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CHAPITRE XVIII

ces cachots: on tàla les inurs, on essaya de se reconnaître dans la nuit profonde... * «

« Mais, dans plusieurs cellules, dit le P. de Ponlcvoy, il y avait cette présence réelle de Jésus d'où rayonnent la lumière et la paix. »

Les otages, durant un long mois, avaient été condamnés, dans la prison de Mazas, à un isolement absolu. Quelle ne fut pas leur joie, quand, le lendemain, on les fit descendre par l'escalier de secours et qu'on les réunit dans le premier chemin de ronde ! On s'embrassait, on se consolait, on se confessait, .c J'ai vu tous vos Pères et je leur ai parlé, dit un témoin ; ils étaient calmes et souriants au soir de leur vie comme à l'aurore d'un beau jour. Le P. de Bengy n'avait rien perdu de son sang-froid et de sa gaieté; le P. Gaubert, de son recueillement suave et modeste; le P. Clerc, de sa généreuse allégresse; le P. Ducoudray, de sa virilité simple et digne, le P. Olivaint, de sa vive énergie et de sa paix radieuse. »

Ce fut dans une de ses récréations que l'ancien recteur de Vaugirard se trouva tout à coup en face de M. Ghevriaux, proviseur du lycée de Vanves, jeté en prison pour être resté jusqu'au dernier moment à son

poste.

... « Ancien condisciple du P. Olivaint à l'Ecole normale, raconte M. Chevriaux dans une lettre adressée au P. de Ponlevoy, il y avait trente-quatre ans que je l'avais revu, lorsque nous nous sommes rencontrés

l.M. Max. du Camp, p. 347. 2. Actes, p. 163.

L6Q PIERRE OLIVAINT.

à la prison de la Roquette, le mercredi 24 mai, à l'heure de la promenade en commun de tous les otages. C'est lui qui vint se faire reconnaître à moi, me serrer la main et m'embrasser avec effusion, non sans un retour mélancolique sur les douloureuses circonstances de cette étrange entrevue, en un pareil lieu, et après une vie départ et d'autre si diversement agitée. Puis me prenant à part, le P. Olivaint, la main dans la mienne, d'un ton à la fois affectueux et grave, me tint le langage d'un prêtre et d'un ami, et voulut s'assurer si je comprenais comme lui notre situation et ce qui nous restait à faire. Evidemment son sacrifice était fait: depuis l'avant-veilie, il n'avait conservé aucune illusion, aucune lueur d'espérance; et sa ferme amitié ne chercha pas à dissimuler un sentiment de satisfaction quand je lui avouai que je voyais les choses comme lui, que du reste rien ne nous séparait en ce moment suprême, et que j'avais eu le bonheur de trouver déjà auprès de mon compagnon de cellule, prêtre des Missions étrangères, ce que je lui aurais demandé si notre rencontre avait eu lieu un jour plus tôt. « Fort bien, mon cher camarade, me dit-il avec son calme sourire; mais il me semble que vous m'apparteniez et que j'ai un peu le droit d'être jaloux. »

<c J'ai revu le P. Olivaint le lendemain jeudi, après la mort de Mgr l'archevêque, et aussi le vendredi, jour où il devait lui-même subir le martyre. J'ai eu le triste bonheur de converser chaque fois longtemps avec lui : sans insister sur l'imminence trop visible du péril, il détournait évidemment la pensée de son

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