‹ Pierre OlivaintChapitre 215 sur 293 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Et ce n'était cependant pas une improvisation, du moins au sens où se prend vulgairement le mot. Le P. Olivaint, non-seulement réfléchissait longuement, mais il écrivait. La preuve en est dans ce prodigieux amas de notes qu'il a laissées sur presque tous les suj ets qu'un orateur chrétien peut traiter. Il écrivait, non pas tout ce qu'il avait à dire, mais la proposition réduite à sa forme la plus concise, parfois renfermée dans une maxime connue ou môme un proverbe familier; puis les chefs de preuves, les textes de la sainte Écriture, les arguments ou les traits décisifs, vigoureusement soulignés sur le manuscrit, avant de l'être dans le discours par la voix et le geste ; enfin ce qu'il appelait agréablement le clou, c'est-à-dire un mot qu'il enfonçait dans l'esprit, dans le cœur, à coups redoublés, et qui, fixé là immuablement, y retenait tout le reste.

Nulle part peut-être le P. Olivaint n'a fait une plus heureuse application de ce genre d'éloquence, que dans les allocutions adressées aux jeunes gens qui, dès son arrivée à la rue de Sèvres, s'étaient groupés avec un pieux empressement autour de lui et qu'il portait au bien par des exhortations fréquentes. L'impression laissée dans les cœurs fut si profonde qu'elle persiste encore à cette heure. C'est là surtout que sa parole flexible et variée prenait tous les tons, le plus souvent chaleureuse, véhémente et saintement passionnée. S'agissait-il surtout d'inspirer l'horreur du

tienne, ch. XTv), ce n'est pas précisément prononcer des paroles dont le son aille frapper l'oreille: il faut que ces paroles lui soient adressées. Que font donc ces prédicateurs qui roulent toujours sur Vuniversel ? Ih parlent, mais à qui parlent-ils ? »

vice, de prémunir rinexpérience contre l'occasion prochaine du péché, de flétrir les folles et lâches maximes en vogue parmi les jeunes gens corrompus ou mondains, le P. Olivaint tonnait avec une force terrible ; la voix, la main, tout en lui frémissait, et rémotion qui l'agitait lui-même triomphait de toutes les résistances. On aurait pu dire en vérité « qu'il se battait avec son auditoire et que tous ses sermons étaient des combats à mort ^ »

Comme il faisait prompte et sévère justice de ces prétendus axiomes du bon sens, aussi contraires à la raison qu'à la foi, de celui-ci, par exemple : // faut tout connaître^ tout, le mal comme le bien, et surtout le mal, romans, spectacles, bals scandaleux.... « Et pourquoi ? demandait-il ? — De peur de passer pour des niais!... — Ah ! mes chers amis, nous ne sommes guère dans le siècle des niais sous ce rapport. Il en est peu, même au seuil du collège, qui aient droit, en ce sens, à un brevet de niaiserie ! Si vous voulez ne pas passer pour des niais aux yeux du monde, aux yeux des hommes perdus, il vous faut aller jusqu'au bout, et non-seulement connaître le mal, mais le faire. Vous resterez pour eux des niais, tant que vous serez encore modestes, tant que vous saurez rougir, tant que vous n'aurez pas fait le dernier pas, tant que vous ne leur aurez pas donné le droit de s*écrier : Le voilà tel que nous : sicut unus exnobis!.. Jeune homme, votre âme est en jeu, peusez-y donc I elle n'est pas une âme vile, pour

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