CHAPITRE XVII
d^Qi les hommes de la Commune allaient se rendre coupables. C'est dans cette inutile manifestation de la paix que tomba, victime de son courage, un des enfants les plus aimés du P. Olivaint.
Faul Odelin, lieutenant au 16" bataillon de la garde moDile de la Seine, avait, durant le siège, fait chrétiennement son devoir. Ce vaillant jeune homme avait toujours rêvé quelque beau dévouement. En 1867, il avait voulu s'engager aux zouaves pontificaux : « Si je meurs, disait-il, je serai martyr, j'irai au ciel tout droit; c'est la mort qui me convient, à moi; il faut que ce soit court et bon. » Pendant la guerre, songeant à l'avenir, il entrevoyait la possibihté d'un complet sacrifice de lui-même à Dieu. « Mon cœur, écrivail-il, déborde du besoin de se donner entièrement et sans récompense ici-bas. » Dieu l'exauça; selon le vœu du généreux enfant, ce fut court et bon
Le mercredi 22 mars, il marchait donc auprès du arapeau, au premier rang, en uniforme. Épargné par la première décharge, Paul reprocha énergiquement aux fédérés leur indigne guet-apens, et tomba frappé par une balle en pleine poitrine. A cette douloureuse htjuvelle, le P. Olivaint accourut et s'agenouillant aaprès du mort : « Quelle sérénité, murmura- t-il tout en pleurs; cher Paul!... J'envie son sort! » Et s adressant à la pauvre mère désolée, il ajouta : « Je n ai pas une parole de consolation à vous dire. Je n'ai pas de consolation pour moi; comment pourrais-je vous en donner? Du reste, n'en cherchez pas sur la terre : voyez Paul au ciel et n'en descendez pas. » En
disant ces mots, il arrosait de larmes les vêtements ensanglantés de celui qu'il se plaisait à appeler un de ses plus chers enfants de Vaugirard et qu'il pleurait maintenant avec la douleur et raffection d'un père *.
Le jour des funérailles, le P. Olivaint, après la messe, fit l'absoute; mais il put à peine prononcer les prières ; sa voix était étouffée par les sanglots. Le 25 mars, il écrivait : « Paul Odelin a été tué l'autre jour, à la place Vendôme. Hélas! pauvre mère!... Priez pour elle, priez pour ce cher jeune homme. C'est une vraie perte: il promettaitbeaucoup; il avait le cœur et l'intelligence, la foi et le dévouement, lo savoir-faire et le courage. Que de fois je l'ai admiré pendant le siège ! Il était lieutenant dans un bataillon de Belleville, Jet, bien que parfaitement connu comme catholique, il avait conquis le respect, l'estime, l'affection de ses hommes; c'était même le catholique qu'on appréciait en lui. Encore un dont le sang noble et pur va peser dans la balance de Dieu du côté de la miséricorde. Sursum corda^ ! »
Un secret pressentiment l'avertissait qu'il ne tarderait pas à prendre lui-même sa part de l'expiation sanglante. Le lendemain des funérailles de Paul Odelin, le dimanche de la passion, deux mois jour pour jour avant le martyre de la rue Haxo, le P. Olivaint, s'étant rendu une dernière fois au couvent des Oiseaux rempli des souvenirs de sa mère, adressa aux religieuses quelques paroles d'encouragement. Il
f. Notice sur Paul Odelin, p. 183 et suiv. 2. Lettre à Mme Duparc, 25 mars.