CHAPITRE XIII
avez un jour montré de l'énergie. Je vous suis clans certains petits détails, et je sais d'une manière certaine que vous avez franchement prononcé votre jugement à propos d'une affaire périlleuse et que vous voies êtes posé en face du mal pour le bien. Je vous félicite. »
«Vous jugez, poursuivait Paul, si cela m'a encouragé, d'autant plus que le Père continua sa petite allocution en m'exhortant à demeurer toujours dans ces dispositions et avec la franchise de mes convictions. Je le lui promis bien , et je partis après avoir échangé avec lui une cordiale poignée de main* ».
C'est ce même enfant, ainsi façonné par la douce fermeté du P. Olivaint, qui, déjà élève de philosophie, commit en classe une légère infraction à la règle, pour laquelle il fut puni. Jugeant le châtiment injuste ou disproportionné avec le délit, Paul conçut une colère violente contre son professeur : « Quoi qu'il advienne, quoi qu'on puisse me dire, je ne lui pardonnerai jamais, et plutôt que des excuses, puisqu'il me pousse à bout, je lui dirai des sottises! Je crois que je suis possédé, comme Oreste, par les furies. ... Adieu, chère maman, je suis furieux, je ne sais qui me calmera. >• Ainsi écrivait-il sous le coup de la passion. Le lendemain, dans une autre lettre à sa mère : « Je m'empresse, disait-il, de vous écrire, afin de vous rassurer. Hier soir, je suis allé me confesser; aujourd'hui je fais la sainte communion, je suis parfaitement calmé. »
Pour vaincre le « sentiment de froideur qui lui res-
1. LetU-e citée dans la notice intitulée Paui Odc/m, lieutenant de 7yiobiles, tué à la manifestation de la place rcnddm«.... Paris, Albanel et BaitOQweck, 1875.
tait au fond de l'âme vis-à-vis de son professeur, » le généreux enfant avait été spontanément servir la messe de ce Père et recevoir de sa main TAgneau de Dieu, modèle d'humble douceur.
Voilà ceux que le P. Olivaint chérissait. Dans les circonstances critiques où l'étourderie, l'insubordination plaçait parfois un enfant, il avait volontiers recours aux parents, aux mères surtout, pour s'entendre sur la meilleure conduite à garder.
Un jeune enfant s'était tellement monté la tête que l'on craignait de ne pouvoir le garder au collège. Ni les remontrances paternelles, ni les exhortations du P. Recteur n'avaient pu vaincre son obstination, et la pauvre mère était retournée chez elle, le cœur bien gros, remplie d'inquiétude pour les conséquences de cette rébellion. A neuf heures, le même soir, un exprès arrivait de Yaugirard, porteur de cette lettre du P. Olivaint :
« Pauvre Madame,
« Je m'empresse de vous écrire; après votre départ, nous avons fait appeler votre cher enfant; il a promis de ne faire aucune sottise, de se calmer, de se soumettre à ce que son papa décidera. Bénissons Dieu de ce premier avantage. Continuons de prier* ayez confiance, grande confiance. Tout ira bien.
« J'ai voulu vous éviter la mauvaise nuit que vous auriez passée et les larmes que vous auriez versées si vous aviez ignoré ce premier résultat. Il est important que M. X. vienne demain matin; venez avec