'échange à la manière accoutumée, sont convenus d'un traité de bonne Correspondance, d'Amitié, d'Alliance et commerce entre leurs susdites Majestés, leurs Royaumes, Pais, Etats et Sujets aux conditions suivantes :

« 1. 11 a été convenu et accordé qu'il y aura pour ce jour et pour toujours à l'avenir entre Sa Majesté le Czar et Sa Majesté très Chrétienne et Sa Majesté le Roi de Prusse, leurs Héritiers, Successeurs, Royaumes, Pais, Etats et Sujets une amitié et une correspondance sincère qui seront observées de telle manière que les parties contractantes feront sincèrement et de bonne foi

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tout ce qui dépendra d'Elles pour procurer et avancer le bien et l'avantage Tune de Tautre et pour détourner au contraire tous les dommages ou préjudices qui pourraient leur arriver ou à leurs dits Etats et Sujets.

a II, Leurs dites Majestés promettent et s'engagent réciproquement de contribuer par leurs offices à maintenir la tranquillité publique, rétablie par les traités d'Utrecht et de Bade aussi bien que ceux qui interviendront pour la pacification du Nord, en conséquence de n'entrer dans aucune convention ni engagement qui puissent en quelque temps, ni en quelque manière que ce soit, être directement ou indirectement contraire à ce qui a été statué avec la Couronne de France dans lesdits traités d'Utrecht et de Bade, et à ce qui sera stipulé dans ceux de la paix du Nord, avec le Czar

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de toute la Russie et avec le Roi de Prusse, mais au contraire d'apporter tous leurs soins pour en assurer le maintien et Texécution.

(( III. Et pour rendre la présente alliance également solide et utile pour les avantages que les Sujets de part et d autre peuvent trouver dans l'établissement de commerce entre les Etats et Sujets de leurs dites Majestés réciproquement, il a été convenu et arrêté par le présent article qu'il sera nommé des commissaires qui s'assembleront dans huit mois, du jour de la signature du présent traité pour régler les conditions d'un traité de commerce et de navigation, dont le fondement principal sera de faire jouir les Sujets de leurs dites Majestés, leurs marchandises et effets de tous les privilèges, prérogatives et avantages dont jouissent, dans les ports et pais de l'une et

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de Taiitre Domination, les nations qui sont traitées le plus iavorahlement.

« IV. Leurs dites Majestés se réservent réciproquement par le premier article, leurs autres Traités et Alliances auxquels Elles ne prétendent point déroger en ce qui ne sera pas contraire à la présente Alliance et spécialement de la part du Moi très Chrétien, TAlliance signée à La Haye, le 4 janvier de la présente année entre ses ministres et ceux du Roi de la Grande-Bretagne et de la république d'Hollande.

« V. Pour rendre la Paix de cette Alliance plus solide et plus durable, le Czar de toute la Russie, le Roi très chrétien et le Roi de Prusse non seulement admettront, mais inviteront de concert toutes les Puissances et Etats qui voudront entrer dans le présent Traité pour le maintien de la tranquillité générale de l'Europe, et pour Futilité com-

ET LE PUEMIEU TItAITK F RANCO-ll L SSE ■i'- i

mune et de toutes les parties intéressées.

« VI. Les Ratifications en bonne forme seront mutuellement échangées dans l'espace d'un mois à compter du jour de la signature du présent Traité.

« En foi de quoi nous soussignez munis des Pleins-pouvoirs de leurs Majestés le Czar de toute la Russie, le Roi très Chrétien et le Roi de Prusse avons auxdits noms signez le présent Traité d'Alliance et y avons fait apposer le cachet de nos armes.

« Fait à Amsterdam le i "> août 1717 ».

Mais les articles secrets avaient une toute autre importance. Ils étaient au nombre de trois et portaient :

« I. Que comme l'objet et le véritable but du Traité d'Alliance signé entre les ministres de Leurs Majestés le Czar de toute la Russie, le Roi très Chrétien et le Roi de

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Prusse est de maintenir réciproquement la paix et la tranquillité de leurs Royaumes, Pays, Etats et Sujets, sur les fondements des Traités de paix d'Utrecht et de Bade et de ceux qui rétabliront la paix du Nord, Elles promettent aussi à s'engager réciproquement de garantir lesdits Traités dans tous les points et articles qui ont été ou qui seront statues avec chacune d'entre Elles. En sorte que s'il étoit fait quelque entreprise de la part de quelque puissance que ce soit, au préjudice de leurs dites Majestés et des garanties qu'Elles se promettent, Elles interposeront leurs offices auprès de Fagresseur pour procurer satisfaction à la partie lésée et engager l'agresseur à s'abstenir entièrement de toutes sortes d'Hostilités.

« II. Mais si ces bons offices n'avaient pas l'effet que l'on se promet pour concilier

l'esprit des deux Parties et pour obtenir une satisfaction et un dédommagement dans Tespace de quatre mois, il sera alors convenu des secours en troupes ou en argent que celles des Puissances contractantes qui n'auront pas été attaquées seront tenues de donner sans retard à leurs alliés pour l'exécution desdites garanties, ce qui n'a pu être réglé présentement à cause des difficultés survenues sur ce sujet, tant de la part de Sa Majesté très chrétienne par rapport à la diversion qu'Elle a demandée pour l'effet desdites garanties que de la part de Sa Majesté le Gzar par rapport aux subsides qu'Elle avait prétendus dans le même cas ; et de celle de Sa IMajesté le Roi de Prusse pour la demande qui avait été faite en son nom delà garantie de la cession de Stettin dans la paix du Nord, leurs dites Majestés le Roi très chrétien, le Czar de

toute la Russie et le roi de Prusse se promettaient réciproquement que lorsque les dits secours et la manière de les employer seraient réglés par une convention plus ample qui serait faite dans la suite sur ce sujet, Elles continueraient de les donner à la partie lésée jusqu'à ce que le trouble fut entièrement cessé et le dommage réparé.

« III. Pour répondre aux droites intentions du Roi très chrétien et pour lui donner une marque particulière de leur confiance, Leurs Majestés le Czar de toute la Russie et le roi de Prusse s'engagent d'admettre la médiation de Sa Majesté Très Chrétienne dans la négociation qui se fera pour parvenir à la paix du Nord entre Elles et le roi de Suède et d'en faire la déclaration toutes les fois qu'EUes seront recpiises, bien entendu que Sa Majesté Très Chrétienne bornerait à des Offices et à des Insinuations

ce qu'elle ferait en ladite qualité de médiateur sans jamais employer les voies de fait directement ou indirectement contre aucune des parties qui sont présentement en guerre, pour les obliger à accepter les propositions de paix qui seraient faites; que, quand même ces propositions de paix ne seraient point acceptées, la dite médiation sera pourtant continuée jusqu'à la fin de la guerre du Nord; et Sa dite Majesté Très Chrétienne, voulant conserver l'exacte impartialité qui convient à la qualité de médiateur et d'ami commun de toutes les parties intéressées, promet et s'engage de ne prendre après l'expiration du Traité qui subsiste entre Sa Couronne et celle de Suède, et qui finira au mois d'avril prochain, aucun engagement, avec ladite Couronne sous quelque prétexte qui puisse être directement ou indirectement con-

•i.'jS PIERRE LE GRA>'D

traire aux intérêts de leurs dites Majestés le Gzar de toute la Russie et le roi de Prusse, et qu'elle ne donnera aussi à la dite Couronne après le dit ternie aucun secours de troupes ni d'argent sous quelque nom que ce puisse être.

« Les présens articles auront la même force et vertu que s'ils étoient insérez dans le Traité d'Alliance signé aujourd'hui. En foi de quoi nous soussignés munis des Pleinspouvoirs de leurs Majestés le Czar de toute la Russie, le Roi Très Chrétien et le Roi de Prusse, avons signé les présens articles et y avons fait apposer les cachets de nos armes.

« Kait à Amsterdam, le i5 août 1717.

« Signé :

(( GoLOFKiN ; ScHAirniow ; de Kolra.ki>" ; Chate.vuneli- ; Kxiphalse.n. xi

ET LK l'UK.MJKU TH\1TK IK.V>"CO -RUSSE .i;»)

Si rimportaiice des secours en troupes et en argent que les alliés se promettaient n'était pas nettement déterminée par la teneur de Tarticle •->, il laissait pourtant le champ libre à une intervention réciproque aussi large et aussi complète que possible en cas de guerre, et il donnait ainsi, dans une certaine mesure, satisfaction au Régent (|ui touvait dans cette clause des armes suffisantes contre la Maison d'Autriche. La Russie, d'autre part, réalisait, imparfaitement il est vrai, mais en partie pourtant, le projet formé depuis longtemps d'un accord avec la France.

Quant à la Prusse, elle n'obtenait pas officiellement dans l'acte en question la garantie de Stettin après la paix du ]\ord, le Régent ayant craint de mécontenter l'Angleterre, mais dans l'antagonisme latent entre les Ilohenzollern et les Habsbourg,

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elle trouvait un certain appui et elle commençait à s émanciper de la tutelle humiliante où la tenait la Maison d'Autriche. 11 est à remarquer, en effet, (jue le traité d'Amsterdam ne contenait plus, comme celui du i4 septembre 171G, de clauses par lesquelles le roi Frédéric-Guillaume, réservait les obligations qui lui incombaient en qualité de prince de lEmpire.

D'ailleurs, dans une déclaration remise à Kniphausen par le marquis de Chàteauneuf, à Tinsu du Czar et le jour même de la signature de Taccord à trois, le Régent garantissait à la Prusse la possession éventuelle de Stettin et confirmait en tous points le traité secrètement conclu à Berlin le i4 septembre 171G.

A la suite du traité d'Amsterdam, Campredon fut envové en Russie en qualité de ministre [dénipotentiaire et ^'illardeau

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comme consul. La France allait donc y accréditer des agents diplomatiques et consulaires fixes et les relations prirent dès ce moment un caractère de continuité qu'elles ont sans cesse conservé depuis lors. 11 ne restait plus qu à confirmer et à accentuer ces heureux résultats, mais on est unanime à reconnaître dans les Mémoires de cette époque que, presque tous les hommes politiques français qui prirent part à la direction des affaires au cours du xviii*^ siècle, étaient peu favorables à la Russie et avaient contre elle de grandes préventions. Dès 172G, rebutée par la France, elle se tournait vers FAutriche et concluait avec F Empereur une alliance a qui devait peser pendant quatre-vingts ans sur la politique européenne'. » Plus tard, pen-

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