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CHAPITRE XV

paisibles et consolées. La Providence avait si bien disposé toutes choses que la mère et le fils, sans rien perdre du mérite de leur séparation volontaire, se retrouvaient plus que jamais unis. Les liens du sang s'étaient fortifiés d'un autre lien tout surnaturel, depuis que la mère était devenue la fille spirituelle de son fils. « Je vous bénis mille fois paternellement et finalement en Notre-Seigneur. >> C'est ainsi que le P. Olivaint avait coutume de conclure ses lettres. Que de fois celte bénédiction tout ensemble filiale et paternelle descendit sur le front de la veuve agenouillée humblement aux pieds de celui qui n'était plus alors pour elle que le prêtre de Jésus-Christ!

Quand vint l'heure d'achever sa laborieuse carrière, tranquille et résignée, elle entendit son fils lui annoncer la fin de l'exil et l'approche des joies éternelles. Le P. Olivaint, qui l'avait constamment consolée durant les ennuis et les douleurs d'une longue maladie, était là, le cœur navré, au chevet de sa chère mourante. Lui-même il voulut lui donner le bon Dieu et lui administrer les derniers sacrements. Il trouva dans son amour et dans sa foi, le courage de lui suggérer la pensée de faire la généreuse offrande de sa vie. Les larmes étaient dans tous les yeux, et les témoins de cette touchante scène ne savaient qu'admirer davantage de la résignation chrétienne de la mère ou de la tendresse et de la force d'âme du fils....

Quand le sacrifice fut consommé, le P. Olivaint resta longtemps debout, immobile, les yeux fixés sur cette chère dépouille. Une personne qui redoutait

pour lui les suites de cette muette douleur, crut bien faire en provoquant ses larmes. « Ah! mon Père, dit-elle, on ne perd sa mère qu'une fois!... » Le P. Olivaint comprit l'intention délicate et répondit doucement : ce Ne croyez pas, ma fille, que je me fasse violence pour ne pas pleurer. » Et les larmes coulèrent de ses yeux en abondance.

Le surlendemain, jour qui semblait indiqué pour les funérailles, devait avoir lieu l'assemblée des Dames patronnesses de l'œuvre del'Enfant-Jésus. Toutes les invitations étaient lancées, on voulut donner contreordre. Le P. Olivaint s'y opposa formellement. «Non, dit-il, je ferai cela pour ma mère. » La triste cérémonie fut donc retardée, et le prêtre, triomphant de la douleur du fils, parla en faveur des pauvres avec une ferveur extraordinaire. Le jour suivant il présidait lui-môme aux dernières prières*.

1. Voici le billet que le P. de Ponlevoy écrivit au P. Olivaint en celte circonstance :

« Mon Révérend et bien cher Père, « Pax Christi.

« Je viens de dire la sainte messe pour votre bonne mère : Amodo jam dicit Spiritus ut requiescat.... Après avoir pieusement vécu, elle a doucement passé, et le bon Dieu lui a donné comme une récompense anticipée d'avoir un si bon fils près d'elle à la vie et à la mort Et maintenant, c'est vrai, sur cette terre, vous ne pouvez plus dire : ma mère^ sans nommer la Compagnie.

« En union de vos saints sacrifices, « Servus et frater in Christo,

••Armand de Ponlevoy. S. J. »

il lévrier 1867.

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