CHAPITRE III
ne pas retourner; mais je voulais connaître, et je suis revenu auprès du bon Père. Il me pressait de me confesser, et la confession me semblait un pas bien pénible que je ne voulais pas franchir. Mais le saint prêtre savait bien qu'avant de jeter en l'homme les fondements de la maison de Dieu, il faut débarrasser le sol de ce qui l'encombre, du péché sur lequel la foi ne peut s'asseoir. — Et je me suis confessé. »
Le pas était fait, la conversion accomplie. L'hommo fut à l'instant retourné sous l'action puissante de la grâce à laquelle répondait l'énergie d'un caractère tout d'une pièce, incapable de rien faire à demi. Idées, sentiments, habitudes, tout fut transformé, sans toutefois que la nature perdît ce qu'elle avait de bon. Selon la belle comparaison de saint Paul, c'était la même branche, mais grefîée sur l'olivier franc et fécondée par la sève divine ', ou, comme a dit le poète :
Toujours la même tige avec une autre fleur.
Peu de mois après cet heureux changement, Pierre Olivaint eut l'occasion de triompher de son cœur dans un rude combat qui jusqu'ici n a guère été connu que de Dieu seul. Ce trait d'abnégation fort beau, peut-être héroïque, montre ce dont le jeune converti était déjà capable en présence d'un devoir à remplir et d'un sacrifice à faire.
Pierre s'était quelquefois rencontré chez l'un de ses
1. Tu autem quum oleaster esses, insertus es »m illis {ramis) et so' dus radicis et pinQuedinis olivœ facLus es. CRom., XI, 1 7.)
amis avec une jeune parente de ce dernier, pour laquelle il ne tarda pas à ressentir une affection profonde, mais qui resta son secret. Déjà, dans ses rêves d'avenir, il se berçait de l'espoir d'une union qui lui promettait le bonheur, quand il s'aperçut qu'il se se jetait a travers les projets de son ami cl qu'il s'était fait, sans le savoir, le rival d'un hôte aimable et confiant. La résolution d Olivaint fut aussitôt prise, et voici la lettre qu'il eut le courage d'écrire'.
« Depuis six ou sept mois, je vais moins souvent chez toi, et ces visites devenues plus rares sont peut-ôtre une des causes qui t'ont fait prendre alarme sur mon amitié. Il est vrai, j'ai trouvé souvent dans l'École des obstacles qui m'ont empêché de t'allervoir, mais un obstacle plus fort que ceux-là, c'est que je ne voulais point être en présence de ta cousine. Après bien des efforts, et grâce à des secours étrangers, j'ai pu secouer une pensée qui m'a obsédé longtemps ci que je n'ai pu te cacher.
c' Maintenant que le calme est revenu en moi, je crains de le perdre de nouveau; je ne veux pas aller au-devant du péril ; il est trop difficile de faire une garde exacte à la porte des sens. Je te vois sourire à cet aveu retenu si longtemps. Mais sur la même cause et à propos de la même personne tu as gardé envers moi le même silence. Je ne t'en blâme pas, tu l'as fait par délicatesse, tu as bien fait. Si je te laisse voir que j'ai surpris ton amour, ce n'est pas que je veuille t'offenser, ce n'est pas que je veuille outrager un nom