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Laon et de Saint-Quentin, le navire de la municipalité de Dieppe, le bras d'argent du capitaine de Hale, le navire d'Henriette de France, reine d'Angleterre, et la mamelle d’or de la reine de Pologne. Ces dons précieux ont disparu. Louis XIV fit fondre et envoyer à la Monnaie ce qui restait, en 1690, du trésor de Notre-Dame de Liesse. Il fallait sauver la patrie. Il fallait la sauver en 1792. Les mêmes nécessités commandent les mêmes actes.
C'est en faisant des guérisons que la petite Notre- Dame noire du pays de Laon s’était surtout enrichie. Elle délivrait aussi les possédés. On raconte qu une femme de Vervins, nommée Nicole, qui donnait tous les signes de la possession, fut conduite à Liesse et y éprouva un grand soulagement. Mais son entière délivrance, assure le chanoine Villette, qui florissait à la fin du XVIIIe siècle, ne fut achevée que plus tard, dans l'église cathédrale de Laon, par les soins de l’évêque. Belzébuth parut aux yeux de Monseigneur et lui fit un aveu qui dut lui coûter :
« La Vierge Marie, lui dit-il en confidence, vient de m'enlever le secours de vingt-six de mes compagnons en les faisant sortir du corps de cette femme. »
Notre-Dame de Liesse rendit au sire de Couci ses deux enfants qui étaient perdus. C'est elle qui, invoquée par un larron qu'on pendait, vint, de ses bras qui avaient porté Jésus, soutenir le malheureux pendantles trois jours qu'il demeura attaché à la potence. Mais je crois bien me rappeler que ce miracle, mis en rimes par les trouvères, est également attribué à Notre-Dame de Chartres. La Vierge de Liesse faisait évader les prisonniers et mettait
volontiers son pouvoir à s'opposer à l'exécution des arrêts
de justice. Je ne l’en blâme pas ; je l'en loue, tout au contraire, tenant la grâce meilleure que la justice. Durant quatre ou cinq siècles, elle fut assiégée de solliciteurs. Les pèlerins, venus de toutes les parties du royaume, suppliaient, les mains jointes, la belle dame de Liesse de ne point dormir tandis qu ils lui parlaient. Maintenant elle sommeille en paix dans son sanctuaire déserté. Ne troublons point son repos et vénérons en elle la foi, l'espérance et la charité de tant d’âmes qui passèrent avant nous sur cette terre où nous passons.
Si l’on vient du château de Marchais, avons-nous dit, on rencontre, à droite sur la route en entrant à Liesse, trois ormes autour d'une chapelle grillée. On les appelle les Trois-Chevaliers, en mémoire des trois fils de la dame d'Eppes, qui rapportèrent d'Égypte en Picardie l'image miraculeuse qui fut ensuite vénérée sur la terre de Liance, dite depuis terre de Liesse.
Voici l’histoire des trois chevaliers d'Eppes et de la
belle Ismérie :
HISTOIRE DES TROIS CHEVALIERS D'EPPES Me Dh LA BELEE AOIRPIRPRE mOi Oo). ©
N ce temps-là, Foulques, comte d'Anjou, de Touraine et de Mayenne, roi de Jérusalem, prit
d'assaut Césarée de Philippes, qui était l’ancienne ville
de Dan, située à l’une des extrémités de son royaume. Il rebâtit le château de Bersabée, qui était à l’autre extrémité, et rétablit ainsi dans son entier le royaume de David et de Salomon, qui S ’étendait, dit Dhortones de Dan à Bersabée.
La garde du château de Bersabée fut confiée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, érigés en ordre militaire environ trente ans auparavant, sous le règne de Baudouin 1°. Or, au nombre de ces chevaliers étaient trois frères de l’illustre maison d'Eppes, en Picardie, dont l’aîné se nommait le chevalier d'Eppes, le second le chevalier de Marchais, et le plus jeune le chevalier aux armes blanches. Madame d'Eppes, leur mère, possédait de grandes et belles terres dans le pays de Laon. Mais ils avaient pris la croix du pèlerin et porté dans la terre sanctifiée par le sang de Jésus la bannière d'Eppes aux alérions d'or. Et parce que leur prudence et leur courage étaient connus, Foulques d'Anjou leur avait désigné pour poste le château de Bersabée qui, situé à seize milles d’'Ascalon, était sans cesse menacé par les Sarrasins.
En effet, Ascalon, ancienne ville des Philistins, était au pouvoir du calife d'Égypte, qui y envoyait quatre fois l'an, par terre ou par mer, des armes, des vivres et des troupes fraîches. La population de cette ville était nombreuse et toute guerrière. Chaque enfant mâle recevait dès sa naissance, sur le trésor du calife, la paye d'un soldat en campagne. La garnison, composée de soldats très farouches, faisait des sorties fréquentes.
Un jour, les trois fils de madame d'Eppes, tandis
qu'ils chevauchaient à quelque distance du château de
Bersabée, furent surpris par une troupe de cavaliers sarrasins, et, malgré leur résistance opiniâtre, ils furent pris et conduits au Caire.
Le calife s'y trouvait alors. Ayant appris que les trois prisonniers chrétiens étaient d’une extraordinaire beauté, il fut curieux de les voir et il les fit amener dans le jardin où il prenait le frais, sous des buissons de roses, au murmure des fontaines. Les fils de madame d'Eppes passaient de toute la tête les turbans de leurs gardiens; leurs épaules étaient très larges, et le calife reconnut qu'on Jui avait fait un rapport fidèle. Voulant s'assurer s’ils avaient autant d'esprit que de beauté, il leur posa plusieurs questions auxquelles ils répondirent avec une sagesse et une modestie dont il fut charmé. Mais il n’en laissa rien paraître ; il affecta au contraire de renvoyer les prisonniers avec dédain et il ordonna qu'ils fussent enchaînés dans un cachot obscur.
Son dessein était de les réduire, par de mauvais traitements, à abjurer la religion du Christ et à embrasser le culte de l’idole Mahom, auquel il était attaché comme sont tous les sarrasins. C’est pourquoi il fit enchaîner les trois chevaliers dans un cachot sur lequel passait le fleuve Nil.
Puis il leur fit dire par un de ses vizirs qu'il leur donnerait un palais avec des jardins, des armes précieuses, un cheval syrien tout sellé et des esclaves très belles, jouant de la guitare, s'ils consentaient à adorer l’idole Mahom.
Certains des voyageurs, qui ont été interrogés, affirment que les mécréants sarrasins n’élèvent point de
figures à la ressemblance de Mahom. S'ils disent vrai, il faut entendre que le calife fit des promesses aux chevaliers à condition d’obéir à la loi de Mahom, et cela ne change rien à la vérité du récit.
Quand le vizir eut dit ce que le calife offrait et à quelles conditions, le chevalier d'Eppes songea aux jardins pleins d'eaux vives et soupira; le chevalier de Marchais songea aux belles esclaves et demeura rêveur; le chevalier aux armes blanches songea au cheval syrien et aux lames de Damas, et un grand cri jaillit comme une flamme de sa poitrine. Mais tous trois repoussèrent les présents du calife.
En vain le gardien de la prison, qui était un vieillard” abondant en discours, leur conta les plus beaux apologues arabes pour leur persuader de quitter la foi chrétienne; ils ne se laissèrent pas séduire par des contes ingénieux, non plus que par l'exemple d’un baron normand qui, s'étant fait adorateur de Mahom, vivait à Smyrne de fruits confits, avec une douzaine de femmes quil vendait quand elles ne lui plaisaient plus.
Par tout ce quon lui rapportait de leur constance, le calife vit bien que les trois fils de madame d'Eppes ne viendraient à la religion sarrasine ni par la peur des supplices ni par l’appât des richesses et des voluptés. Il se flatta de les y amener par la dialectique. I leur envoya dans leur cachot les plus savants docteurs arabes qui leur tenaient chaque jour Jes raisonnements les plus subtils. Ces docteurs connaissaient Aristote; ils excellaient dans la mathématique, dans la médecine et dans l'astronomie.
Les trois fils de madame d'Eppes ignoraient l'astronomie,
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