LE JUGEMENT
Comme on le devine, les brigades de gendarmerie étaient toutes sur pied depuis Tévénement où Laure se
%9è PIEHaB MOUTON
trouvait compromise. Il ne s'agissait pas seulement de Tarrestation d'un ban(Ut redoutable et célèbre, mais du recouvrement des riches joyaux qui appartenaient à Taii des membres de b famille impériale. C'était le cas de faire du lële et Ton en fit Chaffae gendarme compre* nait qu'il avait le grade de maréchaI-des«logis dans tt giberne; les sous-lieotenants se voyaient chefs d'escadrons, et les capitaines colonels. Jamais le pays ne fut battu avec plus d'ardeur et plus d'ensemble : les patrouilles de jour et de nuit se succédsdeat. A Toulon on fouiliail les maisons suspectes, dans la campagne on s'emparait des issues, on occnpait en force les villages; bref sur tous les points on déployait les ressources de la strat^ie. En outre le signalement de Pierre MoatoD avait été envoyé aux polices italiennes, et des deux cdiés des Alpes on était à la poursuite de l'audacieux malfaiteur. A cette époque la main des autorités françaises s'étendait fort loin, etjl était assez difficile d'atteindre, à leur insu, les limites du territoire.
Les prisons de Toulon renfermaient un instrument précieux pour diriger les recherches. Les rapports s'accordaient à dire que Pierre Mouton n'avait pu franchir la ligne du Var. Trois fois il s'était présenté à la frontière sous des déguisements divers, et, reconnu trois fois, il n'avait dû son salut qu'à la vitesse de son cbeval. C'était donc dana le département qu'il se cadiait, et
PIEftHE MOtJTON 299
Poi0i^u-Joar, toogjbSBipâ «oa complice» coanwsait les Tf^9im» que 1^ b^nito is'y étoîi méndgés.
l^ prpveDgal deyeimiit ftiosi uo hemme important et r&me da i^tte eptn»pme. On cherclia à exdier son zète p^r Tapp&t d'uM répompenne; mais sa haine contife Pi^rr^ wffi9ait, P^imia l'beiire où le capitaine rayait jeté vivant dans un sépulcre, Points-Jour ne lespqraH que pour )a vengeance. Il avait vu une fois sa proie lui ëebapper et n'en éprouvait que plue d'ardeur à la re* joindre. Cet b^mme avait tout perdu, même son hcmneur de bandit; il ne lui restait plus qu'une passion, la soif du sang de sou ennemi. Quand 11 offrait son concours dam la battue qui allait se poursuivre, ii se réservait de sa foire justice lui-même et ne voulait pas que Pierre pût se mépinandre sur la main qui le frappait.
Lacooileese de Stolberg était au fait de ces détails : die savait que Point-du-^Jour, Vun des affiliés de la bande, devait guider Texpéditioa contre tes malfaiteurs, et elle mit to«t en œuvre pour avoir un entretien seeret avec cet homme. Claire n'était pas tranquille; la lettre de Pierre reffrafaM. Arrêter le eours du procès deLaure était désormais impossible; Taffaifie avait fait trop de bnûtet d'ailleofs Ciaice ne reculait pas devaat quelques risques pour satisfaire ses inimitiés. Sa fortune et son impunité passée iODaient à ce loéiaose de f uee et d'audace. Seulement, elle avait eu oeiMitamment le soin da
86 ménagerie plus de chances possible, et c'est pour cela qu'elle cherchait à voir Poin^du-Jour. Si Pierre tombait Tivant entre les mains de la justice, elle avait à craindre ses révélations; elle était à l'abri de tout si les gendarmes ne rapportaient qu'un cadavre. Tel était son calcul, et le malfaiteur, qui avait dénoncé la bande, lui paraissait propre à la comprendre et à la servir.
Grâce à l'entremise du comte Gabriel, il fut facile à la comtesse de pénétrer jusqu'à la prison de cet homme. Point-du-Jour parut étonné de l'honneur que lui faisait une grande dame, reçut la bourse qu'elle lui offrit et l'écouta avec attention. Claire n'eut garde de se livrer; elle se dit envoyée par les princesses et chargée d'une promesse de gr&ce si elles recouvraient leurs pierreries. Puis elle ajouta que Pierre avait compromis l'une des dames d'honneur et que la mort de ce bandit serait un titre pour celui qui en purgerait la contrée. Pendant qu'elle parlait ainsi, elle examinait Pôint-du-Jour et Yoyait avec satisfaction se réfléchir sur son visage l'expression d'une haine farouche.
— S'il en réchappe, s'écria-t-il en brandissant le poing, c'est que je n'aurai pas trouvé un couteau à mettre dans cette main-là 1 que je le rejoigne seulement, et puis, bagasse, nous verrons I
—Très-bien 1 mon garçon ; vous rachèterez ainsi votre faute, répondit la comtesse ; vous mériterez votre pard on.
— Mon pardon, madame! Je m'en bats Toeil de mon pardon I mais ce qu'il me faut, c'est de dévorer le foie de C6 scélérat. Voilà, bagasse !
Cet homme était assez monté par sa haine personnelle pour que la comtesse pût se dispenser d'insister. La prudence le lui conseillait; elle y dérogea pourtant. La blessure que Pierre avait faite à son amo ur-propre était encore saignante, et elle ne voulait pas que le misérable emportât dans la tombe le sentiment de Fimpunité. Elle revint donc à la charg e.
— Mon garçon, dit-elle au malfaiteur, si vous voulez qu'en mourant votre ennemi endure un dernier supplice, dites-lui que c'est Claire qui le frappe.
— Merci! Je lui dirai que c'est Point-duJour, et il le verra bien, le scélérat. Oui, bagasse, il le verra.
— Ajoutez-y Claire, mon garçon, c'est un moyen de lai porter un coup affrenx.
— Claire, qu*est-ce que ça !
— Une jeune fille qu'il a perdue. Dites-lui que c'est Claire qui le frappe; vous serez bien mieux vengé.
— Vous croyez 1 alors c'est différent, ^agasse. Je lui dirai : Claire et Point*du-Jour. Ce sera deux coups pour un.
— N'oubliez pas, au moins .
-Je les lui ferai entrer dans la gorge, madame. Vous ne savez pas[quel plaisir i 1 y a à boire le sang d'un ennemi.
3M riKIlILS MOOTON
La comteise ne ripo&dtt à cm deniian mots q&e par u& ftourire liontre^ et quitta à Finstaist i»lme la prMoa.
Pendant ce temps, Pierre afaitneprisjaTîe vagaboade (Um le» montagnes. Il éteit vrai qoe, serré de près, il o'aYut pas pn gagner le tarriteîre italien» et qu'il émit eocons sur le tbMira do ses andens ei|doits, ehugstnt de glta chaque soir, et voué & rexiatenee la plus précsiee. De son ancienne bande» si formidable et si radentés, il n'a? aji eonaorvé qae denx bomanes» Zépbyr et Boutonde-Rose. Ce n'était pas assez pour repcendre roffiDQstfS) et il /allait se borner & déjouer les poursoilei. Souvent ces malheureux manquaient de loirt ; knrs aneiaae mir gasins n'existaient plus, et le aoîn de leur sai^sistaace les occupait tout entier. Pierre avait sur Inl dea valeurs considérables en pierreries, maisoA les échanger? Les cailloux des chemins avaient autant de prit pour eax, et quelques vivres leur eussent été bien plus utiles. La dernière expédition de la gendarmerie, guidée par Pointdu^Jour, avait bouleversé tons leurs repidres. Le souterrain était connu, et il eût été dangereux de leprendfs pour asile. U no restait plus h Pîerfe qne la caveroe secrète, par laquelle il s'éUôt édiai^é le jour de la grande attaque. Il croyait que cette partie du souttrrsiiii isolée par la chute d'eau, était restée ioaeeessibleèla gendarmerie, et qu'on povrait^ sans danger, en faire un nouveau centre d'epén^ions. Seul, Pierro conniii*
sait rissue extérieure ; il y conduisit ses deux compagnons. Son projet n'était pas d'aiUeurs d'y séjourner longtemps : il Youlait attendre que son afEaûre s*as60upit et que la force arootée te départit de sa vigilance. Alors il aurait gagné les pays étranges ayee ses deux lieutenants et ils se promettaient tous trois Hj mener un train de prince et d'y faire la plus magnifique figure. Cette per* pectiveles indemnisait de leurs privations actuelles.
Évidemment, la comtesse de Stolberg avsûtpris trop au sérieux les menaces de Pierre; de sa part, ce n'était qu'un jeu. Au lieu de s'éloigner d'Hyères dans les première jours du vol, il avait cru prudent d'y demeurer caché pédant qu'on le chercherait au loin.'^Les bruits de la vUle arriy^^t ainsi jusqu'à luii et il trouva plaisant de s'y mêler. Delà les tri^ épttres dont Zéphyr avait été k distributeur. Plus tard, quand il se fut de nouveau eon* damné & la vie errante, cet épisode s'effaça de sa mémoire. Il y avait en Pierre deux hommes, le brigafic^ et k comédien : rien hors <k là. Tout lui était instrument; mais quand il avait tiré des choses et des gens le parti qu'il se proposait d'en tirer, il oubliait tout et passait à d'autres împreiMiûns. Ni le sort de Lattre, ni rinjostîce de Claire ne le touchaient donc vivement, et après un moii de vie nomade, il lui rei^t à peine le souvenir de celte partie de ses aventures.
Peur éviter les rencontres fftcbenses, Pierreet ses com-
pagDODS ne quittaient qae rarement leur asile. Cependant les soins de leur subsistance les appelaient souvent au dehors. Il fallait se procurer des vivres soit par des coups demain, soitau moyen d'intelligences qu'ils entretenaient avec quelques mendiants des campagnes. Pour ces excursions, ils choisissaient les nuits les plus sombres et ne les prolongeaient jamais au point d'être surpris par le jour. Jusque-là, toutes ces sorties avaient été heureuses; rien ne les avait troublées. Quand elles devaient avoir lieu, on examinait avec soin l'état de la plaine, les mouvements qui s'y apercevaient, les bruits qui s'y faisaient entendre.
Un soir, une expédition avait été résolue, on était au boutdes approvisionnements. Pierre, aux dernières lueurs du crépuscule, tenait les yeux fixés sur une ligne de buissons qui régnait sur la berge opposée du ravin :
—Eh bien! capitaine, partons-nous 1 lui dit Zéphyr.
— Un moment, mon gars ; il me semble que j'ai vu remuer ces broussailles, et il n'y a pas un souffle dans l'air.
Zéphyr dirigea ses regards vers le point que lui avait signalé Pierre, et répondit, après quelques minutes d'observation :
— Illusion, capitaine, rien ne bouge; quelque béte aura traversé le fourré.
La nuit se fit d'une manière complète, et les trois mal-
faiteurs se décidèrent à partir. De Tonverture de la colline, ils avaient à descendre par un escarpement rapide et en s'aidant des touffes de pariétaires qui croissaient dans les fentes du rocher. La descente eût été périlleuse pour d'autres qu'eux; mais ils y étaient familiarisés et se trouvèrent bientôt dans le lit du ravin. A peine venaient-ils de s'y rallier et de se reconnaître , qu'une douzaine d'hommes embusqués fondirent sur eux en criant :
— Rendez-vous 1 rendez-vous!
Ils voulurent fuir, mais ils étaient cernés; ils déchargèrent leurs pistolets, mais les coups se perdirent dans les ténèbres. Alors une lutte corps & corps commença. Un homme s'était surtout attaqué à Pierre et le pressait vivement. Rampant comme un tigre, il s'élança sur lui par un bond furieux et lui porta un coup de poignard qui le renversa. Pierre chercha à se défendre encore, mais la blessure était profonde: il roula sur le sol. Quand l'agresseur le vit étendu, il se pencha sur lui et, s'approchant de son oreille, lui dit :
—Pierre I c'est Point^du- Jour et Claire qui te frappent ! Claire et Pointnlu-Jour, entends-tu?
Ces paroles parurent ranimer le mourant. D'une main, il saisit son ennemi par la cravate, tandis que de l'autre il lui plongeait son poignard dans la région du cœur.
306 PlE&Rfl MODTOH •
^ Ah I c'est Claûre 1 dit^U oomaui ipuiBé par l'cfart; aht c'est Claire 1 Voilà qui est bon à saroir.
Poift, il retomba immimé prte do cadavra de soa ad- ▼ersaire.