‹ Pierre MoutonChapitre 21 sur 50 · LE DOIGT DE DIEU · texte numérisé non relu

LE DOIGT DE DIEU

An milieu de ces éféoemegats, la jiiMice avait suifi son cours. Une première iostniclioii avait admît la oom* plicité de Laure et le proote chmioel s'était engagé. La jeune fille aurait peut-être trcmYô de rifidolgance poor la faiblesse qui l'avaU empochée de dénoncer Piem Mouton» mais il restait encore contre elle une charga accablante, celle de sa pr^isence dans le jardin an nuy ment où le vol venait d*étre commis. La déposition deli comtesse, qui l'avait prise sur le fait, était formdle, et quand on lui opposait cette drconatanfie, I^ive ne i^ pondait qne par des meoTements d'indication* Or, en justice, l'indignation n'arrange rien. La eoistesse pr^ cisait les détails, et ks gens du château acoourus sox premiers cris qu'elle avait poussés, en confirmaient Is

sinfiéritë; les témoignages étaient unaoîmes. JLe corn-* miâsaire exiraordinaiFe eodiérissaii Ià*de«ius et injûstait sur la p&leur de la jeune coupable, sur sou évanouisee* ment, sur toutes les marques de surprise et de terreur qu'elle avait données dans le premia: mom^t de ce drame. Ce concours de preuves étaii écrasaut, et Laure allait se présenter devant les jurés sras le coup de pré* yentions qu'il lui était difficile de détruire*

Le procès avait fait du bruit, et la foule s'y porta. Quand Laure entra dans la salle, elle fut l'objet de la eu* riosité la plus indiscrète et la plus déplacée. Qu'on juge du saisissemeDit de cette jeune fille qui allait s'asseoir, par une triste méprise, sur le banc destiné aux malfaiteurs. Il fallut à Laure tout le sentiment de son inno« cenee pour résister & cette épreuve.

L'interrogatoire commença; elle le soutint avec un calme et une dignité rares. Elle raconta Taventure où elle avait joué un rôle si étrange, s'accusa du silence qu'elle avait gardé, et quant au reste, repoussa noble- Hient et fièrement l'accusation. Les impressions de l'ao^ dience commençaient à se tourner &ï sa faveur : les plus acharnés seuls persistaient k ne voir là dedans qu'une dépravation précoce et une assurance de comédienne*

Ce fut alors que la comtesse de Stidberg fut appelée en témoignage. Sa déposition fut un cbefnl'ceuvre d'artifice : sous le vdle de l'intérêt qu'elle portait à la pré*

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Tenue, elle parvint à la charger de la manière la plus grave, à Tenlacer dans les pièges d*une confrontation habile, à l'exaspérer au point de provoquer son indignation et sa colère. Cette nouvelle phase de l'audience détruisit les résultats de la première et replaça Laure sous le poids d'accusations qu'elle n'avait plus ni le pouvoir ni la force de combattre. Les frémissements de rassemblée la condamnaient; elle n'essaya plus de lutter et laissa tomber sa tète sur sa poitrine, comme pour s'avouer vaincue.

Ces débats se prolongèrent pendant deux jours au milieu de ces épisodes. L'accusteur public fut violent, haineux; il chargea la victime avec un acharnement qui est l'apanage de la profession. Quel martyre pour cette enfant de dix-huit ans, de se voir ainsi comparée au plifs grands scélérats de l'antiquité et des temps modernes I II fallut boire ce calice jusqu'à la dernière goutte. Si Laure avait eu une arme sous la main, elle se serait poignardée en pleine audience. Enfin cette torture prit fin. La défense et les répliques étant achevées, le président venait de résumer les débats, les jurés allaient se retirer dans leur chambre et en rapporter au bout de quelques minutes un verdict de culpabilité, quand un bruit se fit entendre à la porte du prétoire. Un gendarme entra et remit à Thuissier un mot pour le président. L'auditoire ne savait que penser de cet incident, les ma-

gistrats eux*méines semblaient contrariés. Enfin le chef de la conr fit un geste à l'huissier et dit :

— Faites entrer I

Deux gendarmes parurent à l'entrée du prétoire, portant un homme sur un fauteuil: c'était Pierre, mourant, méconnaissable, et, & peine arrivé devant le tribunal :

— Monsieur le président, dit-il d'une voix affaiblie, je vais tout de suite au fait; je n'ai pas un moment à perdre. Que l'on commence par s'assurer de cette femme, ajouta-t-il en montrant la comtesse de Stolberg assise au banc des témoins.

A ces mots une rumeur extraordinaire circula dans rassemblée; on comprenait que le moment avait quelque chose de solennel.

— Parlez, monsieur, dit le président. Qui êtes vous? —Pierre Mouton?

L'émotion de l'auditoire était au comble. Pierre Mou* ton, le voleur célèbre, était là; il était enfin tombé entre les mains de la maréchaussée. Avant d'expirer, il venait témoigner devant la justice, sauver peut-être une innocente. Toutes ces impressions couraient rapidement dans les esprits, et c'était à qui prêterait plus d'attention pour ne rien perdre de la scène.

— Oui, je suis Pierre Mouton, dit le nouveau témoin, et mon véritable complice, c'est cette femme.

n continuait à désigner la comtesse de Stolberg :

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c*était la réponBe au coup d6 poignard dePohil4u-}oBr. La comtesse était devenue livide; ses yeox IraihissaieDl un égarement involontaire ; sa lèvre frémissait et se colorait d'une écume blanchâtre; on eût dit qa^dle allait s'élancer et achever Pierre de ses mains.

CeluiHïi continua avec calme et en élevant peu à peu la voix :

-- On a entendu tous les témoins hofs un seul, dit4l; je demande à faire ma déposition.

Le cas était grave : au point où se tiouvaient les Mbats, on ne restait pas dans la stricte légalité en donnant la parole à cet homme; mais les pouvoirs discrétionnaires d'un président sont fort étendus, et celui-ci usa des siens pour éclaircir ce que cette affldre offrait d'imprévu et de mystérieux.

Pierre commença et fit devant le puMic son examen de conscience, parla de ses premières relations avec Glaire; du meurtre qui l'avait perdu, et tirant de sa poche an morceau de papier, que le tempe avait un peu endommagé, il le fit déposer sur le bureau du président. C'était la preuve de la complicité de la comtesse dans l'assassinat de son premier mari, le billet où elle disait :

< Le comte se rendra ou kiosque de onze heures à midi; si vous êtes dans les mêmes dispositions, allex-y.

> Claire. >

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A respect de eettepidœ qui Taeetisait, lacdnHaiflede Stolberg se leva exaspérée, et s*adressant aa président (1*QD loii impérieux :

— vous éeoutez «et imposteur, motfsiear I an chef de bandits I on hommehors la loi.

•- Asseyee-voos, madame, répondit le {vésident avec cilme.

La déposition s'acheva; elle jaslifia Lanre, elle accusa Glaire. ToQs les hita furent rétablis, expliqués; Pierre n'omit rien ni pour sauver l'innocente, ni pour confondre la otmpatile. Il y appliqua tout ce qu'il lui restait de forces; quand il arriva au bout, sa voix était presque éteinte, etlapftleiir delamoit couvrait son visage.Cepenim il eut encom la tont de se relever à demi, et se retottraanl vert kt OMiteiae de Stolberg :

— Cda voua apprendra, madame, lui dit*il avec ironie, à faire poignarder vos amants .

Pais il retomba dans un anéantissement complet.

L'affaire était désormais instruite; les jurés se retirèrent et rapportèrent l'acquittement de la prévenue. A peine le président l'eut-il prononcé, que l'accusateur public ajouta :

— Gendarmes, assurez-vous de madame la comtesse de Stolberg!

Les rôles étaient changés : Glaire reprenait en prison laplacequelAure venait de quitter, et la comtesse, moins

heureuse deyant la justicet y trouva le cb&timent de ses fautes passées.

On l'oublia ; à la cour ou oublie si vite. Pierre mourut dans la nuit même de sa dépoâtion ; Bouton-de-Rose et Zéphyr fureut réintégrés au bagne, dont ils ont fait longtemps l'ornement. Quant au commissaire extraordinaire, il s'attribua l'honneur de la capture de Pierre Mouton et obtint de l'avancement.

Depuis lors, l'étoile du comte Gabriel a parcouru bien des phases; avec l'empire, le virtuose quitta les bottes i la Souwaroff et la coiffure à la Caracalia pour prendre l'habit boutonné des députés du centre droit.

C'était un homme acquis à tous les régimes nés ou à naître, l'ami des gouvernements qui restaient debout; race nombreuse dontnous voyonsles derniers échantillons et qui a la propriété du liège, celle de flotter toujours.

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