‹ Pierre OlivaintChapitre 25 sur 293 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lui-même une dissertation sur je ne sais quel sujet. 11 ne serait pas impossible que je me risquasse aussi le môme jour. Je pense qu'à ton retour tu t'empresseras d'aller voir ce que c'est que cette conférence, et j'espère y entendre quelque chose de toi. A l'effort de tant de gens bien inspirés, nous tacherons, n'est-ce ^pas? d'ajouter le nôtre. Nous n'aurons point lancé dans le monde un volume de poésies religieuses comme le poète dont tu me parles ; mais si peu que nous fassions, avec une conviction meilleure que la sienne, il nous sera peut-être donné de faire davantage. »

Le moment approchait où, pour Olivaint, allait s'accomplir le consolant oracle de la sainte Écriture : « La Sagesse divine s'en va par le monde, cherchant ceux qui sont dignes d'elle; souriante, elle se montre à eux, sur le chemin, et vient à leur rencontre avec une prévenante sollicitude*. »

Cette Providence maternelle tient compte de nos faiblesses, profite de nos erreurs et fait tourner à notre salut ce qui menaçait de nous perdre. Ainsi en agit-elle avec Pierre; elle le prit par son faible, et lui jeta, pour ainsi dire, l'amorce qui devait sûrement l'attirer.

Des 1835, Olivaint, séduit par l'éloquence de Lacordaire, l'avait suivi à Notre-Dame où se pressait, pour entendre ce merveilleux langage, « un public étran gement mêlé : les demeurants du dix-huitième siècle,

1. Quoniam dignos se ipsa circuit quœrenSy et in viis ostendii se hilariter, et in omni providentia occu^rit illis. (Sap.) VI, 17.)

les élèves des écoles centrales du Directoire ou ceux de l'Université impériale, les jeunes hommes de l'âge d'Ozanam et de Montalembert..., les amis et les ennemis, et cette foule curieuse qu'une grande capitale tient toujours prête pour tout ce qui est nouveau ^ »

La grandeur des pensées, l'éclat d'une parole féconde en contrastes, où se heurtaient, dans des saillies inattendues, les souvenirs del'antiquité classique, les textes de l'Évangile et les allusions contemporaines, cette éloquence aussi nouvelle que l'était, pour le grand nombre des auditeurs, la religion ellemême, éblouissait, charmait et enlevait l'auditoire.

Rien n'était mieux fait pour ménager, dans l'esprit d'Olivaint, la transition entre les obscures et incomplètes doctrines de la rue Chabannais et l'immuable symbole cathoUque. Aux premiers jours de sa conversion, Lacordaire écrivait à un ami : « Je suis arrivé aux croyances catholiques par mes croyances sociales. » Et son historien ajoute, en appréciant l'action qu'il exerçait sur les jeunes gens par ses premières conférences : « C'est aussi par ce côté qu'il aimait à faire pénétrer la foi dans les intelligences ^ ». Or il se trouvait que Pierre Olivaint avait, par ce même côté, ouvert son âme à la vérité, sans trop savoir encore ce qu'elle était et qui la lui apporterait. Au pied de la chaire de Notre-Dame, il ne s'estimait donc pas un étranger, et la parole de l'orateur avait d'autant plus de prise sur son esprit, qu'elle répétait,

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