CHAPITRE XVIII
interlocuteur, comme lu sienne, de tout ce qui aurait pu éveiller de vaines espérances ; et sa courageuse charité s'attachait à faire regarder en face une destinée pour ainsi dire inévitable, à hausser le cœui au niveau de la dernière lutte. Faisant bon marché de sa propre vie, il rabaissait son dévouement à lui, prêtre de l'Eglise militante, aux proportions les plus simples et les plus modestes; et pour soutenir des défaillances bien naturelles, presque légitimes, à l'entendre, il s'étudiait à relever et à grandir notre sacrifice que les liens du sang et de la famille semblaient rendre plus difficile à accomplir. « Dans ces conditions, disait-il, une mort chrétienne est vraiment comme un second baptême ; et l'on peut s'abandonner avec la plus entière confiance à la miséricorde de Dieu. »
« J'ai le douloureux regret de n'avoir pu lui serrer une dernière fois la main au moment du funèbre appel. Tous ceux qui se sont trouvés auprès de lui à cette heure suprême ont rendu témoignage de la fermeté calme et sereine, de la simplicité héroïque dont il a fait preuve. »
Le P. Olivaint entendait mourir, comme il avait vécu, uniquement occupé du service de Dieu et du salut des âmes. Son zèle était ingénieux à saisir la moindre occasion d'édifier, de fortifier ses compagnons de captivité. « Il me prêtait ses livres, raconte M. Bayle, vicaire général de Paris, et il m'engageait à commencer la retraite. Il me montra encore une petite image de la sainte Yierge , nouvellement éditée : au milieu des têtes de tigres qui formaient l'encadre-
ment, le divin Enfant reposait avec sérénité sur le sein de sa mère : « Voyez donc, me dit-il, comme c'est bien là notre situation. »
Une vénération compatissante poussait le P. Olivaint à s'attacher surtout à la personne de Tarchevêque de Paris. Souvent l'infortuné prélat, affaibli par les privations et par la souffrance, demeurait à moitié couché sur son grabat. Alors le P. Olivaint venait s'asseoir à ses pieds et ensemble ils parlaient du passé et du présent, pouvaient-ils encore parler de l'avenir ? Que l'on s'entendait bien après avoir souffert ensemble pour la sainte Eglise et le nom de Jésus ! Dès le premier jour, les vivres commencèrent à faire défaut à la Roquette ; le pain même devenait rare. Sans doute le combat des rues qui gagnait toujours du terrain, gênait le ravitaillement ordinaire. Le P. Olivaint prenait dans ce qui lui restait encore un peu de pain d'épices ou de chocolat en tablettes; ainsi il était donné à un pauvre religieux de faire la charité à un archevêque de Paris' !
ce Le mardi matin, raconte encore M. l'abbé Bayle, je suis allé voir Monseigneur dans sa cellule; je l'ai trouvé assis sur sa paillasse et le P. Olivaint assis lui-même à côté de lui. Je n'ai passé qu'un moment avec eux; mais tout dans leur attitude me faisait supposer que le pontife avait dû témoigner au religieux la plus grande confiance. »
Le 24 mai, fête de Notre-Dame auxiliatrice, fut pour les captifs, dont plusieurs, le soir, devaient être mar-