CHAPITRE XIV
dans Jes lieux où naguère elles-mêmes étaient errantes et perdues ! Aussi, grâce aux recrues de leur zèle, le nombre des premières communions s'est augmenté d'année en année. »
Animées par ces exemples, on vit «des jeunes filles non moins distinguées par le dévouement et la piété que par la fortune » consacrer leurs soins à cette œuvre dont les fruits sont merveilleux^
Ces enfants, venues on ne sait d'où, sont, au début, suivant le mot du P. Olivaint, « des espèces de sauvages » au milieu des raffinements de notre civilisation. Quelle grossièreté ! quelle rudesse ! quelle malpropreté ! quel éloignement de la discipline, de l'ordre, de l'obéissance! quelle horreur de tout jougi Il faut parfois quatre ou cinq mois pour opérer une transformation qui les mette en état de s'approcher du divin banquet. Peu à peu se fait un changement merveilleux que Tune d'elles, âgée de dix-sept ans, constatait pour son compte, avec une naïveté charmante, en s'écriant: « Est-ce bien moi? »
Et comment a lieu cette sorte de métamorphose? Le P. Olivaint 'explique :
« L'esprit de Jésus qui règne à Vaugirard exerce une douce influence sur ces natures presque sauvages; une atmosphère d'ordre, de paix et de dévouement enveloppe ces âmes ignorantes du bien, et la
1. Depuis sa fondation, l'OEuvre de l'Enfant-Jésus a reçu 7785 jeunes filles : 5780 ont été admises comme convalescentes; 2045 ont fait leur première communion; 1142 ont été placées; 447 ont été reçues jusqu'à 21 ans dans des maisons religieuses; 30 se sont consacrées à Dieu dans diverses congrégations. {Compte rendu de 1877.)
grâce, comme Taurore avant le soleil, y pénètre avaiU que Jésus s'y révèle par la communion. On les voit s'adoucir à mesure que l'heureux jour approche; les ténèbres sont moins épaisses, les volontés moins rebelles ; les figures, parfois révoltantes et dégradées, prennent elles-mêmes une expression de bonté et de douceur.... On en voit qui, le jour de la première communion, mouillent de larmes la table sainte. Une d'elles, entendant lire, dans la Passion, la contrainte faite à Simon le Cyrénéen pour porter la croix de Jésus, s'écriait : « Hé bien, moi, j'aurais voulu la porter seule, » Chose plus touchante encore, une fois loin du pieux asile qui les a recueillies, elles persévèrent, sauf de rares exceptions, dans la pratique chrétienne. Il en est qui ont souffert, avec une patience héroïque, les mauvais traitements de parents impies, plutôt que de manquer au devoir dominical ou de manger gras le vendredi ; d'autres ont fait un trajet de deux lieues, à jeun jusqu'à onze heures, pour se procurer le bonheur d'une communion.
ce L'une de ces enfants était atteinte d'une grave maladie de poitrine, et la joie de recevoir Notre-Seigneur réagit sur sa santé, au point d'étonner le médecin. Une autre, jusqu'alors à peu près muette, recouvre la parole à force d'efforts pour répéter les leçons du catéchisme. Un dimanche, une pauvre petite arrive au patronage avec ses vêtements de la semaine et l'air bien triste ; elle avait pleuré. On lui demande la cause de son chagrin ; son père l'a battue, il exige qu'elle travaille et lui rapporte trois francs. Aussitôt ses compagnes, presque aussi pau-