CHAPITRE XV
que vous fassiez sur elle la triste expérience du mal : Experimentum in anima vili.... Votre âme, elle vaut ce qu'elle a coûté : le sang d'un Dieu !... »
Un autre jour, il s'attaquait à ce futile prétexte : Il faut bien faire comme tout le monde; à quoi il opposait la fière devise d'une race illustre : Etsi omnes^ ego non !
Ou bien il tournait dans tous les sens ce proverbe mêlé d'erreur et de vérité ; Il faut que jeunesse se 'passe; il ne craignait même pas de commenter ce mot familier : Où il y a de la gêne, il n^y a pas de plaisir. Maxime de Tégoïsme et de la lâcheté, condamnée par l'oracle du divin crucifié : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il porte sa croix », qu'il se gêne.
Ceux qui ont eu le bonheur d'entendre le P. Olivaint reconnaîtront à ces traits sa manière, et les autres s'en pourront faire quelque idée. Que ne nous est-il permis d'insister ici sur les retraites nombreuses qu'il a données à tant de communautés religieuses, de collèges, de réunions d'hommes et de femmes du monde ! Bien plus que dans des exhortations détachées, le P. Olivaint y trouvait l'occasion de graver au fond des cœurs, en caractères inelTaçables, les grandes vérités de la foi. Mais ce serait évidemment franchir les limites de notre sujet et transformer en ouvrage ascétique une simple biographie.
Un homme d'esprit, après avoir entendu le P. Olivaint prêcher, résumait ainsi son impression : « Peutêtre n'est-ce pas un orateur assez soignéy au jugement des lettrés et des délicats, mais il est de ceux qui se
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préoccupent beaucoup du fond, peu de la forme et point d'eux-mêmes. »
Son esprit pratique préférait ce genre simple à tous les autres et son humilité s'y trouvait plus à l'aise. Un jour on vint lui dire qu'au sentiment d'hommes fort haut placés, il était regrettable qu'il ne se livrât pas à ce qu'on appelle quelquefois la grande éloquence. Il se contenta de répondre, avec son fin sourire et sa vivacité habituelle : « Ah! mais non,., ce serait trop périlleux pour moi et peu utile aux autres. »
Quand des circonstances imprévues le contraignaient à déployer, dans quelques grands discours, toutes les ressources de son esprit, on voyait alors de quoi il était capable ; à chaque fois, c'était, disait-on avec surprise, un tour de force.
Il était encore préfet des études à Vaugirard; un jour que tout le collège se rendait en pèlerinage à Chartres, le prédicateur annoncé, le R. P. de Ravignan, fit tout à coup défaut. Le P. Olivaint, sur l'ordre de son recteur, après quelques instants de préparation, monta en chaire et par une éloquente improvisation ravit son auditoire.
On a surtout gardé le souvenir de l'oraison funèbre de M. l'abbé Poiloup, dont nous avons cité quelques fragments dans un précédent chapitre. La mort du pieux fondateur du collège survint inopinément, Pavant-veille de la distribution des prix ^ Ce saint prêtre méritait que son éloge retentît dans ces murs qu'il avait élevés, au milieu de ces enfants qui