‹ Pierre NozièreChapitre 25 sur 51 · PIE · texte numérisé non relu

PIE

nèse, mais plus fort... Véronèse saute haut comme cela! moi... > |

Et je lui vis faire le geste d'autrefois.

De Îa passerelle du débarcadère, il me cria :

« Venez me voir dans mon atelier, au Point-du-Jour. La rue là..., à droite, n° G. Sonnez fort. »

J'y allai seulement deux mois plus tard. Devant la maison que Jacobus m'avait indiquée, je rencontrai Jean Meusnier, robuste et noueux comme un chêne, et portant sur sa redingote correcte la rosette de commandeur. On eût dit un antique satyre devenu très homme du monde. Il me serra la main. |

« C’est vous!.… Il y a longtemps... Ce pauvre Dubroquet, hein ? Une fluxion de poitrine.…., fichu! »

Et il s'engagea devant moi dans un petit escalier de bois qu'il faisait trembler de son poids.

En montant, il soufflait et grognait :

« Jacré bahut, va! »

Sur le plus haut palier, une femme en camisole, a concierge, secoua tristement la tête et nous dit tout bas:

« Il ne passera pas la journée. Entrez, mes bons messieurs. >

Dans une soupente, sur un mauvais lit de sangle, devant /4 Sirène de 1847, Jacobus râlait.

Il nous fit signe d'approcher et, d’une voix sifflante, très faible, mais encore distincte :

« C’est fini! J ‘emporte avec moi la peinture philosophique... Îls sont tous là, dans ma tête, méà tableaux... Après tout, c'est peut-être un bien, qu'on ne les ait pas

vus... Ça aurait fait trop de peine aux camarades. »

L'agonie, assez douce, dura cinq heures et se termina vers minuit.

Jean Meusnier ferma les yeux de son vieux copain et, pensif, revoyant toute sa vie, songeant au mystère dé3 choses, comme effleuré d’un grand coup d’aile invisible, il porta la main à son front et murmura dans un étonnement douloureux : € Sacré bahut! »

er

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