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CHAPITRE XIII

avouait simplement que, loin de la redouter, il l'attendait avec calme et l'appelait avec joie. « C'est d'ailleurs, écrivait-il, une vertu de famille que cette pensée de la mort. Mon père en parlait toujours et je me rappelle qu'une fois, s'étant mis en grande tenue, comme ma mère y mettait la dernière main, il se prit à énumérer toutes les parties de son corps en cette manière: Ces épaules qui portent des épaulettes seront rongées des vers, cette poitrine couverte de cordons d'or sera rongée des vers, cette tête sera rongée des vers, ces moustaches aussi, — et il en avait de formidables. Ma mère était consternée, et moi, petit enfant alors, j'étais bien frappé. Il mourut peu de mois après. Pour moi, pauvre malade, vous dirai-je que la mort serait le comble de mes vœux, et cela depuis bien longtemps ? J'ai beau chercher, je ne vois pas que je puisse avoir le plus petit regret. Quant à la peur, c*est bien mal, mais je ne puis parvenir à en avoir, pas plus que de regret. Seulement, je crains que cette absence de peur ne soit l'œuvre du démon. Et quant à la joie, oh ! qu'elle sera grande de troquer, à vingt-trois ans, la terre contre le ciel! »

Quand vint l'été, le Frère André partit de Cannes pour Versailles, et peu de temps après, averti par un irrésistible instinct, il pria sa mère d'aller sans retard demander au R. P. Provincial la faveur d'être transporté à Vaugirard. Il fut aussitôt exaucé. Ce fut là que le P. Olivaint, premier confident de la vocation d'André, vint achever auprès de lui sa tâche providentielle, en lui annonçant que l'heure solen-

nel d'un autre appel de Dieu était venue. A cette nouvelle, le jeune religieux, embrassant son père avec effusion: «Jamais on ne m'a fait tant de plaisir, s'écria-t-il. Mourir! mais ;'e n'ai jamais vécu que pour cela. Oh, quel bonheur! Tant mieux! Je vais aller voir Dieu ! »

« Pauvre enfant! » dit le P. Olivaint. « Dites plutôt heureux enfant ! mon Père. N'était ma mère, les jours que je traverse seraient les plus heureux de ma vie. »

Ce n'étaient plus des jours, mais des heures qu'André avait à compter. « Je suis d'une impatience, disait-il; quand cette mort arrivera-t-elle? » -— Et s'adressant à sa mère: « Quand je songe que demain ce sera un bonheur sans fm ! Pensez donc, maman, un bonheur sans fm! Pourquoi pleurez-vous, puisque je vais au Ciel? »

Après une dernière visite, le P. Olivaint dit avec émotion : « Je quitte cet enfant ; c'est un vrai prodige. 11 a demandé à me voir en particulier. Il a pris toutes ses dispositions et fait toutes ses recommandations avec un tel calme, avec une telle lucidité d'esprit, qu'à chaque instant je me disais: Mais ce n'est pas là un mourant ! »

— a Tu souffres, dis -moi quelle est ta souffrance, lui demanda la comtesse Charles de Montalembert. — Ma souffrance est de ne pas mourir assez vite....» Puis se reprenant: « Mais non; je ne souffre pas; ce n'est pas si dur qu'on croit de mourir, c'est au contraire bien doux.

— Tu ne crains pas la mort?...

— Non ! je suis ravi..., je m'en vais en dansant.,.. »

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