‹ Pierre OlivaintChapitre 256 sur 293 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

L'arrestation. ~ La captivité. — La mort.

Dès le matin, on avait eu soin de retirer de l'église le saint Sacrement; deux hosties consacrées, devant lesquelles brûlaient deux lampes, étaient gardées pour le moment suprême dans les cellules du P. Olivaint et du P. Lefebvre, son fidèle compagnon. La journée s'achevait, quand on vint annoncer que les gens de la Commune étaient proche; leur présence venait d'êlre signalée dans la rue de Sèvres, chez les prêtres de la Mission. A sept heures un quart, on se rendit néanmoins au réfectoire, selon l'usage, pour la collation du carême. Le P. Olivaint s'assit à sa place, mais ne prit rien. Tout à coup il est averti qu'un docteur Goupil, suivi d'un dentiste, nommé Lagrange , se présentait à la tête d'une centaine d'hommes choisis dans ce que le 83'' bataillon comptait de pire et de plus exalté. Le Frère François Gautier, avec beaucoup de sang-froid et de présence d'esprit, parlementait à la porte et retenait les importuns visi-

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leurs au parloir. A cette nouvelle, le P. Olivaint et le P. Lefebvre montent à la hâte chez eux, consomment les saintes espèces, et munis du divin viatique, se présentent aux envahisseurs. « Messieurs, dit le délégué de la Commune, vous savez qu'à partir de ce moment vos biens sont confisqués. Je viens faire une perquisition chez vous pour voir si vous n'auriez pas d'armes cachées. — Eh, non ! nous n'avons pas d'armes, dit doucement le P. Lefebvre; vous le savez aussi bien que nous ! » Visiblement embarrassé, le médecin reprit: « Monsieur, si vous n'en avez pas, on en a du moins trouvé chez vos concitoyens (sic) y^. Il faisait allusion au collège de la rue Lhomond, où l'on avait cherché vainement des armes et volé des calices.— » Du reste, ajouta-t-il, n'ayez pas peur,messieurs, on ne vous fera pas de mal. .. Le temps ne me permet pas de faire la visite moi-même; je délègue le citoyen Lagrange pour y procéder à ma place. » Ce personnage était un homme de haute taille, improvisé commissaire central du quartier. Un autre individu à mine suspecte, petit et laid, affublé d'une écharpe rouge en sautoir et b revolver au poing,apparut tout à coup. « Eh bien, dit-il, commençons. 15 Goupil, avant de sortir, s'était approché de Lagrange et lui avait dit à voix couverte: «Si vous ne trouvez rien^ emmenez-en deux.»

On se mit à visiter la maison. Les chefs de la baïide s'avançaient avec précaution, posant des factionnaires à chaque porte, à chaque angle des corridors, comme on eût fait dans une place de guerre. Le P. Olivaint et le P. Lefebvre marchaient auprès d'eux, entouré par les gardes nationaux. On visita la sacris-

tic. Le petit hoiî^me au revolver, qui semblait un échappé de sénïinaire, était fort au courant de toute chose: «Voici une étole, disait-il; voilà une chasuble... oh ! je sais ce que c'est ! » En entrant dans l'église, les citoyens délégués déclarèrent fièrement que ce n'était pas la peine d'ôter leurs chapeaux. Les fédérés jetaient un regard curieux dans la nef à demi éclairée par le flambeau que portait un Frère : « Quel beau monument! se disaient-ils; cela nous servira plus tard.«

Puis, ils se hâtèrent vers la cuisine et le réfectoire. « Nous allons enfin nous régaler; nous sommes à jeun depuis quarante-huit heures. «C'était plus que douteux. Le P. Lefebvre leur servit de bonne grâce la collation restée presque intacte ; ils mangèrent et burent tout ce qui leur tomba sous la main.

Quand ils entrèrent à la bibliothèque, ils se saisirent de quelques livres de piété, et les lancèrent violemment contre terre, en criant : «Ah ! la foi! la propagation de la foi! Nous nous... moquons bien de la foi ! » Chefs et soldats prodiguaient â l'envi les blasphèmes contre Dieu et les insultes à la Compagnie de Jésus. Le P. Olivaint, à l'exemple de Celui dont il avait l'honneur de porterie nom, se taisait. Aux questions à peu près sérieuses, il répondait brièvement, avec politesse et réserve. Étonnés de tant de calme et de patience, quelques-uns disaient :« Us sont plus commodes que les Versaillais.... » On trouva, par hasard, un bulletin de vote. « Nous allons voir ce qu'ils pensent et quels sont leurs amis; il leur faut des comtes et des barons sans doute....»

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