CHAPITRE XIV
Les douleurs augmentant, le médecin voulut donner du chloroforme au moribond. Sa mère s'en aperçut: «Non, non, s'écria-t-elle, n'enlevez pas à mon fils le mérite de ses souffrances. 5> Et comme le docteur interrogeait Albert du regard : « Cher docteur, dit celui-ci avec un sourire, je suis toujours de l'avis de ma mère. » Quelques instants après, «l'enfant de Marie», comme il s'appelait lui-même, rendit son âme innocente à Jésus, qui déjà la possédait. Le P. Olivaint lui ferma les yeux, et peu après il racontait aux bienfaitrices des enfants délaissés, comment Tune d'elles avait reçu au milieu de son deuil et dans la mort de son fils une ineffable récompense.
Revenons à l'OEuvre de l'Enfant-Jésus. Ouvrir un asile, trouver des ressources, ce n'était que la moitié de la tâche; le plus difficile restait à faire. Comment arracher les pauvres jeunes filles des faubourgs à leurs ateliers, à leurs mansardes, à leur vie désœuvrée et vagabonde? Les dames zélatrices pouvaient bien tenter une expédition aventureuse dans ces quartiers excentriques, mais comme ilétait malaisé d'y faire quelque conquête ! A cette industrie du zèle qui ne fat pas négligée, le P. Olivaint enjoignit une autre plus efficace. Il fit, des enfants qu'il avait sauvées, les apôtres de leurs compagnes. « Il ya quelques mois, disaitil en février 1861, deux jeunes filles de dix-sept àdixhuit ans se rendaient ensemble du faubourg Saint- Antoine à Vaugirard. Une grande pensée les préoccupait, et, sur leur chemin, elles entraient dans chaque église, pour demander à Dieu d'exaucer leurs vœux secrets. Qu'allaient-elles chercher dans leur course
lointaine? Était-ce de l'ouvrage, était-ce du pain pour elles si pauvres ? Oh ! non ; un intérêt bien plus considérable les mettait en mouvement, une pensée plus élevée dominait dans leurs âmes. L'une d'elles n'avait pas fait sa première communion ; l'autre, plus heureuse, avait accompli ce grand acte, et devenue apôtre, elle avait inspiré à sa compagne le désir de s'agenouiller aussi à la table sainte. Yoilà l'œuvre, dans un seul trait, voilà sa physionomie toute de zèle.
«Au fond, cette œuvre, c'est le germe eucharistique qui tend à se développer dans les âmes ; c'est Jésus attirant à lui les âmes, rentrant, par la communion, en jouissance des âmes que le démon lui avait ravies. Il y a ici tout un apostolat. Ces jeunes filles, elles aussi, sont apôtres, quand le cœur de Jésus les a préparées dans sa maison. Si vous pouviez assister à la cérémonie touchante de leur première communion ! Si vous les voyiez à ce moment où on leur demande de lever la main en gage de leur bonne volonté à sauver les âmes! Avec quel empressement toutes les mains se lèvent!
« Et ce n'est pas là une vaine promesse; car elles sont ingénieuses à faire arriver jusqu'aux pauvres âmes qu'elles connaissent encore égarées la connaissance et le désir du bonheur qu'elles-mêmes ont enfin trouvé. Vous voyez de ces pauvres jeunes filles amener à l'Enfant Jésus une, deux, trois, quelquefois cinq de ces âmes abandonnées. Une d'elles en a ramené quatre en môme temps. Et qui mieux qu'elles saurait les retrouver, les aborder en plein carrefour,