‹ Pierre OlivaintChapitre 288 sur 293 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

pays étrangers, en Angleterre, en Allemagne, en Hongrie et jusqu'en Amérique.

Il est bien peu de pèlerins qui, après avoir prié à la Chapelle des martyrs, n'expriment le désir de visiter, au moins une fois, la chambre où l'on a réuni les divers objets qui rappellent leur souvenir. Ce musée pieux renferme le triste mobilier de Mazas, quelques autographes, les vêtements percés de balles, troués par les baïonnettes et gardant encore les vestiges du sang dont ils furent inondés, les crucifix et les instruments de pénitence. C'est là qu'on peut constater la cruauté dont le P. Olivaint usait envers son corps, en voyant cette discipline encore rougie et cette autre, armée de pointes de fer. Tant il est vrai qu'il avait lui-même et depuis longtemps commencé son martyre * !

Le 26 mai 1872, anniversaire du massacre, il était de toute convenance de célébrer un service funèbre. Mais le Ciel sembla confirmer lui-même l'adage antique : « C'est faire injure à un martyr que de prier pour un martyr. » La date bénie se trouva tomber un dimanche et coïncider avec la fête majeure de la Sainte-Trinité. A raison de cette circonstance qu'on

1. Lorsque le P. Olivaint fut arrêté et emmené, dit le P. Lefebvre, dés le lendemain j'ai visité sa chambre et j'ai trouvé des instruments de pénitence effrayants, des disciplines de corde ensanglantées, d'autres de fer, armées d'éperons, avec des lambeaux de chair. J'en témoignais mon étonnement au Frère qui m'accompagnait et qui faisait sa chambre tous les matins; le bon Frère me répondit simplement : « Gomment! vous ne saviez pas qu'il était si méchant contre luimême ? J'étais sans cesse obligé de laver et d'essuyer les taches de sang sur les murailles ou sur les meubles de sa chambre. »

estima providentielle, la couleur blanche devenait de nécessité liturgique; l'église d'ailleurs était d'avance splendidement ornée pour l'adoration solennelle du Saint- Sacrement. Le chœur, la vaste nef, toutes les chapelles et les tribunes, étaient remplis d'une foule émue, qui ne contint plus ses larmes quand M. l'abbé Bayle, l'ami, le compagnon et le confident des martyrs, fit entendre une oraison funèbre qui devint presque un panégyrique.

Voici ce qu'il a déclaré lui-même à ce sujet : « Invité à prêcher l'oraison funèbre, j'ai eu précisément pour but, dans mon discours, de montrer à une assemblée très -nombreuse que les cinq Pères avaient été persécutés et mis à mort en haine du nom de Jésus qu'ils portaient avec tant de gloire. Cette opinion, je la trouve partagée par les hommes les plus éminents, puisque j'en ai parlé avec l'Archevêque de Paris actuel, devant son entourage, et que personne ne m'a fait la moindre observation sur cette opinion que j'avais avancée publiquement. »

Dès le lendemain du massacre, le grave et pieux évêque du Mans, Mgr Fillion, exprimait la même pensée par une parole empruntée à la liturgie : Hic est vere martyr qui pro Christo sanguinem fudit^.

1 . Lettre du R. P. duLac, recteur du collège de Notre-Dame de Saîiite- Croix, au Mans.— Un témoignage qui mérite de trouver ici place, n'esf-ce pas celui que M. Patin rendit publiquement au P. Olivaint, en pleine Sorbonne, au mois de janvier 1872, dans le rapport que cet illustre professeur lut à la séance annuelle des anciens élèves de l'École normale : « Cette revue (des élèves enlevés par la mort à l'affection de leurs amis), je ne la terminerai pas sans y avon- compris un nom encore, celui d'un de ces saints prêtres que notre école doit s'honorer

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