CHAPITRE XV
Cœur, le P. Olivaint propagea par tous moyens une simple et pieuse pratique qu'il explique lui-même en CCS termes :
« Je m'empresse de vous envoyer des images et » des chapelets du Sacré Cœur. Je vous remercie de a vous intéresser à cette œuvre de propagation. Ce « petit chapelet s'est répandu depuis quelques an- « nées dans trente et quelques diocèses de France. « Il a été distribué à plus de 200 000 personnes. Il « a renouvelé des paroisses entières, dans les cam- « pagnes surtout. Il est si simple, si court, si pieux « qu'on l'adopte presque partout avec ardeur, quoi- « quïl ne soit pas encore enrichi d'indulgences. »
Quand le P. Olivaint avait une fois allumé dans un cœur l'amour de Jésus-Christ, il y jetait sans peine une étincelle du zèle. A son école il fallait bien devenir apôtre. Et comment lui résister quand il s'écriait:
« Oui, mon enfant, des âmes ! des âmes ! Jésus « nous demande des âmes, et il est bien digne de « vous de crier aussi : des âmes ! des âmes ! et de « faire vraiment tout ce qui dépendra de vous, pour « donner des âmes à Jésus. «
Telle était, dans ses traits généraux, la direction du P. Olivaint- Mais â ces principes essentiels il mêlait des règles adaptées aux diverses situations, de ses pénitents, qu'il se gardait bien de soumettre tous à un régime uniforme.
Saint Grégoire le Grand, dans son admirable Pastoral, donne aux directeurs le sage conseil de ne pas guider toutes les âmes par une même voie. « Une seule et même exhortation, dit-il, ne convient pas à
tous, parce que tous n'ont pas des dispositions 6ga~ les. Ce qui nuit aux uns profite aux aulres. Ainsi une plante nourrit certains animaux et donne à d'autres la mort; le même remède qui guérit une maladie, redouble un autre mal, et le pain,.qui fortifie l'adulte, étoufferait l'enfant. La parole du docteur doit donc si bien s'accommoder aux disciples, qu'elle soitpropre à chacun, sans rien ôter à l'édification commune. Les esprits attentifs que vous instruisez ne sont-ils pas comme les cordes inégalement tendues de la lyre? L'habile artiste, pour n'être pas en désaccord avec sa pensée, les touche différemment: et si les cordes produisent l'harmonie, c'est que, frappées du même archet, elles ne reçoivent pas la même impulsion. De même il n'est pas de docteur jaloux d'édifier toutes les âmes en une môme charité, qui ne tire de la même doctrine des exhortations différentes afin de toucher les cœurs de ceux qui l'entendent ^ »
Or voilà bien l'idée qu'on se doit faire de la direction du P. Olivaint, une dans ses principes, variée dans ses applications. A tous il semblait dire la même chose, et cependant il pariait différemment à chacun : c'était toujours, au fond, la doctrine évangélique du renoncement à soi-même et de l'amour de Dieu par-dessus tout; mais quelle variété merveilleuse dans cette unité ! C'était la continuelle excitation à la confiance et au courage; mais avec/e mot et, pour ainsi dire, avec le ton qui convenait mieux aux besoins actuels, à la disposition présente.
l . liejulx Pastor, part. m. Prolog.