CHAPITRE III. ^l
bien qu'en un tout autre sens, les grands mots d'humanité, de société, d'unité, de fraternité. Celte société universelle, que des novateurs avaient inutilement rêvée, Dieu l'avait fondée par son Fils; elle subsistait, depuis dix-huit siècles, répandue par tout l'univers, enseignant tous les peuples avec une autorité infaillible et les groupant autour d'un unique chef, comme une immense famille autour du même père. ' C'était l'Église, et cette Église avait une doctrine certaine, une doctrine qu'il ne suffisait pas de savoir, qu'il fallait croire, qui se révélait aux petits et aux simples, à ceux qui ont l'esprit humble et le cœur pur.
Avec quelle émotion profonde Pierre accueillit la vérité chrétienne qui se manifestait à lui sous cette forme brillante et parfois subhme! Comme son âme devait fiémir sous la parole du grand orateur, quand, par exemple, celui-ci s'écriait : « Dieu qui a donné aux créatures une si grande magnificence, des attraits si victorieux, afin que notre cœur fût touché par elles, n'a pas agi avec moins de puissance et de luxe, quand il s'est agi d'exposer aux regards des hommes la beauté et la bonté divines. Il les leur a montrées dans l'Homme-Dieu conversant avec nous et mourant pour nous sur le Calvaire d'une mort d'amour, et il a écrit l'Évangile pour porter à notre cœur l'histoire ineffable de cette vie et de cette mort.... Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! C'est celte parole qui explique comment tant dhommes
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qui ne savent rien parviennent pourtant à la foi. Ils y parviennent par le chemin de l'amour.... Ils ont reconnu Dieu à la bonté plus qu'à la lumière, et la lumière, jalouse de leur cœur, s'y est précipitée avec i'amour '. »
Le premier résultat fut pour Pierre, comme autrefois pour Justin, l'aveu de l'impuissance des systèmes philosophiques.
« N'est-il pas vrai, mon cher ami , écrivait-il, que, quoique jeunes, nous avons déjà pu faire cette expérience, qui est aussi celle des siècles, à savoir que l'homme s'agite en vain pour résoudre les grands problèmes? Il n'enfantera jamais la vérité; il ne saura le secret de Dieu que si Dieu le lui révèle. La révélation est nécessaire; si Dieu aime sa créature, la révélation s'est faite ^ »
A la suite des conférences de Notre-Dame, la conversion d'Olivaint était en bonne voie. Lacordaire, pour lui, comme pour bien d'autres, avait été IHlluminateur; « la première étincelle qui ralluma sa foi, ce fut l'éclair qui jaillit de cet homme ^ «
De ce moment Pierre se mit à étudier la doctrine catholique avec ardeur, mais avec une disposition
1. Conférences de Notre-Dame, t. I, année 1836, xrii' Conférence . Des moyens d'acquérir la foi.
2. Ainsi le jeune philosophe débutait, dans la recherche de la vérité, par où Théodore Jouffroy devait finir. « Hélas! disait, avant de mourir, l'infortuné disciple de Victor Cousin, hélas! monsieur le curé, tous ces systèmes ne mènent à rien ; mieux vaut mille et mille fois un bon acte de foi chrétienne. » (Lettre de M. Martin de Noirlieu.curé de Saint-Jacques du Haut-Pas, à Mgr révèque de Chartres.)