CHAPITRE X
viser le divin (lambeau. Il faut, disait-il, que le clergé recouvre la science sacrée que doivent garder ses lèvres. Satan est logicien, comme on aimait à dire au moyen âge; il déploie contre le Christ et, son Église toutes les ressources de sa fausse science et de son infernal génie. Au nom de l'avenir et du progrès, l'erreur, se survivant à elle-même, reparaît avec ses vieilles doctrines mille fois vaincues, qui n'ont changé que de forme et de nom et dont le triomphe rejetterait le monde vingt siècles en arrière.
« Mais contre cet amas d'absurdités grossières et de honteuses conséquences, ne suffit-il pas d'en appeler à la conscience et au bon sens? Ne nous y trompons pas ; il y a autre chose aussi dans ces doctrines, par où elles assurent leur empire sur les âmes, et nous imposent, à nous, l'obligation d'un rude labeur, Omnia adversus veritaiein de ipsa veritate constructa sunt, a dit Tertullien : c'est sur des pierres arrachées au temple de la vérité que l'erreur asseoit son édifice maudit. »
Ici, le Frère Olivamt évoquait de récents souvenirs; il racontait à ceux qui n'avaient pas traversé le môme milieu comment l'erreur, « non contente de pervertir la raison par le raisonnement, s'efforce d'enrôler la foi môme sous la bannière rationaliste; comment elle détache quelques pierres du monument immortel et crie ensuite à tout l'univers : Reconnaissez-moi, je suis la vérité, je suis le christianisme! «Il signalait ces nouveaux Alexandrins, ces Gnostiques modernes dont il avait entendu les mai-
%k9> PIERRE OLIVAINT.
très célèbres. Pour combattre ces habiles adversaires, il conviait ses frères à ne rien négliger, ni la théologie, ni la philosophie, ni l'histoire. « Quels regrets n'aurions-nous pas, disait-il, si, dans un avenir qui n'est pas loin peut-être, — tant la Providence semble presser sous nos yeux le dénouement des révolutions, — nous n'étions pas prêls à dispenser le trésor de la science aux générations avides, aussi libéralement au moins que nos rivaux ! »
Mais, pour en arriver là, il faut bien plus que l'étude et la science : il faut la piété et la vertu. « L'homme sans la piété, sans la vertu, pervertit la science qui le pervertit à son tour, scientia inflat; il met au hasard son propre salut par les dons mêmes qui devaient l'assurer en sauvant aussi ses frères. Qu'il est facile d'abuser delà science! que les succès y sont dangereux; que l'encens des louanges qu'elle attire est subtil et pénétrant; que sa vapeur monte vite à la tête et trouble aisément les résolutions d'humihté qu'on croyait les plus solides, — et combien n'en avons-nous pas vu, de nos jours même, que le vertige de la gloire humaine a précipités dans les égarements les plus déplorables!
« 0 mon Dieu! vous pénétrez le fond de nos cœurs ; si nous vous supplions tous les jours de bénir nos travaux, c'est seulement en vue de votre plus grande gloire. Mais, si nous devions nous attribuer vos dons, les prostituer et nous perdre en achetant par eux de misérables distinctions et de vaines louanges, Seigneur, ne nous introduisez pas dès cette vie dans le sanctuaire de votre science ; donnez-nous votre amour,