CHAPITRE X
donnez-nous riiumilité, la vertu solide : avec cela nous serons assez riches ! ^^
Durant cette période, la correspondance du Frère Olivaint avec ses amis, sans s'interrompre tout à fait, devient naturellement moins active. Quelques lettres cependant ont été conservées, qui exhalent ce parfum de piété et de tendresse qu'il respirait lui-même avec tant de joie dans les œuvres des saints docteurs. Chez lui comme chez eux on trouve, pour emprunter son expression gracieuse, « des paroles charmantes qui viennent tout à coup s'épanouir comme des fleurs. »
« J'apprends avec plaisir, écrivait-il le 29 mai 1849, que Y*** va passer son dernier examen, et qu'il porte une grande barbe ; mais, entre nous, est-il un peu plus sage? S'il m'en souvient bien, il avait un peu peur de moi jadis. Sans faire le croque-mitaine, malgré ma soutane noire, je voudrais bien l'engager à devenir tout à fait bon enfant, c'est-à-dire à joindre aux bonnes qualités qu'il avait déjà quelques autres qui lui manquaient encore. Mais avec la barbe j'espère qu'elles auront poussé, l'éloignement de Paris y contribuant un peu, comme aussi tes conseils et ton exemple. »
Il se réjouissait surtout et bénissait Dieu du notable changement qui s'opérait dans les sentimenfs de sa mère. Au moindre progrès qu'il remarquait en elle, son cœur s'épanchait avec reconnaissance dans le cœur d'un ami.
« Ma mère m'a écrit, il y a quelques jours, une bien bonne petite lettre, qui m'a fait plus de plai-sir
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que toutes celles qu'elle m'avait adressées jusqu'ici depuis mon départ.... J'espère bien que le bon Dieu ne cessera pas de veiller sur ma pauvre mère : je l'ai quittée pour lui. Il la soignera pour moi. J'ai confiance que le sacrifice même qui lui a tant coûté tournera à sa consolation, malgré les larmes qu'ellepeut verser encore.
« Si la vie qui nous attend dans l'autre monde est bien heureuse, il faut avouerquelavie d'ici-bas, pour quelques-uns surtout, est bien amère, et ma pauvre mère a eu largement sa part de tribulations et d'angoisses. Mon cher ami, c'est une raison pour moi d'espérer davantage ; car enfin notre Dieu est le bon Dieu et sa miséricorde dépasse infiniment nos misères. Le départ de mon frère Jules pour La Rochelle aura été encore une peine de plus pour ma mère. J'admire avec quelle résignation elle m'en paile. Elle est toujours généreuse. «
Les événements politiques qui suivirent la révolution de Février n'avaient pas troublé la paix du scolasticat de Laval. La vie des théologiens restait toujours partagée entre la prière et l'étude.
Cependant, vers la fin de septembre 1849, la maison de Saint-Michel fut en grand émoi. Le R. P. Roothaan, général de la Compagnie de Jésus, chassé de Rome avec Pie IX par la Révolution, profitait des jours de son exil pour visiter les maisons de France. Son arrivée à Laval causa une immense joie parmi cette nombreuse famille qui comptait elle-même plusieurs proscrits.
Pour donner à la récciHion une plus grande solen-