CHAPITRE XIIL
je visse le P. Olivaiiit. Si j'ai pu passer les années de ma jeunesse sans déshonneur, c'est à lui, à sa douce fermeté, à son ailection persévérante que je le dois. Et ce n'est pas seulement pour la direction morale de ma vie de jeune homme que son influence m'a été précieuse. En toute circonstance, ses conseils ont été pour moi la voix même de la sagesse, et toujours je me suis bien trouvé, même pour les choses les plus étrangères à ses préoccupations habituelles, d'avoir suivi ses avis. Je n'ai jamais connu un esprit plus ferme, plus prudent et plus sûr, et en même temps un cœur plus tendre et plus dévoué. Aussi je le vénère et le consulte, même absent, comme un père et un ami. Que puis-je vous dire de plus? En écrivant ces lignes, ce sont les meilleures années de mon enfance et de ma jeunesse qui repassent devant moi. »
Combien d'élèves de Yaugirard pourraient parler de même et rendre à la mémoire du P. Olivaint ua semblable témoignage de leurs reconnaissants sou>« venirs !
Le Recteur de Vaugirard avait quelque sorte de préférence pour les caractères difficiles qu'il sentait, pour ainsi dire, frémir sous la main qui voulait les dompter.
Un père de famille, très-effrayé des terribles colères de son fils, tout jeune encore, disait un jour : a Je ne puis faire un reproche à cet enfant, qu'il ne trépigne aussitôt. — Fort bien, cher ami, répliqua le P. Olivaint, c'est par les pieds que les enfants prouvent qu'ils ont de la tête. »
Parmi les élèves dont peut se glorifier davantage
Vaugirard, il faut placer aux premiers rangs Paul Odelin. Plus lard nous aurons à signaler sa généreuse mort, pleurée et admirée par tous ceux qui avaient connu ce cœur si bon et si vaillant. Paul, au collège, était le type de l'écolier pétulant, prompt aux saillies, plein d'aimables malices, travaillant à ses heures, d'ailleurs d'une foi, d'une franchise et d'une candeur qui lui valaient l'estime universelle de ses maîtres et de ses camarades. Sa mère cependant n'était pas sans inquiétude sur l'avenir. Le P. Olivaint la rassurait : « Ne craignez rien, disait-il, je réponds de lui. Sans doute, Paul pourrait être plus sage et mieux travailler; mais il est intelligent, il a du cœur, laissez faire le temps, vous verrez plus tard. « Paul avait, parmi ses qualités ou ses défauts, beaucoup de ce qu'on est convenu d'appeler Yesprit parisien. Ce n'était pas un motif pour le P. Recteur de l'en aimer moins; seulement il tâchait d'en réprimer l'excès et de le tourner au bien. Un jour le P. Olivaint écrivait à la pieuse mère de cet enfant qui achevait alors ses études : « Je suis content de Paul : il a montré du caractère. » Paul, dans une lettre, raconte ainsi cet incident. « J*ai vu le P. Recteur. Je l'avais déjà rencontré hier, et il m'avait dit un bonjour affectueux, en me laissant pour adieu ces quelques mots : « Je suis content de vous. » Je suis allé le voir aujourd'hui. Comme je le quittais, il me rappela et me dit encore ces mêmes paroles : « Je suis content de vous^ » en me demandant si je voyais pourquoi il me félicitait ainsi. Je lui répondis que je n'en devinais pas le motif. Il m'épargna des recherches plus longues et me dit: « C'est parce que vous