CHAPITRE XVI
estime et sa vénération pour l'Église, son eu' te, ses ministres. Ainsi il exigeait que l'aumônier des colonnes expéditionnaires occupât toujours, à la table del'état-major, la place d'honneur, « comme représentantla première autorité, celle de Dieu ». A Alger, il se faisait un devoir d'assister aux splendides processions de la Fête-Dieu, et d'y donner à tous l'exemple d'un religieux respect.
Après la mort du P. Brumauld, le P. Oiivaint, par ses prières et son action discrète, contir ^a l'œuvre de cette conversion.
Longtemps il demeura invisible, comme l'ange gardien, mais inspirant et dirigeant tout ce qui se faisait en faveur du «c/ier séparé » ; c'est ainsi qu'il se plaisait à nommer le maréchal.
On le tenait au courant des moindres progrès ; et quelle était sa joie quand il apprenait, par exemple, que le ministre de la guerre, encore protestant, avait pris noblement la défense du Saint-Père, dans les conseils du Gouvernement; qu'il avait, par une touchante délicatesse, confié à Mme la comtesse Randon le soin de veiller à l'entretien des chapelles dans les forts de Paris; qu'il marquait pour la véritable Église un attrait d'autant plus vif, qu'elle était plus violemment attaquée. Au moment où le livre de M. Renan faisait scandale, le maréchal formulait ainsi son jugement sur cet odieux pamphlet : « En résumé, ce livre aura eu pour résultat de rapprocher dans une commune indignation deux religions qui au fond (pensait-il) sont divisées par si peu.... Il faudrait de ces deux religions n'en faire qu'une , prendre à
l'Église catholique son esprit de gouvernement et son unité ; au protestantisme.... quoi? Je ne sais trop... car après tout, c'est moins une religion qu'une négation. » Il se montrait fatigué et comme honteux des dissensions qui déchiraient la prétendue Réforme et des contradictions doctrinales de ses ministres. « Un pasteur prêchant en habit noir et en cravate blanche, disait-il, me faitrefl'et d'un colonel commandant son régiment en habit bourgeois. »
Ces succès partiels présageaient dans un avenir prochain la pleine victoire, et le P. Olivaint s'écriail : « Oh! il faut que nous obtenions cette conversion! li n'y a pas d'exemple qu'un souverain, un prince, ou même un simple particulier ait servi l'Église, sans recevoir de Dieu la récompense. Et le maréchal qui a si généreusement défendu le Saint-Père n'en serait pas récompensé par le don de la foi? »
C'était une allusion aux soins donnés par le maréchal Randon à la formation de la légion d'Anlibes, dont il avait voulu choisir lui-même, un à un, tous les officiers et la plupart des soldats*.
Enfin, un jour vint où le P. Olivaint put dire : « La conversion du cher séparé est un fruit qui tient encore à l'arbre et mûrit doucement ; mais nous le cueillerons demain ou après-demain.... 11 ne faut plus qu'une circonstance providentielle pour amener le résultat définitif. »
Cette circonstance providentielle fut , comme il
1. On peut lire, dans les Mémoires du maréchal, la belle lettre qu'il écrivit au colonel d'Aigy, commandant la légion d'Anlibes (t. II, p. 124),