‹ Pierre OlivaintChapitre 167 sur 293 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

eux l'idéal de la sagesse antique : menssana incorpore saiio?

Le P. Olivaint se dit qu'il y avait à éviter un double écueil : trop de sévérité et trop d'indulgence. Pour ces plus jeunes enfants surtout, il fallait évidemment ménager la transition entre le régime facile de la famille et la discipline exacte du collège. Le recteur de Vaugirard y réussit fort bien, grâce aux soins tout maternels dont il sut entourer les petits élèves de la division de Saint-Joseph*.

Bien qu'il fût secondé par le dévouement de plusieurs Pères dont les noms sont restés chers aux enfants, le P. Olivaint voulait s'assurer par lui même que rien ne manquait, sous aucun rapport, aux benjamins de sa famille.

Chaque dimanche, dès le matin, après la sainte Messe, tous ces chers petits venaient très-exactement faire visiteauPèreRecteurdanssachambre. Là, celui-ci les passait minutieusement en revue, se rendant compte de tous ces détails de toilette et de propreté qui semblent être exclusivement du ressort de la vigilance maternelle ; puis, feuilletant le registre où se trouvaient inscrites les notes de la semaine, il disait à chacun quelques mots d'encouragement, de félicitations ou de blâme. A la fin, la petite bande se tournait d'instinct vers le tiroir d'où devait sortir la fa-

1. La division de Saint-Joseph occupait la maison de M. Olier, berceau de la Compagnie de Saint-Sulpice. Un historiographe de Vaugirard, aujourd'hui missionnaire en Chine, dit fort à propos des petits cnfauits qu'on y élevait : Quasi modo genili mfanies lacté doctrinx cnutriuntur. — Aujourd'hui cette division habite les bâtiments plus vastes et plus commodes du nouveau zi«<if Pensionnat.

meuse boîte aux dragées. Le plus sage, parfois le plus étourdi était chargé de la délicate mission d'offrir des bonbons à tous, en commençant par le Père surveillant, infaillible moyen d'adoucir l'amertume des reproches et de donner plus de prix aux bonnes notes.

Il fallait absolument que le Père Recteur eût sa part de toutes les joies de Saint-Joseph. Tantôt on amenait solennellement chez lui les beaux moutons mérinos, gracieux cadeau fait aux petits écoliers par M. le marquis de Henestrosa; tantôt le P. Olivaint allait lui-môme assister aux jeux, aux fêles pieuses, aux illuminations, admirer les oiseaux et les écureuils dans leurs grandes cages; et quand les enfants avaient été plus sages encore que de coutume, il officiait avec pompe dans leur chapelle particulière, leur donnait la bénédiction du saint Sacrement et leur adressait môme un sermon. Jamais sermons ne furent mieux écoutés, parce que rarement il s'en trouva de mieux appropriés à l'auditoire. Tandis que le P. Olivainlparlait, tous les yeux étaient fixes sur lui, et une si parfaite communication s'établissait entre le prédicateur et son petit peuple, qu'un beau jour le Révérend Père ayant usé de la forme interrogative : « N'est-il pas vrai que vous aimez bien votre maman? » Un enfant répondit tout haut : « Ah! oui, mon Père. » Il en usait d'ailleurs de même avec les élèves des deux autres petites divisions qui lui étaient amenés à leur tour, par escouade de dix à douze, si bien qu'il les avait vus tous une fois au moins en quinze jours.

A ces ménagements pleins de tendresse, le P. Oli-

Page 1