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CHAPITRE PREMIER

Jeunesse de Pierre Martyr d'Anghera

Parmi les écrivains qui ont illustré l'Italie à l'époque de la Renaissance, il en est un dont le nom est bien oublié. Pierre Martyr d'Anghera (1) se forma dans sa patrie à l'école des humanistes, mais c'est au dehors, en Espagne, qu'il trouva l'emploi de ses facultés littéraires, de sa merveilleuse souplesse d'esprit. Mêlé au souvenir de Ferdinand, d'Isabelle la Catholique et de Charles-Quint, contemporain des hommes qui firent l'unité de la péninsule hispanique, et de ceux qui donnèrent à ce pays le nouveau monde, témoin et historien de ces grands événements, il méritait mieux qu'une courte biographie. Ses ouvrages ont été lus, et souvent mis à contribution, mais l'auteur lui-même a été laissé dans l'ombre. Il reste (c'est le dessein qu'on se propose ici) à retracer le détail de cette vie curieuse, à mettre en relief cette figure originale.

Pierre Martyr d'Anghera, naquit à Arona (2), et non

(1) On écrit aussi Anghiera. Le testament de P. M. porte Anguera (Coleccion de documentos inédilos para la historia de Espaha , t. XXXIX, p. 401, 402, 413, 414). Aujourd'hui la petite ville qui a donné son nom à cette famille s'appelle Anghera.

(2) Voir dans l'Opus epistoîarum les épîtres 248, 388. 680, 796,

à Anghera. Ce prénom de Pierre Martyr lui fut donné en l'honneur d'un grand inquisiteur dominicain, assassiné par les Vaudois, et dont la mémoire était très vénérée à Milan (1). Son tombeau, délicatement ouvragé, se voit encore aujourd'hui dans l'église San- Eustorgio, au milieu d'une chapelle décorée par Michelozzo (2). L'enfant resta fidèle à ce patronage, et jamais l'intégrité de sa foi ne fut entamée. Il est difficile d'établir la date de sa naissance (3). Lui-même semble avoir pris plaisir à nous égarer. Les indications de sa volumineuse correspondance laissent le choix entre les années 1459, 1455, et 1457 (4). Cette dernière date est la plus probable. A voir cette incertitude, il paraîtra téméraire de rechercher le jour où il naquit. Une lettre, datée des ides de septembre, nous apprend qu'il parcourt le terme de sa 63e année (5) ; dans les décades, il est encore plus précis : il va, dit-il, commencer ses 70 ans le 4e jour avant les nones de février 1526, c'est-à-dire le 2 février 1526 (6). Au

surtout l'ép. 248. — « Arona nobile castello, posto sopra la riva del lago (lac Majeur) ch'è molto forte... Eglie e questo castello quasi di riscontro di Angiera. » Leandro Alberti, Descrittione di tutta l'Italia. Bologna, 1550, p. 40 1.

(1) Hoefler, Papst Adrian VI, p. 379.

(2) Sur cet artiste, voir Eugène Mûntz, la Renaissance en Italie, p. 213.

(3) Niceron le fait naître en 1455. Niceron. Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, t, XXIII, p. 202. Cf. Nicolaus Antonius, Bibliotheca Hispana nova, t. II, p. 372, qui indique la date de 1459.

(4) 1459, ép. 17. — 1455, ép. 628. — 1457, ép. 627 et 188. Heidenheimer, Petrus Martyr und sein Opus epistolarum, p. 3, note 2.

(5) Ep. 628.

(6) ... « Septuagesimus quippe annus, cui nonœ quartae (sic)

moins sait-on, si l'on peut se fier à son témoignage, le jour anniversaire de sa naissance.

Il appartenait à l'une des familles les plus nobles du Milanais , Il était très fier de son origine : il rappelait avec orgueil l'antiquité reculée de sa maison, les liens de parenté qui la rattachaient aux Trivulce(l). Il allait même jusqu'à revendiquer comme ancêtres les comtes d' Angleria, dynastie fabuleuse qui aurait dominé longtemps sur l'Italie du nord (2). Georges Merula avait adopté cette tradition dans son histoire des vicomtes de Milan (3) ; il faisait remonter les Visconti à ces légendaires monarques. Dans une médaille du temps, Philippe Visconti porte le titre de « Papiae Angleriaeque cornes » ; au revers on aperçoit une masse rocheuse, où se dresse le château d'Anghera (4).

februani anni millesimi quingentesimi vigesimi sexti dabunt initium. .•) De Orbe Novo, p 576. Parisiis, apud Guillelmum Auvray, 1587.

(1) Ep. -248. — Ep. 239. « Jacobus Trivultius, nostrœ familiœ de Angleria Trivultia antiquioris, uti ipsemet inquit, sanguine conjunctus. » — Ep. 722, « meam familiam de Angleria. » — Cf. Mazzuchelli, Gli Scrittori, vol. I, part. II, p. 773.

(2) « ... L'Antica città di Angiera, Angleria da i litterati det!a... Ritrovo nelle cronicbe di Melano, che trahessero origine i Vesconti de questa città et descrivano una molto antica genealogia, volendo que scendessero da molti reggi, duchi et conli. Cosi (brevemente perô) narrano detta genealogia et prima vi pongono Anglo figliuolo di Ascanio, poscia passano all'anno trecento ottenta quatro di Christo et vi descrivono Uberto Vesconte, Massimiano re, Alione conte d'Italia... » Leandro Alberti, Bescritt., p. 399.

(3) Georg. Merula, Antiquitatis vicecomitum libri X, pp. 16 et 17. — Argelati, Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, t. II, p. 2134.

(4) Notice sur une médaille de Philippe-Marie Visconti, par Tochon d'Annecy. Paris, 1816.

Si la famille était illustre, ses ressources étaient précaires. Elle avait été obligée de recourir aux bons offices du comte Jean Borromée (1). Le patrimoine était mince, et les enfants nombreux ; mais, à défaut d'héritage, ils eurent la volonté de s'élever au-dessus de leur condition (2). Pierre Martyr avait deux frères, Jean-Baptiste et Georges. Il les aimait tendrement, et s'intéressait à leur fortune. A peine eut-il assuré son propre avenir qu'il chercha à les aider. Il les recommanda à Ludovic Sforza, à la république de Venise. On dirait la sollicitude d'un père.

Son éducation fut celle de la jeune noblesse. Il dit quelque part que, dès sa plus tendre enfance, il a été élevé dans les cours. C'était le temps où la plupart des princes italiens tenaient à ajouter au prestige de la naissance ou à l'éclat des actions guerrières le renom de protecteurs des lettres. Pour n'être qu'un condottiere, François Sforza, devenu duc de Milan en 1450, ne dédaigna pas cette gloire. Comme les Visconti, ses prédécesseurs, il s'efforça d'attirer près de lui les hommes les plus doctes, les humanistes les plus fameux (3). Ainsi parut à Milan François Philelphe, aussi goûté pour son érudition qu'odieux par

(i) Ep. 159.

(2) Heidenheimer, p. 3, note 3, enrichit les d'Anghera par la vertu d'un contresens. Voici le passage : « Laudo, frater amantissime, quod animum virilem, non angustum patrimonium dimensus, soli natalis blandimenta, deliciasque reliqueris. » Ep. 18.

(3) Argelati, Bibliotheca script. Med., t. I, introd., p. 38. — Voigt, die Wiederbelebung des classischen Alterthums, t. I, p. 525. — Muntz, pp. 230-231, ne s'occupe que de l'époque un peu postérieure.

ses satires (1). Il vint inaugurer dans cette ville l'enseignement du grec. Le célèbre helléniste Constantin Lascaris écrivit une grammaire pour la fille du duc, Hippolyte (2). L'étude du latin était depuis longtemps en honneur ; jamais l'Italie n'a délaissé la langue de Cicéron (3). Pierre Martyr aurait pu entendre Philelphe. En 1471 Galeas-Marie obligea le professeur, malgré son grand âge, à remonter dans sa chaire pour expliquer la Politique d'Aristote (4). Faut-il voir une trace de ces leçons dans l'admiration que Pierre Martyr témoigne pour le divin Aristote ? Cependant, il ne fait jamais allusion à ses maîtres. S'il eût été l'élève de Philelphe, n'aurait-il pas tiré vanité de cette haute direction intellectuelle.? On peut croire que son éducation fut assez négligée. Il a dû partager sa jeunesse entre l'exercice des armes et les aimables occupations des pages. L'apprentissage de la vie ne fut pas cependant perdu. Il eut l'occasion d'observer les hommes, et de s'initier aux intrigues des cours, La connaissance de l'antiquité vint d'ailleurs.

En 1477, Pierre Martyr se rendit à Rome. La capitale du monde chrétien exerçait le plus vif attrait sur les imaginations. C'était aussi le centre des faveurs. Le souverain pontife recevait les contributions du monde catholique, et disposait dans tous les pays de riches bénéfices. A Milan, l'assassinat de Jean

(1) Charles Nisard, les Gladiateurs de la république des lettres, t. I, p. 3.

(2) Argelati, loco citato.

(3) Gebhart, les Origines de la Renaissance en Italie, p. 129.

(4) Tiraboschi, Storia délia letleratura italiana, t. VI, p. 1015.

Galéas (1476), et les troubles qui suivirent ne laissaient espérer ni la paix à l'intérieur, ni une action énergique au dehors. Les révolutions des Etats italiens avaient pour premier résultat de disperser sur toutes les routes les vaincus de la veille, et les natures généreuses que révoltaient les dissensions domestiques. Il y avait à Rome un très grand nombre de Lombards. Pierre Martyr y arrivait peut-être avec la recommandation de Jean Arcimboldo, qui fut plus tard archevêque de Milan, et d'Ascanio Sforza (1). Ces illustres protecteurs, son nom et sa naissance, la facilité de son commerce lui concilièrent les sympathies de la colonie milanaise. En 1481, il fut invité à passer l'été à Rieti en compagnie de Bartholomeo Scandiano (2), et de l'évêque de Viterbe (3). Il avait conservé de ce séjour le souvenir le plus vif, l'impression d'une grande secousse intellectuelle et morale. Quand il a dépeint, non sans charme, les environs de Réate, les bois et les eaux, quand il a célébré l'incomparable éloquence de l'évêque de Viterbe, il vient à parler de leurs plaisirs : « Te souviens-tu, Scandiano, comme à l'envi et de tout cœur nous consacrions presque toutes

(4) Sur ces deux illustres personnages, voir Aubery, Histoire générale des cardinaux, t. II, pp. 537 et 457 ; et Argelati, Bibliotheca scriptorum Mediol, t. I, p. 79, t. II, p. 1372.

(2) Argelati, Biblioth., t. I, p. 258, l'appelle B. Caymus ou de Caymis. 11 était d'une illustre famille milanaise et fut plus tard nonce en Espagne.

(3) Ughelli l'appelle « Franciscus Maria de Soellonibus. » Ughelli, Italia sacra, Romae, 1 644, t. I, p. 325. — Argelati le désigne sous le nom de « Septala Franciscus Maria. » Argelati, Biblioth., t. II, p. 1312, Il fut gouverneur de l'Ombrie en 1475.

nos journées à faire des vers ? Alors j'ai senti de quelle importance était la fréquentation des doctes, et combien l'âme d'un jeune homme s'élève dans l'aimable compagnie des personnes graves. Alors, pour la première fois, j'ai osé croire que j'étais un homme, j'ai osé espérer que je deviendrais quelqu'un (1). » C'est, on peut le dire, une véritable crise. Le jour se fait dans cette âme qui se cherchait et s'ignorait ; cet esprit prend conscience de sa force. Sous la chaude influence de ses amis, le doute et l'inquiétude, si funestes aux débutants, se sont dissipés. La vie s'offrait à lui pleine d'enchantements et de promesses.

Sous le pontificat d'Innocent VIII, Pierre Martyr fut le secrétaire de Francesco Negro, Milanais et gouverneur de Piome. Il se mêlait en même temps aux sociétés littéraires de la ville et travaillait à compléter son éducation. L'attachement qu'il a toujours montré pour le fameux Pomponius Lsetus ne permet pas de douter qu'il n'ait fait partie de la fameuse Académie romaine. C'était une compagnie de vieux et de jeunes érudits, qui se réunissaient pour se communiquer leurs travaux ou se livrer à quelque discussion savante (2). Les grands souvenirs de Rome les préoccupaient plus que le présent. Les membres de

(1) Ep. 15. — « Esne memor, Scandiane, ut certatim omnesanimi gratia ludendis carminibus operam fere quotidie daremus ? Tune ego primum sensi, quanti sit momenti eruditorum frequentia involvi, quantumque juvenilis animus gravium virorum jocosa sodalitate erigatur. Didici tune primum audere credere me esse hominem, et in virum aliquando me evasurum sperarc. »

(2) Tiraboschi, Storia délia lett., VII, p. 141. — VI, p. 319.

l'Académie, les sodales, avaient pris des noms antiques ; le Florentin Buonaccorsi s'appelait Gallimachus; le Romain Marcus, Asclepiades ; le vénitien Marino, Glaucus ; et Pietro était devenu Petreius (1). Quant au maître lui-même, Pomponius Laetus, il semblait proprement un ancien égaré en pleine société chrétienne : l'assimilation des idées et des sentiments de l'antiquité avait été chez lui complète. Le christianisme de ces humanistes ardents faiblissait devant le paganisme illustré par tant de chefs-d'œuvre et un passé si glorieux (2). Le pape Paul II soupçonna l'impiété et crut à des complots. Les chefs de l'Académie, Platina et Pomponius, furent emprisonnés (1468). On les mit à la torture sans leur arracher d'aveux compromettants. Pomponius, relâché le premier, remonta dans sa chaire d'éloquence, et continua à recevoir ses amis dans sa petite maison du Quirinal, sous la tonnelle de sa vigne. C'est là que Pierre Martyr venait le visiter et jouir de ses entretiens. L'admiration du Milanais resta toujours très vive. Plusieurs années après qu'il eut quitté Rome, il écrivait au cardinal Garvajal : « qu'il prisait plus une lettre de Pomponius Lsetus que toutes les caresses de la destinée (3). a Dans une autre circonstance, il déclare

(1) Gregorovius, Storia délia città di Roma nel medio eoo dal secolo V al XVI, t. VII, p. 680 sqq.

(2) Platina, Vita Pauli, pp. 319-321. — Platina, De vitis pontificum. Colonia» Agrippinee, 1626. Gregorovius, p. 682, ne croit pas fondée l'accusation de paganisme. Cf. de Rossi, Roma sotterranea, I, introd.

(3) Ep. 17 1.

qu'il vénère en lui « le fils de la vertu, non de la fortune (1). »

La fréquentation de ce savant lui fut très profitable ; il y puisa le goût des fortes études, cette connaissance de la géographie ancienne, qu'il aime à étaler ; il apprit à lire les inscriptions que désormais il copia sans en. comprendre toute l'importance historique^). Dans le calme des années passées à Rome il amassa les ressources d'une solide érudition. Aussi bien était-il mieux qu'un simple disciple. Deux prélats, fameux par leur naissance, s'étaient mis entre ses mains pour en recevoir une direction littéraire. C'est un curieux spectacle, et qui marque bien l'ardeur passionnée des esprits, que de voir deux princes de l'Eglise se choisir parmi les lettrés un guide, disons le mot, un précepteur (3). Alonso Carillo, évêque de Pampelune, était le parent de ce fougueux archevêque de Tolède, qui prit les armes contre Isabelle et faillit empêcher l'union de l' Aragon et de la Castille (4). Petro Inghirami, archevêque deBraga, se rattachait à la famille royale de Portugal. La présence d'un humaniste semblait l'ornement indispensable d'une grande maison. Il était là comme ami, comme lecteur, comme commentateur. Une lettre nous donne

(1) Pomponius Laetus était un bâtard de la famille des San-Severini. A sa naissance, il ne fut pas reconnu. Devenu illustre par son mérite, il refusa de porter le nom de ses parents.

(2) A Pola, lors de son voyage en Egypte, il copia un très grand nombre d'inscriptions. De Rébus oceanicis, item de Babylonica Le<jatione. Cologne, 1574, p. 378.

(3) Ep. 10. — (4) Crônicas de los reyes de Castilla, t. III, pp. 261-262, et p. 576.

du rôle que jouait Pierre Martyr l'idée la plus avantageuse. Ses illustres disciples portaient aux nues son mérite. Il leur reproche doucement leurs exagérations. « Ce ne sont pas là les leçons que vous avez reçues de moi, quand je vous expliquais la divine satire de Juvénal ; au contraire, vous avez appris qu'il n'y a rien de plus honteux pour un homme libre que l'adulation (1). »

Ses rapports avec Jean Arcimboldo, archevêque de Milan, et avec le cardinal Ascanio Sforza ne sont pas aussi faciles à déterminer. On sait qu'il a vécu avec eux dans l'intimité la plus étroite. Ascanio était à peu près du même âge et devait s'intéresser à lui comme compatriote et comme ami des lettres. En quelle qualité l'atlacha-t-il à sa personne (2) ? Le prit-il comme secrétaire ou lui donna-t-il quelque charge domestique? On peut aussi supposer que Pierre Martyr faisait partie de cette clientèle brillante de savants et d'artistes, qui payait en flatteries la bienveillance d'un grand seigneur (3). Ascanio légua son protégé à Jean Arcimboldo. Chez l'un et chez l'autre il trouva même sympathie ; tous deux firent les derniers efforts pour

(1) Ep. 10. — « Non hsec a me profecto, quum ambobus Juvenalis aliquando divinam illam, quae proxima est a secunda, satiram aperirem, sed adulatione nihil esse ingenuo fœdius didicistis. »>

(2) «... Habiendo entrado al servicio del cardenal Ascanio Sforza Visconti y posteriormente del arzobispo de Milan. » Coleccion de documentes inéditos pava lahistoria de Espana, t. XXXIX, p. 397.

(3) Ascanio emporta en mourant les regrets des lettrés « quibus praesens semper et humanissimus fuerat Maecenas. » Argelati, Biblioth., t. II, p. 1372.

le retenir en Italie, quand le comte de Tendilla lui proposa d'aller en Espagne.

Ce représentant de Ferdinand et d'Isabelle fit son entrée à Rome le 13 septembre 1486 ; il venait, au nom de ses souverains, prêter, entre les mains d'Innocent VIII, le serment d'obédience (1). Il appartenait à cette famille des Mendoza, qui a compté autant d'écrivains que de protecteurs des lettres. Le grand marquis de Santillane avait ouvert la voie, où parut avec tant de gloire Diego Mendoza, l'ambassadeur de Charles-Quint (2). Le comte de Tendilla était avant tout un homme de guerre et un diplomate. Burchard prétend qu'il savait mal le latin. Il n'en avait pas moins les goûts élevés de sa race. Pendant l'année qu'il passa à Rome (13 septembre 1486-29 août 1487), il dut rencontrer Pierre Martyr chez l'évêque de Pampelune. D'ailleurs, ce nom ne lui était pas inconnu. Il avait vu à Milan le comte Borromée, bienfaiteur des d'Anghera (3). Le caractère et le talent du lettré séduisirent l'ambassadeur. Emu parle désir d'attacher à son pays un esprit aussi fin, aussi cultivé, il lui offrit de l'emmener en Espagne. Notre Italien n'appréhenda

(1) Burchard, Diarium sive rerum urbanarum commentant 1483- 1506 (éd. Thuasne), t. I, p. 210. L'ambassadeur était accompagné de deux protonotaires apostoliques ; l'un était Antonio Geraldini, et non Alessandro Geraldini, comme le croit Nicolaus Antonius (Biblioth. Hisp , t. II, p. 365) : l'autre nous est connu par la chronique de Fernand del Pulgar; c'est Juan de Médina, qui fut depuis évêque d'Astorga. Crônicas de losreyes de Castilla, t. III, p. 431.

(2) Ticknor, Histoire de la littérature espagnole (trad. Magnabal), t. I, p. 433 sqq.

(3) Ep. 169.

point de tenter cette aventure et d'alier à l'étranger recommencer sa vie. Malgré les supplications de ses amis, leurs inquiétudes, leurs plaisanteries (l),il quitta Rome avec l'ambassade le 29 août 1487. Il y avait séjourné dix ans (2).

(<) Ep. \, 3, 12. — (2) Ep. 753, « decennio versatus. »

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