‹ Pierre NozièreChapitre 44 sur 51 · RL · texte numérisé non relu

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bagatelles, et l’on voit bien que nous sommes en vacances.

En entrant dans l'église, le regard s'arrête sur un beau jubé de la Renaissance qui tend, dans la nef, son arche élégante de pierre blanche et de marbre noir. Sur la balustrade de ce jubé s'élèvent quatre statues peintes. Elles sont dans le goût affreux de la Restauration et représentent trois chevaliers, avec de superbes panaches, et une belle demoiselle habillée à la turque. ÏÎls sont tous quatre très ridicules et semblent jouer Zaïre devant la duchesse d’Angoulême. Je vous dirai tout à l'heure qui sont ces trois chevaliers et cette jeune musulmane. Qu il vous suffise de savoir pour le moment de ils rapportèrent d’ Égypte li nee miraculeuse qu’ on vénère depuis lors dans l'église où nous sommes.

Il faut passer sous le jubé pour voir la petite Vierge de Liesse assise dans le chœur au-dessus de l’autel. C’est une Vierge noire. J'ai toujours eu beaucoup de goût et de curiosité pour les Vierges noires, qui sont toutes fort anciennes. Elles ont des manteaux en forme d'abat-jour. Elles sont évasées et courtes. Cela tient à ce qu'elles sont assises et qu'on les habille comme si elles étaient debout, et il ya là un mépris touchant de la forme humaine. Les Grecs avaient aussi leurs idoles noires. C'était, comme les nôtres, des statues de bois informes et prodigieuses. Ils en attribuaient l'origine à Dédale, et ils vénéraient ces rudes images noircies par le temps. Ils les couvraient aussi de voiles précieux. Les cultes se ressemblent plus qu'on ne croit. Si, par une opération magique, la vieille paysanne, que je vois ici mâchant des prières sous son capuchon de

laine, était transportée subitement à Pessinonte, dans le

sanctuaire relevé et rendu aux mystères antiques, elle achèverait sans trop de surprise, au pied de la Bonne Déesse, l’oraison commencée devant la Sainte Vierge. Il faut tout dire : la véritable Vierge noire de Liesse fut brûlée en 1795, et celle qui la remplace n'est, à mon gré, ni assez naïve ni assez antique. On assure qu'un peu du bois de l’ancienne, tiré du feu, à été retrouvé et mis dans la nouvelle, et les dévots peuvent en recevoir quelque consolation, car ils estiment ce bois plus excellent que celui de l’arche de Noé. Mais qui rendra la petite idole vêtue d’un abat-jour à ceux qui estiment,avec l'évêque S'ynésius, que toutes les antiquités sont vénérables ?

C’est au fond de l’église à gauche, dans la sacristie bâtie sous Louis XIII, qu'est le trésor, aujourd'hui bien appauvri, de Notre-Dame de Liesse : des cœurs en vermeil, des montres avec la chaîne, de ces grosses montres d'argent quon appelle oignons, une pendule à sujet, des bâtons et des béquilles, quelques vieilles croix d'honneur, un hausse-col de capitaine, deux paires d'épaulettes.

J’ai découvert dans un coin de la sacristie, avec attendrissement, une de ces bouteilles dont nous parlions tout à l'heure, qui ont le goulot soudé et dans lesquelles nagent des emblèmes en verroterie. Sans doute, la bonne femme qui fit ce présent à la Vierge noire lui dit: « Pour votre petit, madame! » Et, en effet, Notre-Dame de Liesse tient sur ses genoux un enfant Jésus debout et les bras ouverts. Mais on chercherait en vain dans ce pauvre trésor, où l’araignée tend sa toile, le cœur d’or apporté par l’abbesse de J ouarre, les villes d'argent apportées par les cités de Bourges, de Reims, de Mézières, d'Amiens, de

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